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Bernard Maris : Prix nobel d’économie... !

Écrit par Félix Brun Catégorie : Essais, société et bien-être Mis à jour : samedi 23 juillet 2016 07:40 Affichages : 1435

SouriezPar Félix Brun - Lagrandeparade.fr/ Le 7 janvier 2015 à Charlie Hebdo, il a été assassiné et on a condamné sa voix au mutisme et sa plume au rang d’objet du souvenir. Mais les enfants de Bernard Maris ont eu la riche initiative de publier une sélection de ses chroniques matinales sur France Inter. A travers la lecture de ce recueil publié chez Grasset, nous entendons à nouveau la voix rieuse et moqueuse de ce journaliste économique exceptionnel et insolite. Son fils Raphaël Maris  écrit à son sujet : "Mon père, universitaire et économiste reconnu, savait aborder l’économie de manière totalement différente et décalée et la rendre intelligible à tous, quand d’autres sont incapables de s’écarter de la doxa et de s’extraire d'un discours convenu et compassé, une des seules choses capables de le mettre vraiment en colère. Bernard Maris était un esprit libre capable de débattre de tout avec une intelligence rare, aucun sujet ne le rebutait car il était curieux de tout, et sa curiosité insatiable."
Bernard Maris brocarde avec cynisme le modèle français : "Ce merveilleux pays soviétique -la France- est le seul pays soviétique du monde qui fonctionne à peu près correctement et qui vote en général à droite pour rester soviétique." Il apostrophe et définit singulièrement ses "collègues" : "Vous savez ce qu’est un économiste ? C’est le type qui est toujours capable d’expliquer le lendemain pourquoi il s’est trompé la veille." Pour illustrer ses analyses sur l’état de notre économie nationale, il invente un concept qui oppose les « Riscophiles » aux « Riscophobes ».
Personne n’est épargné dans ses invectives… "Les syndicats vivent aujourd’hui de la pénibilité du travail et sont incapables de penser le travail de demain. Il leur est impossible de vivre autrement que par la lutte des classes." En dénonçant la parodie du système du concours, il étrille… "tous ces énarques, ces polytechniciens n’ont aucun intérêt à être originaux. Ils passent de cabinet ministériel en cabinet ministériel mais ce ne sont que des étapes dans une carrière qui ne doit jamais être obérée par la moindre prise de risque jusqu’au pantouflage final." Avec son verbe et son style saugrenu il explique le malthusianisme : "Mettez un fromage quelque part, vous verrez arriver les souris. Faites une loi sociale et vous verrez arriver les pauvres, les assistés, les immigrés." Poussant une gueulante contre le travail dominical, il invite : "Le dimanche, regardez votre femme, votre compagnon" et convie à la pensée, au repos et à la réflexion.
Il y a peu de chance pour que Bernard Maris soit enseigné dans les "écoles" dites "grandes", alors pourquoi ne pas imaginer qu’il puisse se voir attribuer pour ses analyses pertinentes et tellement vraies le Prix Nobel d’Economie… ? hélas à titre posthume. Un livre à lire, relire et à diffuser sans retenue.

Souriez, vous êtes français
Auteur : Bernard Maris
Edition : Grasset

Parution : 4 mai 2016 - Prix : 15€