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La chance de l’écrivain : avec David Lodge, dans les eaux médianes de l’existence

Écrit par Serge Bressan Catégorie : (Auto)biographie Mis à jour : vendredi 7 juin 2019 23:43 Affichages : 572

lodgePar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Il parle de « bonne fortune ». Evoque « des décennies passionnantes en Grande-Bretagne à la fois pour le roman et la critique littéraire ». Se raconte à travers des instants de sa vie privée, mais aussi ses voyages, les mondes littéraire et universitaire. David Lodge, 84 ans et vivant à Londres, fait le point sur sa vie. Il a commencé à se raconter dans « Né au bon moment », paru en 2016 et courant sur la période 1934-1975, et ces temps-ci avec « La chance de l’écrivain », il poursuit pour la période 1976-1991. Après les pages sur la jeunesse et les premiers pas en littérature, c’est à présent un survol de quinze années, apogée de ses vies d’écrivain et d’universitaire. 

David Lodge baigne alors dans « les eaux médianes de l’existence », selon sa belle formule. Dans les pages- et c’est là sa marque de fabrique, il mêle avec allégresse la tendresse et l’humour. L’écrivain britannique poursuit donc son entreprise littéraire, sur le thème « Je me souviens ». Mais dans ce livre, pas de place pour la nostalgie. Peut-être une once de mélancolie- et encore, parce que ce n’est pas le genre de la maison. Avant d’accéder au statut d’écrivain accepté et reconnu, il a été professeur à l’université- ce milieu qui est devenu un décor récurrent dans ses romans. Tout est sujet à écriture avec David Lodge, né le 28 janvier 1935 à Brockley dans le sud de Londres : l’université, ses professeurs avec leurs incessantes bagarres des ego et ses étudiants, mais aussi sa mère ou encore les coulisses de ses romans…
Lodge a décidé de jouer la transparence- sans tomber dans le récit ou l’autobiographie « people ». Il évoque la mort de sa mère, après avoir souffert de dépression chronique et de la maladie de Parkinson : « Je me suis penché pour l'embrasser sur le front et le contact sur mes lèvres a été aussi froid et dur que du marbre, quelques soient les autres pensées qui m'ont alors traversé l'esprit, je les ai oubliées. Je n'ai pas pleuré. Je ne pleure jamais », ou encore cette religion qui, « surtout le christianisme pour ceux qui ont grandi dedans, est ou peut être une force culturelle et spirituelle pour accomplir le bien ».
Auteur de romans brillants comme « Un tout petit monde » (1984), « Jeux de société » (1988) ou encore « Pensées secrètes » (2001) et « La Vie en sourdine » (2008), David Lodge raconte aussi dans « La chance d’être écrivain » le processus de création des ses romans et autres essais ou biographies, et se laisse à la critique et à l’analyse littéraire en évoquant James Joyce, Graham Greene, Henry James ou encore Jane Austen. Sans oublier sa quête malheureuse du Booker Prize (à ses yeux, le Graal littéraire), les adaptations (pas toujours réussies) de ses livres par la télé ou le cinéma… et cette surdité qui, dans les décennies 1980-1990, a commencé à l’handicaper terriblement. Chez David Lodge et dans ses écrits, dans « La chance de l’écrivain » comme dans les autres livres, transpire une belle pudeur… David Lodge ou tout l’art de se raconter.

La chance de l’écrivain
Auteur : David Lodge
Editions : Rivages
Parution : 17 avril 2019
Prix : 24 €

Tandis qu’on buvait dans un bar, il a raconté son expédition en centre-ville l’après-midi pour acheter dans une pharmacie une grande quantité de préservatifs, ceux-ci étant introuvables en Irlande en raison de l’interdit édicté par l’Eglise catholique. Il s’était senti très mal à l’aise, l’employée de la pharmacie ayant eu des difficultés à comprendre son accent et lui le sien. Cela m’a fourni l’idée pour cet épisode burlesque dans « Un tout petit monde » où Persse, se préparant à perdre son pucelage (du moins l’espère-t-il) avec Angelica, achète à la place des Durex un paquet de Farex, un aliment pour bébés.

>Extrait