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Nadia Léger : de l’ombre à la lumière

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Beaux-Livres Mis à jour : lundi 30 septembre 2019 22:15 Affichages : 289

Nadia LégerPar Serge Bressan -Lagrandeparade.com / D’elle, le plus souvent, on parle comme la femme du peintre Fernand Léger (1881- 1955). On lui colle aussi quelques étiquettes : la peintre oubliée, la muse rouge, la palette rouge ou encore la peintre au service des convictions. Mais, en cet automne naissant, on (re)découvre Nadia Léger par la grâce d’un livre monumental (650 pages, 4,7 kilos !) : « Nadia Léger. L’histoire extraordinaire d’une femme de l’ombre », sortie qui a été accompagnée d’une exposition de trois jours à la galerie parisienne Artcurial. « Les musées ne la connaissent pas mais les experts d’Artcurial la regardent avec intérêt. Il n’était pas question de vente ni de cote mais seulement d’une exposition pour susciter l’intérêt, être un déclencheur, d’autant qu’il y a un regain d’intérêt pour l’art soviétique », explique Aymar du Chatenet qui, après dix années de travail et de recherches, a dirigé « Nadia Léger. L’histoire extraordinaire… ». De son côté, François Tajan, président délégué d’Artcurial, commente : « Nadia Léger restera une personnalité unique dans les multiples sens qu’elle a su donner à sa vie et dans la manière de les faire cohabiter. À la fois épouse du grand artiste Fernand Léger, militante convaincue et artiste habitée, elle aura toute sa vie durant donné la priorité à la carrière de Fernand Léger et à ses convictions politiques, reléguant au second plan sa propre œuvre pourtant très riche et d’une grande maîtrise technique ». 

Née Nadia Khodossievitch en 1904 à Ossetishchi, dans les environs de Vilnius (Biélorussie), elle grandit dans le monde paysan à Zembin, dessine encore et encore et sera l’élève des peintres Malevitch, Strzeminski et Ozenfant. Son art pictural flottera du suprématisme en vogue dans les premières années de l'URSS au réalisme socialiste des années 1950 en passant par le cubisme. Dès sa prime jeunesse, elle milite ardemment pour la Révolution soviétique de Lénine et Staline. En 1925, elle arrive en France- trois ans plus tard, elle rencontre le peintre Fernand Léger deux fois plus âgé qu’elle, ils débutent une liaison amoureuse qui se terminera par le mariage quelques années plus tard.
A Montparnasse, le quartier des peintres à Paris, Nadia Léger a fréquenté toutes les avant-gardes, il y avait Kandinsky, Arp, Chagall ou encore Picasso dont elle deviendra une amie très proche. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, elle jouera un rôle important dans la Résistance. Une vie de roman que celle de Nadia Léger… Elle consacrera une grande partie de son temps, de ses jours et ses mois comme assistante puis directrice de l’Atelier Léger, là où elle travaillait avec des artistes comme Nicolas de Staël ou encore Louise Bourgeois. Ce qui ne l’empêchait pas de travailler et peindre aussi pour elle, mais en toute discrétion… Après la mort de Fernand Léger en 1955, elle œuvre pour la promotion du travail de son mari- en ouvrant le musée de Biot (Alpes-Maritimes), et hérite d’une fortune colossale- on la surnomme même « la milliardaire rouge ». Mais longtemps encore, son œuvre picturale est quasiment ignorée.
Farouche communiste jusqu’à sa mort à Grasse (Alpes-Maritimes) en 1982, « elle n'a pas eu droit à la reconnaissance de son statut de peintre. Jamais rien d'important n'a été réalisé sur elle dans les musées nationaux », explique Aymar du Chatenet. Qui complète : « Elle était russe, femme, maîtresse, assistante, communiste et, en plus, a fini milliardaire. Elle avait coché toutes les cases. Tout cela a brouillé son image. Elle a été méprisée, dénigrée, snobée par la critique et le monde des musées ». L’heure de la reconnaissance, de la réhabilitation est enfin arrivée pour Nadia Léger, artiste habitée. Tableaux et peintures sur bâche, autoportraits et aussi Lénine, le cosmonaute Gagarine ou encore Picasso et les colombes, la peinture de Nadia Léger a enfin droit à sa place dans la lumière…

Nadia Léger. L’histoire extraordinaire d’une femme de l’ombre
Auteur : Ouvrage collectif, sous la direction d’Aymar du Chatenet Editions : IMAV
Parution : 5 septembre 2019
Prix : 150 €

Elle porte des nattes et le regard étincelant de ses yeux noirs la distingue déjà des autres enfants. Dès sa plus tendre enfance, la jeune paysanne biélorusse chante, danse et dessine avec fougue. Pour assouvir cette passion, Nadia a très vite conscience qu’elle ne pourra s’exprimer qu’en s’émancipant de sa terre natale. Avant de pousser la porte de l’Atelier Léger, Nadia va parcourir un long chemin qui la mène des plaines de Biélorussie jusqu’au quartier de Montparnasse à Paris. Elle passe son enfance à Zembino en Biélorussie et, très jeune, elle s’inscrit- selon sa biographie- en 1917 au palais des Arts de Beliov où elle va rester environ deux ans. Puis ce sera Smolensk, où à l’âge de 15 ans, elle suit à partir de 1919 les cours de Wladyslaw Strzeminski à l’École d’art de peinture. Elle y fait une rencontre décisive, Kasimir Malévitch. Mais la jeune Nadia n’a qu’un rêve : Paris, capitale mondiale des arts et de la culture. Son passage à l’Ouest se fera par la Pologne…