Le convoi : Dominique Vovk fait résonner le témoignage de son père sur les planches

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Théâtre Mis à jour : samedi 10 octobre 2015 14:53 Affichages : 1915

Le convoiPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ "Le convoi" narre l'histoire d'un jeune engagé volontaire, André Vovk, qui fut capturé alors qu'il partait en Angleterre en 1943 et interné deux ans au camp de concentration de Buchenwald. A la fin de la guerre, rapatrié dans un train, il vit un véritable voyage en enfer dont peu survivront et qui durera trois semaines. Ce jeune homme, qui, plus de 35 ans plus tard, décidera de solliciter sa mémoire et d'en écrire un témoignage, c'est le père de Dominique Vovk qui a choisi aujourd'hui de faire monter sur les planches les souvenirs douloureux d'une histoire au coeur de l'Histoire et de conter le paradoxe de l'humanité, à la fois capable d'une fraternité admirable et d'actes les plus monstrueux qui soient. On l'écoute.

 

Cette pièce narre un épisode terrible de l'Histoire. Les mots prononcés sur scène par Loïc Buisson sont-ils ceux de votre père?
Oui ce sont ses mots, je n'ai écrit qu'une quinzaine de lignes au début de la pièce pour restituer le contexte et qui il était à cette période.

En quelques mots, que raconte ce “convoi”? Qu'a vécu votre père?
Le récit de mon père, relatant ce convoi du 9 avril 1945, est un élément de la mémoire de la seconde guerre mondiale, comme d'autres écrits qui parlent des convois de la mort. J'en ai d'ailleurs lu d'autres, poignants eux aussi; ce qui le différencie, c'est que mon père l'a couché sur le papier 26 ans après, en 1971, avec ses notes. Il y a porté les faits sans aucun jugement, sans haine mais avec le recul, la réflexion et surtout avec des pointes d'humour et un fantastique message de fraternité et d'espoir. Ce texte pose des questions au spectateur car il aborde des épisodes peu connus de la déportation, les relations entre différentes nationalités, les bagarres pour la survie: Alors qu'est-ce que j'aurais fait, moi? Je bascule dans l'horreur pour ma propre survie ou je fais corps avec les autres ?Qui est l'homme pour l'homme?

Comment choisir le comédien qui va incarner son père? Qu'est-ce qui vous a fait choisir Loïc Buisson?
Le comédien devait avoir le même âge que mon père, et surtout la fougue de la jeunesse, avec une grande capacité de gestion des émotions. Loïc, ce fut une rencontre, il a su me proposer sa palette de jeu pour alterner les multiples situations, il a aussi la gestuelle dont j'avais besoin pour certaines scènes "chorégraphiées". Il a compris que ce récit, qui traite d'un sujet vieux de 70 ans, garde malheureusement son actualité.

Comment transpose-t-on sur un plateau un témoignage aussi douloureux et émouvant? Quels choix de scénographie? de mise en scène? de direction d'acteur?
L'erreur, c'est le pathos pour le pathos. Les réactions du public jusque lors sont positives à ce sujet. Le texte est suffisamment fort pour ne pas en rajouter sur scène, nous racontons et vivons les faits en alternance avec Loïc avec un rythme soutenu, un ton vrai et direct. Je voulais une scénographie légère, peu de décor, un bureau pour moi, une chaise pour Marion, la vidéo nous sert d'habillage,sans prendre une part prépondérante, ce qui aurait été une erreur. J'ai guidé Loïc, mais il a su me faire des propositions, dans la vérité de chaque instant, de chaque mot. Un jeu simple mais efficace.

Ajouter un accompagnement musical, avec le violoncelle de Marion Ferrieu, vous a paru immédiatement indispensable?
Depuis quelques années je tournais autour de ce texte sans pouvoir trouver le bon chemin, puis j'ai compris un jour que le violoncelle s'intègrerait parfaitement. D'ailleurs, Marion et sa musique sont le 3ème personnage, c'est l'espace temps entre Loïc et moi, c'est la douleur et l'espoir. J'avais vu jouer Marion en orchestre classique mais aussi avec les Mountain men, je pensais qu'une musicienne qui se mêle à des univers différents pouvait s'intégrer à ce projet. J'ai écouté des heures de violoncelle pour trouver les thèmes, l'ambiance que je voulais. Si Marion reprend des mesures d'oeuvres connues, elle a également créé sa propre musique, des bruitages aussi.

Pourriez-vous nous livrer, enfin, un court extrait du texte qui illustrerait “ Le convoi”?
"Nous sommes environ 100 survivants sur 4 000. Sans doute certains de nos gardiens eux-mêmes sont morts d’épuisement. Nous avons été confrontés à la folie furieuse, la bestialité déchaînée de nos propres camarades. Nous avons été soutenus par une détermination sans faille de revenir chez nous pour y continuer une existence meilleure qu’avant, plus digne, plus élevée, plus civilisée. Nous avons constaté pendant le voyage, le dévouement total de quelques uns d’entre nous, et à l’accueil, la sollicitude fraternelle non seulement de nos compatriotes, mais même des allemands, à Reichenau par exemple.
Loïc : Je sais qu’il existe une fraternité humaine.
Lecteur : Nous ne sommes pas leurrés par les dissensions et l’horreur qui n’ont cessé de régner partout depuis lors, et même d’augmenter. Notre devoir est de conserver et de transmettre cet héritage précieux du genre humain : la Civilisation."

Le convoi
Cie 1605

Auteur : Dominique Vovk
Artistes : Marion Ferrieu, Loïc Buisson, Dominique Vovk, Etienne Pernoud
Metteur en scène : Dominique Vovk

Au Théâtre du Gouvernail( 5 Passage de Thionville 75019 Paris ) du lundi 5 au vendredi 9 octobre 2015

Pour Tout public - Théâtre contemporain - Durée : 60 minutes