La Princesse de Clèves : la remarquable adaptation en BD d'une héroïne au féminisme aussi discret que déterminé

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Roman graphique Mis à jour : dimanche 17 mars 2019 11:09 Affichages : 565

ClèvesPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.com/ Ah…les affres de l’amour! Mademoiselle de Chartres et son extrême droiture dans le mariage, le Prince de Clèves et son amour inconditionnel pour son épouse qui le conduira à la consomption mortelle par jalousie, Monsieur de Nemours et sa furieuse envie de conquérir le seul objet qui lui résiste...et tant d’autres personnages victimes et/ ou acteurs de ce sentiment complexe qui évoluent à la cour, forment une galerie de personnages enthousiasmants qui font du roman d’analyse sentimentale, La Princesse de Clèves, un trésor de la littérature française.
Rappelons que le roman prend pour cadre la vie à la cour des Valois « dans les dernières années du règne de Henri Second »...c’est ce qu’indique, dans l’adaptation de Claire Bouilhac et Catel Muller, l’auteure elle-même à son confident François de la Rochefoucault dans un prologue se déroulant dans le château de Parangon en 1672. Ce livre narre comment Mademoiselle de Chartres, jeune fille de 16 ans, arrive à la cour du roi Henri II, de quelle manière le prince de Clèves tombe amoureux d'elle, et la non-réciprocité immédiate de ce sentiment. Pourtant Mademoiselle de Chartres, honnête, sage et obéissante, accepte le choix de sa mère et ils se marient. Elle tombe ensuite amoureuse du duc de Nemours, mais, innocente et désarmée face à ces émotions nouvelles qui l’ébranlent et consciente que leur amour serait illégitime, puisqu'elle est mariée, elle met tout en oeuvre pour éviter de le croiser. Ce qui attise davantage le désir du jeune prétendant, habitué à être aimé de tous les sujets féminins. Afin donc de mettre une barrière efficace entre elle et le duc, la Princesse se retire de la cour et avoue sa passion à son mari. Ce dernier en meurt de chagrin. Madame de Clèves, pétrie d’un sentiment vif de culpabilité, décide alors de se retirer dans un couvent.


Teintée d’idéal précieux, cette oeuvre reste terriblement attrayante aujourd’hui car les intrigues amoureuses, ses postures et les mécanismes du désir n’ont pas changé. Si la Princesse de Clèves fait preuve d’une détermination impressionnante pour le lecteur contemporain en résistant au Duc de Nemours, même après le décès de son mari, son analyse de sa situation d’ « aimée » est d’une lucidité saisissante. On n’est aimé que tant que l’on demeure inatteignable, tant que l’on résiste et que l’on ne comble pas les volontés de son amant. La solitude, le secret, la retenue, la discrétion, la décence...sont autant de qualités idéales attendues d'une femme à l'époque où vit la Princesse. Cette dernière use de toutes ces postures, créant une forme de féminisme singulier, basé sur l'estime de soi. 
Claire Bouilhac et Catel Muller ont le mérite d’avoir écrit un scénario et un récit qui rendent lisible cette fiction à la cour où la multiplication des personnages pourrait compliquer sa compréhension…et donnent envie de dévorer ce drame sentimental d’une traite! Catel Muller sublime La Princesse de Clèves de son trait délicat et fin et offre une galerie de visages délicieusement esthétiques! En outre le choix des mises en scènes des vignettes et de la présentation des gaufriers répondent pertinemment à l’ambiance du roman.
Un moment de lecture dont vous auriez tort de vous passer….L’occasion de découvrir ( ou de redécouvrir) un classique qui séduira les amoureux de la première heure du roman, ceux qui rechignaient à se plonger dans ses pages et les inconditionnels des histoires dans lesquelles la Raison et la Passion s'affrontent en combats violents. Un ouvrage qu’on conseillera aux bibliothèques des lycées (public visé : ado-adultes) ! Le portrait d’une femme magnifique et authentique au XVIème siècle, imaginée par une célèbre précieuse du XVIIème, et portée par deux autrices de talent du XXIème, ça ne se refuse pas!

La Princesse de Clèves
Editions : Dargaud
One Shot
Scénario : Claire Bouilhac et Catel Muller
D’après Madame de La Fayette
Récit : Claire Bouilhac
Dessin, prologue et épilogue : Catel Muller
216 pages
Prix : 24,99€
Parution : 29 mars 2019

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