Ralph Meyer : "Je crois que notre série fait la part belle aux femmes avec Rose Prairie et Lin"

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Interviews Mis à jour : samedi 30 avril 2016 12:38 Affichages : 3057

Ralph MeyerPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ Né à Paris, Ralph Meyer, dès le plus jeune âge, est passionné par le dessin et les histoires. Très vite donc, la bande-dessinée l'attire et il s'évade en compagnie de Gaston Lagaffe ou encore de Blake et Mortimer. A l'adolescence, il découvre Giraud et Moebius qui auront par la suite une influence sur son travail. Puis il quitte Paris pour la Belgique et suit les cours d'illustration et de bande dessinée de l'institut liégeois « St LUC ». il rencontre le scénariste Philippe Tome avec lequel il conçoit "Berceuse Assassine", fonde avec d'autres auteurs l'atelier "Parfois c'est dur" dont naîtra l'album "Des lendemains sans nuage".

Avec Fabien Vehlmann, il lance une série de science-fiction « IAN » qui raconte les aventures d'une intelligence artificielle recouverte de nerfs et de peau humaine. En 2008, il rencontre Xavier Dorison avec lequel il imagine « XIII MYSTERY » contant la vie de la Mangouste pour lequel il reçoit le prix bruxellois « St MICHEL » du dessin. En 2012, il retrouve Xavier Dorison pour un diptyque du nom d'"Asgard". Enfin, en 2014, commence l'aventure de leur nouvelle série commune : "Undertaker". Il y est question de Jonas Crow, un croque-mort d’un genre un peu particulier que, dans l'Ouest américain, on n'accueille pas forcément à bras ouvert mais qui se moque bien de ce qu'on dit car il n’aime pas les gens...enfin, c’est ce qu’il dit ! "Undertaker" est une série terriblement séduisante qui ne manque ni de rythme ni d'humour et qui a un succès largement mérité : le premier tome a été vendu à plus de 50000 exemplaires! Aux dialogues vifs et incisifs et au rythme des scénarii qui ne faiblit jamais de Xavier Dorison, Ralph Meyer ajoute ses images superbes ( et l'on pèse nos mots!) au trait réaliste et prenant... Voilà donc une bande-dessinée qui n’a pas fini de faire parler d’elle, que la galerie Daniel Maghen met à l'honneur jusqu'au 7 mai 2016 et que nous ne serions que trop vous recommander! 

UndertakerCommençons par une question classique ( pour mieux comprendre la genèse de l’artiste) : quels sont vos « maîtres » en bande-dessinée?  Et qu’est-ce qui vous attire ou vous a influencé en particulier dans leur travail /esthétique ?
Toujours difficile d’être exhaustif. Je pourrais citer Jean Giraud/Moebius, bien sûr, qui m’a profondément marqué. Mais il y en a d’autres tels que Hermann, Alex Toth, Milton Caniff, Jordi Bernet… Et ce pour des raisons diverses. La qualité de la narration chez l’un, le travail du noir et blanc chez l’autre, le sens de la composition pour tel autre...

Vous aviez déjà travaillé avec Xavier Dorison dans de tous autres univers. Qu’est-ce qui vous a séduit d’emblée dans ce projet? La possibilité d’aborder un genre culte?
Le western est un genre que je voulais aborder depuis très longtemps. Pour paraphraser Christian Rossi, tout dessinateur réaliste a envie à un moment de sa carrière de se confronter à cet univers. C’est moi qui suis venu voir Xavier avec cette idée d’avoir un croque-mort comme personnage principal. Ce dernier a été tout de suite enthousiaste.

Concernant le héros principal, Jonas Crow, quelles ont été vos sources d’inspiration?
Elles sont diverses. On est là dans une certaine tradition de l’homme providentiel sauf que Jonas ne veut pas du tout assumer ce rôle-là. On est dans l’anti-héros classique mais avec un ton qui est contemporain.

Avec quels outils, matières et supports travaillez-vous?
Les planches sont réalisées de manière traditionnelle à l’encre de Chine sur du papier. L’encrage se fait essentiellement au pinceau avec un peu de plume.

Avez-vous des marottes conscientes ? dans le découpage? l’insertion de vignettes panoramiques? l’utilisation de très gros plans? de plongée, contre-plongée?
Il y en a quelques-unes, effectivement. Le recours à des gros plans sur les mains est sans doute celle que l’on peut retrouver dès mes premiers albums.

Undertaker Travailler avec Xavier Dorison c’est….épuisant ( tant il est perfectionniste), relaxant ( tant il vous laisse libre dans la mise en scène), amusant ( tant vous êtes complices…)….?
Avec 5 albums au compteur et un sixième en cours, nous commençons à être un vieux couple. La raison de cette longévité, est dû, au fait que nous voulons raconter le même genre d’histoire avec le même degré d’exigence dans la réalisation. Je peux être très intrusif sur la partie scénaristique et Xavier peut l’être aussi sur la mise en scène. C’est une relation très stimulante.

Avant de vous immerger dans la conception d’Undertaker, vous êtes-vous (re)plongé dans l’intégrale de Blueberry ou un autre série de bd du genre? En avez-vous tiré des codes à suivre ou, au contraire, avez-vous choisi de vous démarquer de ces modèles-cultes par certaines spécificités graphiques?
Le western est un genre très codifié avec bon nombre de passages obligés. Le Saloon, le sheriff, la mine d’or, etc… L’intérêt de notre croque-mort est que son métier nous permet de revisiter le genre avec un peu de fraîcheur. Concernant les spécificités graphiques, je m’inscris dans une tradition, celle de l’école dite franco-belge, initiée par Jijé, poursuivie par Giraud, Boucq, Rossi ou plus récemment Matthieu Bonhomme. Le décalage se faisant, je crois, plutôt sur une mise en scène qui est plus contemporaine.

Quand on pense Western, viennent immédiatement  les visages de John Wayne, Gary Cooper ou encore Clint Eastwood... Et les scènes avec des plans américain : il n’y en a quasiment pas d’ailleurs…non? C’est volontaire on suppose? 
La bd de western oblige-t-elle à accentuer l’aspect cinématographique, avec des vignettes en gros plan, des onomatopées allusive qui créent le suspense etc.? Avez-vous l’impression d’avoir travaillé autrement qu’à l’accoutumée parce que, justement, vous vous attaquiez à un genre très codifié?
Non, pas vraiment. Il y a sans doute de manière inconsciente quelques choix de mise en scène qui sont liés au spécificités du genre mais ça s’arrête là.

Avez-vous fait un grand travail de documentation au préalable ou le Far-West a tellement été à l'honneur à l’écran que vous aviez déjà des tas d’images en réserve dans votre tête…? Bref, Undertakers’il y a eu travail documentaire : comment s’est-il déroulé?  Êtes-vous du genre méthodique et rigoureux ( avec plein de dossiers étiquetés par thèmes «  personnages », « bâtiments », « désert » etc…) ou spontané et chaotique ?
Mes sources de documentation sont diverses. Cela va de vieilles photos d’époque à des photos de films, mais encore des peintres de l’Ouest tels que Remington, Dixon ou les grands illustrateurs américains, Wyeth, Von Schmidt, Mc Carthy…Le tout sous la forme d’un capharnaüm à peu près maitrisé. Après, ma volonté n’est pas d’être dans une retranscription ultra-fidèle de l’Ouest de la fin du XIXème siècle mais plutôt dans l’évocation de cette période. L’important est que le lecteur est le sentiment que l’univers visuel que je lui propose est crédible.
 
Le premier tome s’ouvre sur Monsieur Crow et son vautour, le second sur Miss Rose Prairie….dans « L’Ogre de Sutter Camp », qui ouvrira le bal?
L’ogre.

Dans les dernières vignettes de « La danse des vautours », c’est Rose qui tient les rênes du corbillard….est-ce votre idée? Cela laisse supposer qu’elle va devenir plus qu’une compagne d’infortune….de là, à l’imaginer sur la troisième couverture il n’y a qu’un pas infranchissable…. parce que quand même le western, tout de même, c’est un « truc d’hommes virils » quand même….?
A contrario, je crois que notre série fait la part belle aux femmes avec Rose Prairie et Lin. Deux femmes aux caractères forts. C’est, à mon sens, une des spécificités d’Undertaker et une de ses forces.

D’ailleurs, concernant les deux premières couvertures, pourriez-nous nous expliquer ce qui a justifié vos choix d’un visuel plutôt expressionniste pour la première couverture à un seconde couverture au trait plus réaliste?
Personnellement, je compare souvent une couverture à un projet d’affiche. Il faut communiquer le maximum d’informations avec le minimum d’éléments pour avoir une image simple et forte mais qui « raconte » beaucoup. C’est d’autant plus compliqué lorsqu’il s’agit du tome un d’une nouvelle série vu qu’il faut présenter l’univers, l’époque, le « héros » et le ton de la série. Ici, avec Xavier, je crois qu’on est arrivé à peu près à ça. Une économie de moyen pour une image qui se voit de loin. Le trou ainsi que le haut de forme et le vautour nous apprennent que nous avons affaire à un croque-mort. Les flingues à la ceinture indiquent par contre que nous ne sommes pas face à un croque-mort classique. Le soleil écrasant avec le personnage en contre-jour est un cliché de l’imagerie du genre qui induit qu’on est face à un western. Enfin, ce visage dont on ne voit que la silhouette amène une part de mystère autour de notre undertaker.

Dans le cadre de la seconde couverture, le défi était plus simple car l’univers était déjà en place avec la sortie du tome un. Avec Xavier, nous voulions rester dans la même simplicité que ce que nous avions proposé dans la première couverture. Ce qui nous a amusé, c’est la multitude de vautours regardant dans la direction du lecteur. Ils amènent une certaine étrangeté à l’image.

Soupçonniez-vous le succès que pourrait avoir cette série? Ou, question plus facile pour ne pas heurter votre modestie, comment expliqueriez-vous cet engouement?
Le succès, c’est souvent une addition d’éléments. Ici, je crois que revisiter le genre par le biais d’un croque-mort a surpris les lecteurs. D’autre part, nous sommes arrivés au bon moment. A part la série Bouncer ou dans un autre registre Lincoln, il n’y avait plus grand chose en western.

Qu’exposerez-vous à la galerie Daniel Maghen?
Essentiellement des planches originales et l’une ou l’autre peinture. J’espère que l’exposition chez Daniel Maghen plaira aux lecteurs qui ont aimé les deux premiers albums mais aussi que la visite donnera peut-être l’envie à d’autres de découvrir Undertaker.

Ralph MeyerExposition : Ralph Meyer - Undertaker du 20 avril au 7 mai 2016 à la Galerie Daniel Maghen

Galerie Daniel Maghen : 47 quai des Grands Augustins , 75006 Paris
Tel.: 01 42 84 37 39
Fax.: 01 42 22 77 86

Du Mardi au Samedi de 10h30 à 19h00

Undertaker
Tome 1: Le mangeur d’or / Tome 2: La danse des vautours
Éditions: Dargaud
 / Scénario: Xavier Dorison
 / Dessin: Ralph Meyer


Prix par tome : 13,99€

Undertaker : une brillante danse des vautours pour le mangeur d'or

Crédit-illustrations: Ralph Meyer - Série Undertaker - Editions Dargaud - Galerie Daniel Maghen