Les Misérables : ce chef-d'œuvre intemporel de Victor Hugo en BD

Écrit par Guillaume Chérel Catégorie : Bande-dessinée Mis à jour : vendredi 8 novembre 2019 16:40 Affichages : 538

junglePar Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ "Tant qu'il existera, par le fait des lois et des mœurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers, et compliquant d'une fatalité humaine la fatalité, qui est divine ; tant que les trois problèmes du siècle : la dégradation de l'homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l'atrophie de l'enfant par la nuit, ne seront pas résolus ; tant que, dans certaines régions, l'asphyxie sociale sera possible ; en d'autres termes, et à un point de vue plus étendu encore, tant qu'il y aura ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci ne seront pas inutiles." Cette exergue, qui ouvre Les Misérables, ouvre également son adaptation en bandes dessinées, par Maxe L'Hermenier, avec Looky & Siamh Parada au dessin, chez Jungle, dans la collection Pépites, qui porte bien son nom ; car l'ouvrage  est une splendeur.
Oubliez Lino Ventura, dans le rôle de Jean Valjean au cinéma. Celui imagé (et non imaginé) par L'Hermenier ressemble davantage à Vincent Cassel dans le rôle de Vidocq. Barbu, chevelu, hirsute, ce qui est logique après dix-neuf ans de bagne, pour avoir volé du pain afin de nourrir ses nièces et neveux dans la misère. Rappel de l'histoire, pour qui n'a pas lu le livre : l'émondeur (élagueur) de Faverolles débarque en vagabond, tel un pauvre diable, déguenillé, couvert de poussière et de boue et demande l'hospitalité à l'évêque Myriel. Celui-ci l'accueille, le couche et le nourrit. Au petit jour, l'homme déguerpit, emportant quelques couverts d'argent laissés sur la table. Rattrapé par les gendarmes, qui l'ont vu s'enfuir, il est ramené chez le prélat pour la constatation du vol, mais le digne homme, lui montrant les deux flambeaux d'argent de sa cheminée, lui reproche doucement de ne pas les avoir emportés, puisqu'il les lui avait... donnés ! Écrasé par cette générosité qui le sauve, le galérien prend les flambeaux et se jure d'être honnête homme.
La suite, mieux vaut ne pas être déprimé pour la lire. Les années ont passé. Une jeune fille, Fantine, a été abandonnée par son jeune amant. Malheureusement, elle aura un enfant, la petite Cosette (sa faute originelle). Pour subvenir à ses besoins (elle l'a confiée aux immondes Thénardier), Fantine est disposée à faire tous les métiers, mais repoussée de partout comme fille mère, elle est obligée de se livrer à la prostitution. Elle se trouve entre les mains du redoutable Javert. Le policier donne tort à la fille mais il se heurte au maire de la ville, un  certain M. Madeleine, qui se trouve être Jean Valjean caché sous un nom d'emprunt. Pris de pitié pour Fantine, il prend sur lui de la faire relâcher. Ce qui humilie Javert lequel a des soupçons car il a l'impression de l'avoir déjà vu quelque part... Un bagnard d'une force surhumaine. Mais il apprend qu'un malheureux, arrêté sous le faux nom de Jean Valjean, passe en ce moment même en cour d'assises. M. Madeleine se lève et déclare qu'il est Jean Valjean. Il le prouve en se faisant connaître par ses compagnons de chaîne. Toutefois, on le laisse libre (quel suspense !) momentanément et il profite de ce répit pour assister à l'agonie de Fantine, qui meurt sur un lit d'hôpital. Il jure à celle-ci, dont il s'accuse d'avoir causé la mort en la chassant de son atelier, d'adopter sa fille, la petite Cosette et il parvient à s'échapper et à gagner Paris, où il retire 600 000 francs de la banque Laffitte et les enfouit dans un bois.
Jean Valjean est un personnage aussi fantastique que Quasimodo. Mais Fantine est sans doute le plus touchant : elle va jusqu'à se faire arracher les dents de devant, avant de se prostituer pour récupérer sa fille. Fantine est sœur de Pâquette la Chantefleurie (Notre-Dame de Paris). Elles sont aussi touchantes par leurs infortunes. Mais Fantine est plus misérable encore que son aînée du Moyen-âge. Nous sommes au XIXe siècle mais les gens de peu sont traités comme des bêtes. L'histoire de Fantine constitue la première partie de l'oeuvre majeure de Victor Hugo. Vivement la suite annoncée. Tout est beau dans l'adaptation de L'Hermenier et son  équipe : le trait (Siamh jeune autodidacte, signe ici sa première BD : une merveille !), les couleurs (Looky). Un carnet pédago-historico-ludique, validé par des enseignants, complète l'album. Ce qui en fait un ouvrage à la fois agréable à lire et instructif.

Les misérables
De Victor Hugo
Fantine, Tome 1
Editions : Jungle Pépites
Auteurs: L'Hermenier, Looky & Siamh Parada
72 pages
Prix : 14, 95 €

Parution : 23 octobre 2019