Pascal Bresson : « La BD est un métier laborieux… »

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Bande-dessinée Mis à jour : vendredi 19 juillet 2019 22:26 Affichages : 684

bressonPar Serge Bressan - Lagrandeparade.com / Contern et le Luxembourg font la fête à la BD. Pour une fois encore. Pour une 26ème édition, les 20 et 21 juillet prochains. Présents au Festival de la BD, pas moins de cinquante auteurs. Parmi lesquels le Président d’honneur de l’édition 2019, le Français Pascal Bresson, 50 ans, quarante-cinq albums au compteur dont « Plus fort que la haine », « Jean-Corentin Massé, l’enfant soldat » ou encore « Simone Veil. L’Immortelle » (avec Hervé Duphot au dessin), paru en juin 2018 et grand succès (parfaitement justifié) de librairie avec plus de 50 000 exemplaires vendus à ce jour. L’occasion d’une rencontre dans le monde des bulles, d’une balade dans le monde du 9ème Art.

Vous voici à nouveau présent à Contern. Vous y allez y avoir vos habitudes !
Ça fait une dizaine de fois que je suis présent à Contern, pour le Festival. Au fil des années, j’ai tissé des liens amicaux avec les membres de l’organisation. Et puis, franchement, ça fait du bien d’aller voir ailleurs. Ici, le salon est bien plus convivial que tant et tant d'autres en France. Les auteurs et les visiteurs ne viennent pas ici pour se montrer mais avant tout pour faire plaisir. Pour se faire plaisir.

On dit de Contern que c’est « le village de la BD », et pas seulement au Luxembourg…
Mais c’est pleinement justifié. Pendant deux jours, avec le Festival de la BD, c’est la fête au village. C’est aussi le rendez-vous pour les amoureux des livres. Il y a la BD, des mangas, des livres pour les enfants… et aussi, des livres d’occasion. C’est génial ! Il y a aussi des animations dans les rues, du théâtre de rue. Pour les familles, c’est vraiment chouette !

Au fil de l’année, vous participez à de nombreux salons et festivals. Comment définiriez-vous le Festival de Contern ?
Pour le public au Luxembourg, c’est le rendez-vous de l’année. Il y a aussi parmi les visiteurs de nombreux Belges et Français. Je le dis, je le répète, c’est un salon qui change des autres. Parce que là, les auteurs sont disponibles pour les lecteurs. C’est un salon où auteurs et lecteurs échangent, un salon pour tous les amoureux des livres dans un univers familial avec des enfants qui sont les lecteurs de demain.

bressonPour cette 26ème édition du Festival, vous êtes le Président d’honneur…
A ce titre, j’ai dessiné l’affiche du Festival- comme l’ont fait mes prédécesseurs à cette fonction. Pour cette affiche, j’ai mêlé un monument de Contern, les Draï Eechelen, et des personnages tirés d’un de mes albums, « Jean-Corentin Carré, l’enfant soldat ». J’ai fait don de la totalité de mon cachet pour l’affiche à une association luxembourgeoise qui s’occupe d’enfants malades- je sais que ce don n’est pas spécialement bien vu par nombre de mes collègues mais qu’importe, quand on fait une bonne action, on n’attire pas nécessairement la sympathie… En tant que Président d’honneur, je me dois d’être présent au Salon pendant les deux jours et l’organisation m’a proposé d’inviter six auteurs de mon choix.

Comment êtes-vous arrivé dans ce monde de la BD ?
Grâce au journal « Tintin » que je lisais chez ma grand-mère, à l’âge de 5 ans ! Puis à 11 ans, j’ai découvert Tibet (1931- 2010), le créateur du personnage de Ric Hochet. J’étais tout gamin, je l’ai rencontré à Reims, tellement intimidé que je n’ai pas osé lui parler. L’année suivante, toujours à Reims, il était à nouveau invité. Je suis arrivé avec mon uniforme de scout. Lui aussi, il avait été scout. Il s’est souvenu de moi- nous avons passé trois jours ensemble, il m’a donné des conseils pour le dessin… J’ai commencé dessinateur puis je me suis mis au scénario, j’étais coloriste aussi. Maintenant, je suis à fond dans les scénarios sur des sujets qui me parlent.

Parmi vos influences, vous citez souvent René Follet, l’illustrateur et dessinateur de BD né à Bruxelles en 1931 avec qui vous avez signé deux albums, « L’affaire Dominici » (2010) et « Plus fort que la haine » (2014)…
Ah ! René… c’est mon « papa de métier ». Il est comme un père pour moi. Depuis que j’ai 15 ans, on s’écrit régulièrement. C’est une personne attachante, bienveillante. Un être sensible. De notre métier, il est le plus grand ! S’il y a un Dieu, René Follet a sa place juste à ses côtés…

Où en est la BD aujourd’hui ?
La BD a évolué. La même chose que le cinéma quand a surgi la Nouvelle Vague dans les années 1960. Il y a eu de nouveaux réalisateurs, de nouveaux acteurs et actrices. C’est exactement ce qui se passe dans le monde de la BD. Maintenant, on n’a pas obligatoirement du beau dessin- c’est une façon de déculpabiliser certains qui ne savent pas dessiner ! Mais c’est une catastrophe : je connais un dessinateur star qui se vante de faire des dessins en cinq minutes dans le train… Tout fonctionne par réseaux et connexions. Personnellement, j’ai 45 albums à mon actif, eh ! bien, quand je fais une BD, je recommence à zéro. On me dit : « Oui, mais toi, tu es frustré, tu es jaloux ». Non, simplement, la BD est un métier laborieux et injuste. La BD, c’est un métier, pas un loisir !

Sur quels projets travaillez-vous ces temps-ci ?
Un album sur la navigatrice Florence Arthaud, première femme victorieuse de la Route du Rhum en 1990 et morte en 2015 dans un accident d’hélicoptère. Elle était un modèle de ténacité et d’opiniâtreté… Je travaille également sur l’histoire du couple Serge et Beate Klarsfeld. C’est un couple merveilleux qui a donné quarante-cinq ans de sa vie à la chasse aux nazis. Ce sont des gens simples et formidables. Et avec eux deux, je me suis lancé dans un travail titanesque- comme celui que j’ai fait avec le livre consacré à Simone Veil.

Vous rappelez souvent les mots de Nelson Mandela : « Un stylo peut transformer une tragédie en espoir et victoire »…
Pour me guider dans ma vie, j’ai des mentors. Dont Martin Luther King. Et Nelson Mandela. Il a pardonné. Il a dit des mots sensés et vrais. C’est d’autant plus beau dans ce monde, dans cette société où l’espoir est de moins en moins flagrant…

Simone Veil. L’Immortelle
Auteur : Pascal Bresson. Dessins : Hervé Duphot.
Editions : Marabulles
Parution : 27 juin 2018
Prix : 17,95 €

Elle s’appelait Sarah
Auteurs : Pascal Bresson et Tatania de Rosnay. Dessins : Horne Perreard.
Editions : Marabulles
Parution : 7 novembre 2018
Prix : 19,90 €

Contern pratique

26ème Festival International de la Bande Dessinée à Contern (Luxembourg), samedi 20 et dimanche 21 juillet 2019, de 10h00 à 19h00, les séances de dédicaces se terminant à 18h00.
50 auteurs présents, 100 marchands pour une bourse des collectionneurs, des animations et des ateliers pour les enfants. 8 000 visiteurs attendus.
À l’occasion du Festival, le village de Contern est fermé à la circulation routière. Les parkings (à la périphérie du village) seront gratuits, tout comme la navette qui amène de la gare de Sandweiler-Contern au festival à Contern. La navette roulera en fonction du départ et de l’arrivée du train à la gare de Sandweiler/Contern.
Tarifs. Pour les adultes, 3€ par jour. Entrée libre pour les enfants de moins de 12 ans.
Contact : Festival International de la Bande Dessinée à Contern. 4, place de la Mairie. L-5310 Contern. Tél. : 00 352 66 13 50 653. HYPERLINK "http://www.bdcontern.lu" www.bdcontern.lu

conternLes invités du Président

Francis Bergèse
Né en 1941 à Crest dans le département de la Drôme. Pendant près de dix ans (1964- 1973), collaboration avec les magazines « Formule 1 », « Fripounet » ou encore « J2 Magazine ». Adaptation de romans. Apparition des aventures de Jacques Renne, un aviateur qui annonce « Buck Danny »- le grand personnage dessiné dès le début des années 1980 par Bergèse, qui très vite s’est spécialisé dans la réalisation de visuels à thème aéronautique. De 1990 à 1993, il signe les quatre premiers tomes de la série « Biggles », du nom de l’aviateur britannique créé soixante ans plus par le romancier William Earl Johns. Dernier album paru : « Buck Danny L’Intégrale 13 » (Dupuis, 2018).
Pascal Bresson : « C'est une légende. C'est le dessinateur du célèbre Buck Danny. Nous nous connaissons depuis des années. C'est une personne que j'estime beaucoup de par ses valeurs, par son talent et il c'est l'un de nos derniers dinosaures de ce métier... »

Régis Denoël
Né en 1970 à Versailles. Story-boarder de séries tv animées, également pour le cinéma et l’illustration. Première BD en 1997 : « Ombres et Lumière ». Puis « Sur les Pas dell’Arte » (2011), « Cathelineau » (2013), « Herr Doktor » (2015), « Franz Stock » (2016) et « Honoré d’Estienne d’Orves » (2017). Dernier album paru : « Maximilien Kolbe, un saint à Auschwitz » (Artège, 2019).
Pascal Bresson : « J'aime beaucoup le dessin ligne clair de Régis. C'est un auteur qui met en lumière des grands personnages historiques, des grands hommes qui ont fait de choses bien. Discret lui aussi, on se connaît peu. J'avais envie qu'il soit au salon, pour faire plus ample connaissance... »

Denis Falque
Né en 1969 à Lyon où il habite toujours. La BD, pour lui, est la concrétisation d’un rêve d’adolescent. Inspirations : Hergé, Franquin, Cabanes ou encore Loisel. Débuts : illustrateur avant d’entrer à l’école Emile Cohl puis travail dans une agence de pub- dans le même temps, illustrations pour le magazine « Astrapi ». Première BD avec Corbeyran en 1993 : « Graindazur »- une série jeunesse. Suit « Le Fond du Monde », toujours avec Corbeyran, et avec Didier Convard, « Le Triangle secret »- une série “collective” de dessinateurs qui se partagent les différentes périodes du récit à travers les âges. Dernier album paru : « Le Triangle secret. Lacrima Christi » (Glénat, 2018).
Pascal Bresson : « J'aime beaucoup le travail de Denis. C'est un travailleur méritant, un gros bosseur avec une grande rigueur. On se connaît depuis des années. Il ne se prend pas la tête et, malgré le succès de sa série « Le Triangle Secret », il est resté le même. Denis est très discret, calme et je suis bien content de le revoir ».

Patrice Le Sourd
Né en 1966 à Blois, autodidacte et passionné de BD depuis son plus jeune âge. Première BD en 2002 : « Professeur Stigmatus. La lagune de Sainte Estève » (tome 1), puis en 2006, « Le Passage »- le premier tome de la série « Un autre monde », qui lui vaut le prix Eléphant d’Or, meilleur espoir » au Festival de Chambéry. Suivront, entre autres, « Le trésor de William » (2009), « Qui a peur du méchant petit loup ? » (2011) avec les personnages de Cerise et Garou et le tome 1 de la série Le petit bois (2018). Dernier album paru : « Tennis Kids. Tome 1, Ramasseurs de gags » (Bamboo, 2019).
Pascal Bresson : « On se connaît depuis peu. Mais c'est un auteur sincère et talentueux. J'aime son travail expressif, joyeux, il travaille beaucoup pour la jeunesse. Patrice est d'une grande sensibilité, avec des valeurs qui sont les miennes. Sa série « Le Petit Bois », une BD animalière pleine de fraîcheur... »

Thierry Nouveau
Etudes à l’École des Beaux Arts de Rennes avant d’opter pour l’illustration de presse jeunesse. Collaborations avec « Le Journal de Mickey », « Toboggan » et « Image Doc » puis, pendant plusieurs années, illustration de romans pour enfants dont « Un poney au balcon » écrit par Marc Cantin. Après avoir créé sa première BD- « Léo et Lola », il continue avec deux nouvelles séries : « Théa cavalière » et « Les énigmes de Léa ». Derniers albums parus : « Les énigmes de Léa », tomes 1 et 2 (Bamboo, 2019).
Pascal Bresson : « C'est un Breton, nous sommes voisins. Thierry, c'est la même chose, c'est un dessinateur de qualité, qui aime passer du temps avec son public. Il dessine beaucoup pour la jeunesse. Il est comme moi une vraie mitraillette à paroles. On se voit assez souvent et on se marre ensemble...

Walt
Né à Bruxelles, fils de Roland Goossens dit Gos. Tombé dans la « culture franco-belge de la BD » quand il était petit. Inscription à 12 ans à l’École des Arts d’Anderlecht (Bruxelles) où il suit les cours du soir pendant six ans. Débuts en BD en 1982- il a alors 16 ans, aux côtés de Gos pour la réalisation des planches du « Scrameustache »… Depuis une trentaine d’années et une trentaine d’albums, Walt et Gos collaborent donc de manière variable comme coauteurs, tant au scénario qu’au dessin, sur la série « Le Scrameustache ». Il développe également les Galaxiens, petits extraterrestres verts, sympas et facétieux dans l’univers du Scrameustache. Dernier album paru : « Le Scrameustache. 44, La Porte des deux mondes » (Glénat, 2019).
Pascal Bresson : « C'est un ami de longue date. On se connaît depuis des lustres. J'estime beaucoup l'humain qu'il est. J'aime partager avec lui de grandes et longues discussions sur différents sujets. Il a repris le personnage de son papa Gos, le Scrameustache ».