Houston, on a un problème : BUG de Bilal, description prophétique d'un plantage planétaire

Écrit par Guillaume Marcenac Catégorie : Bande-dessinée Mis à jour : lundi 30 juillet 2018 08:21 Affichages : 150

BugPar Guillaume Marcenac - Lagrandeparade.fr/Bienvenue dans BUG, le premier tome du nouveau projet de Enki Bilal. 


Dans un futur proche, en 2041, le tout numérique a terminé d'étendre son emprise et son hégémonie sur la planète. Et soudain c'est le bug. Informatique, déjà : toutes les données stockées (serveurs, bases de contacts, cloods) viennent de disparaître ; le monde est paralysé et privé de repères. Biologique, aussi : un "insecte" alien mystérieux a intégré l'organisme de Kameron Obb, seul survivant d'une expédition spatiale qui revenait de la planète Mars. L'astronaute est victime de fièvres violentes, et marqué d'une tâche bleue qui ne cesse de s'agrandir.


Enfin, last but not least,  l'intégralité des données subtilisées à l'Humanité semblent avoir élu résidence dans le cerveau de Kameron ; le "bug" qu'il héberge n'y étant probablement pas étranger. 

Ma volonté première n’était pas de dénoncer l’emprise du numérique sur nos cerveaux. Mais bien d’évoquer le bug, ce qui se passerait si tous les outils que nous avons mis en place venaient à tous s’arrêter d’un seul coup. En vingt-quatre heures, le chaos règnerait sur la planète et votre voisin viendrait défoncer votre porte avec une arme.

Enki Bilal

Le retour de Kameron Obb sur Terre, et sa capture, deviennent donc un enjeu planétaire. L'occasion pour Bilal de décrire avec délectation - et comme il en est le spécialiste - un nouvel ordre mondial, celui de 2041. A la mafia vénitienne s'opposent sans surprise les traditionnelles grandes puissances américaine, russe et chinoise, mais également les "petits nouveaux" :  la Corée du Nord-Est, le Kurdistan, le Califat d'Istanbul ou encore l'influente Lifedust One, entreprise dont Kameron est l'employé. Au milieu de ce panier de crabes géopolitique, la fille et l'ex-femme de Kameron tentent de se frayer un chemin pour le revoir. 

Pendant ce temps là, privée de réseaux sociaux, l'Humanité essaie de survivre. Elle redécouvre les journaux papier, savoureusement truffés de fautes en tous genres (les générations tout numérique n'ayant jamais eu à apprendre à écrire). Les populations tentent de renouer des contacts humains, après n'avoir côtoyé que des écrans depuis leur naissance... Les scènes de ce monde déboussolé sont décrites avec réalisme et malice par Bilal. 

houstonLe scénario est naturellement percutant, et on est heureux que Bilal se soit emparé de ce sujet du bug planétaire généralisé, qui semble nous pendre au nez comme une évidence. L’atmosphère graphique et sociale de l'auteur se prête à merveille à l'observation de notre hyper-dépendance au numérique. Et on a l'étrange impression que depuis les premiers albums futuristes de Bilal dans les années 1970-80, l'Humanité (la nôtre, la "vraie") a évolué au point de se rapprocher de ce monde dystopique décrit par Bilal (monde déshumanisé, numérique et robotique omniprésents...). Les situations à l'origine de l'intrigue pourraient d'ailleurs sans grande surprise arriver demain (bien qu'un bug alien dans l'organisme soit peu courant), ce qui donne un réalisme et un intérêt prophétiques à cet album BUG. 

Le dessin est d'une beauté toujours aussi glaçante, la description du futurisme est crédible car scientifiquement documentée. Et le scénario est plus facile d'accès (dans sa compréhension) que ceux de précédentes trilogies. Enfin, le format moderne de cet album (plus proche du roman graphique qu'un album de Tintin dans ses dimensions), contribue à tenir le lecteur en haleine. A tel point que la fin de ce Livre 1 arrive beaucoup trop vite ; et qu'on a hâte de lire les suivants. Le décor est posé, les enjeux sont connus : quel sort Bilal réserve-t-il à l'Humanité de BUG ? 

La sortie du Livre 2, ainsi que d'une série télévisée sur le sujet, sont à l'ordre du jour.

Bug
Scénario et dessin : Enki Bilal
Tome 1
Lettrage : Fanny Hurtrel
Prix : 18,00 €
Parution : 22/11/2017