Dieu Brando et moi : l'histoire du juif errant qui tourne en rond...

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Théâtre Mis à jour : dimanche 13 octobre 2019 15:38 Affichages : 402

Dieu brabdoPar Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ Boris Cyrulnik et tous les psychanalistes ont encore du pain sur la planche. Patrick Simon, qui joue le rôle de Daniel Milgram dans Dieu Brando et moi s'en amuse lui-même, grâce au texte de Gilles Tourman. Ce dernier nous raconte l'histoire autobiographique d'un enfant sauvé de la barbarie nazie par la communauté protestante du Chambon sur Lignon. Il retrace la vie d'un juif parmi les autres, représentatif de toute la communauté, et de l'Humanité toute entière, évidemment, car être « élu » il s'en serait bien passé : « A quand la prochaine élection ? !». Tout est vrai. Même si tout est joué. L'entreprise est colossale puisqu'il remonte jusqu'à Adam, jusqu'à l'exode des juifs en Egypte, et va jusqu'à ce pasteur, André Trocmé, fondateur du Collège Cévenol, qui contribua à sauver 5000 personnes pendant la seconde guerre mondiale.

Il s'agit d'un seul en scène, teinté d'humour juif, et parsemé de moments d'émotion. Tout y passe, on vous le répète, depuis Moïse jusqu'à la fameuse mer qui s'ouvre et la terre qui se referme... sur le désert, où le peuple juif tourne en rond, en passant par le Talmud, et le rabbin qui donne raison à tout le monde (cf : la métaphore des ramoneurs) pour mieux faire comprendre la relativité, non pas du temps mais de la vie. Ou la démonstration par l'humour, plus que par l'absurde, que ce monde est fou et violent.

L'espace scénique est réduit au strict minimum : deux fauteuils (dans l'un d'eux est censé agoniser le père), une table basse. Daniel prend possession de l'espace en soliloquant (on dirait parfois un one-man-show à la Guy Bedos) et s'adresse à la fois à son vieux paternel, et au public. Ce spectacle s'adresse à tous en passant du rire aux larmes. Il est question de la recherche d'identité, de la vie amoureuse et professionnelle. Mais aussi de Dieu... masculin, le père... et de la maman (la terre-mère) absente, mais du coup tellement présente, envahissante. Patrick Simon se donne entièrement au rôle de Milgram et mouille la chemise. Il sait donner la parole aux disparus, dans l'horreur, et s'adresse aux vivants en les appelant à la résistance. Encore un spectacle qui a du sens, comme les aime et les défend le Studio Hébertot. Seul bémol, on ne comprend pas trop la référence à Marlon Brando, qui vient ici comme un cheveu sur la soupe (cela donne un bon titre de pièce : après Dieu, Brando ?)... Qu'il soit question soi-disant d'un comédien de seconde zone (syndicaliste tout de même, donc revendicatif) n'a pas grande importance dans cette histoire dense, qui a du sens. Ce qui compte c'est ce qui est dit, vécu et raconté sur le plateau. A savoir un message de paix, d'amour et de résistance à la bête immonde en sommeil. Etre un juste parmi les justes devrait être notre projet de vie à tous.

Dieu Brando et moi
Texte:  Gilles Tourman
Mise en scène : Patrick Simon et Maurice Zoui
Avec Patrick Simon

Dates et lieux des représentations :
- Jusqu'au 17 novembre 2019 , mercredi et jeudi à 19 h, vendredi et samedi 21 h et dimanche 15 h, au Studio Hébertot (78, bld des Batignoles – 75017 Paris. Tel : 01 42 93 13 04 / www.studiohebertot.com )

 

 

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