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Electre des bas-fonds : une fable musicale exaltante aux côtés des Atrides

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Théâtre Mis à jour : vendredi 11 octobre 2019 08:42 Affichages : 1065

AssaadPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.com/ Ah les mythes grecs…vecteurs d'une pensée toujours au plus profond de l’humain et qui convient à des péripéties exaltantes où se mêlent le merveilleux et le symbolique.

Rappelez-vous de ce que nous raconte, à quelques détails divergents, Eschylle, Euripide et Sophocle : le grand roi de Mycènes, Agamemnon, frère de Ménélas - le mari outragé des amours "pârisiens" d'Hélène-,  a sacrifié sa fille Iphigénie afin d'apaiser la déesse Artémis et obtenir des vents favorables pour naviguer jusqu’à Troie. Son épouse Clytemnestre en a gardé une rancoeur inaltérable et à son retour de la guerre, elle l’assassine dans sa baignoire avec la complicité de son amant Egisthe. Quelques années plus tard, Oreste et Electre se retrouvent sur le tombeau de leur père et à la différence de leur soeur Chrysothémis, ils fomentent leur vengeance…

Que chacune tienne son rôle. Le soleil est déjà dans le sien.

Simon Abkarian a voulu réécrire sa propre version du mythe et son écriture, qui sait être tout à la fois profonde et rieuse, résolument moderne mais respectueuse du mystère antique, est une véritable révélation! Il invite le spectateur au jour sacré où l’on fête les morts. Tout commence ainsi dans le quartier le plus pauvre d’Argos. On y croise des esclaves, des serveuses et surtout des prostituées. Chacun se prépare; ce soir, une grande fête va se dérouler et Clytemnestre et Egisthe seront enfin punis de leur crime!

Je ne médis pas mais je maudis.

catherineLe texte a su saisir toutes les réflexions empiriques et métaphysiques des protagonistes principaux, leurs hésitations, leurs failles et leurs contradictions. Oreste (Assaad Bouab) aux yeux de biche, déguisé dans son habit de fille, a la candeur touchante d’un enfant que « l’on pousse à se battre quand tout en lui le pousse au retrait ». « Tuer celle qui te donna la vie »…en voilà un crime terrible que cet éphèbe assume du bout des lèvres, avec une conviction fragile. Un rôle difficile à endosser tant les femmes autour de lui sont d’une puissance impressionnante. Chrysothémis (Rafaela Jirkovsky) convainc par sa présence tout à la fois courageuse et pudique, raisonnable et hypersensible face à une Electre (Aurore Fremont) tonitruante de revendications vitupérantes, folle aux yeux noircis qui tempête jusqu’à l’ubrys - parce qu’elle "convoite la palme du malheur?"- . Simon Abkaria, par le truchement d'une mise en scène spectaculaire par moments, en fait une autre Antigone, s’élevant contre la loi des rois, vierge révoltée réfugiée dans un bordel, «  un diadème posé sur un tas de fumier ». Egisthe (Olivier Mansard), le cousin patricide, joue son rôle de parricide antipathique et libidineux avec talent…La présence de la vieille nourrice ( Annie Rumani) à la cécité symbolique - quel mythe grec qui se respecte n’a pas son Tirésias! Chacun sait qu'on voit mieux quand on n’y voit plus..! », devient un refuge rassurant…ceinte le plus souvent d’un halo, elle embrasse de sa bienveillance et de son corps fatigué cette nouvelle journée tragique dans l’histoire des Atrides. Le garde, campé par Simon Abkarian, fait office de contrepoint comique à cette fable sinistre. Le choeur et ses choryphées, tantôt silhouette immense ondulante à tête de mort, tantôt tenancière du lupanar (troublante Frederique Voruz), multiplient les métamorphoses, et, accompagnés de la musique originale géniale des HOWLIN’JAWS, incarnent tantôt des Erinyes annonciatrices de malheur, des convives ennivrées d’une soirée à la cour du roi, des veuves troyennes forcées à se prostituer…L’interprétation de Clytemnestre, enfin, par Catherine Schaub, est remarquable. La comédienne use tout à la fois d’une douceur maternelle désarmante lors des deux scènes où elle refait la tresse de ses enfants et d’une détermination à la main de fer inébranlable. Plus mère vengeresse qu’épouse volage souhaitant éliminer un mari génant, elle se défend de manière bouleversante :« Celui qui tue une fillette est un fléau pour l’humanité. » Oreste commet tout de même le matricide parce que c’est une tragédie et que c’est écrit ainsi mais les paroles demeurent, puissantes, et elles ont gagné.

Le paraître est l’assassin de l’être. Le disparaître va être ton sauveur.

Récréation visuelle et auditive, cet Electre des bas-fonds enchante également par ses danse de Kathakali superbes, tous ses ballets inspirés où s’entortillent les noeuds de l’intrigue et ses mises en scène aux effets d’ombres et de lumières stimulantes. Autant de tableaux enthousiasmants qui hantent successivement le plateau…

La force de cette pièce réside dans la présence tonitruante et superbe du féminin. On gardera le souvenir d'Electre enchaînée, de Chrysothémis souillée, des "putes bicéphales" aux cordes vocales de sirène...ou encore du visage grimé de ces femmes rompues que jamais une Iliade n'a chantées, éclatantes de beauté dans leurs couleurs et leurs diversités, halos de vengeance desespérée au coeur de ce « temple d’Aphrodite concupiscente et dépravée ».

Electre des bas-fonds? Un voyage brillant dans le Péloponnèse, l’Antiquité et ses chimères excentriques et monstrueuses...Un hommage vibrant au Féminin!  

Dansez ce qu’il vous reste d’aujourd’hui et laissez maintenant suivre son triste cours…

Electre des bas-fonds
Par la Compagnie des 5 Roues
Texte et mise en scène Simon Abkarian
Pour 14 comédiennes-danseuses et 6 comédiens-danseurs 
Musique écrite et jouée par le trio des Howlin’ Jaws

Dates et lieux des représentations: 


- du 25 septembre au 03 novembre 2019 au Théâtre du Soleil ( 2 Route du Champ de Manoeuvre, 75012 Paris) Téléphone : 01 43 74 24 08


Copyright : Antoine Agoudjian 

Extrait: 

CLYTEMNESTRE
Ne la frappe pas.
Aujourd’hui n’est-ce pas la fête des morts ?
Aujourd’hui l’homme et la femme ne se confondent-ils pas ?
Tout n’est-il pas un ?
Le pauvre insulte le riche.
Le laid couche avec le beau,
Le faible défie le fort.
Tu joues les miséreuses mais au fond tu restes une princesse gâtée de l’intérieur.
Tu espères le fils fidèle au sang du père, quand c’est le mien qui l’a nourri.
Que vienne ce fils, que vienne une armée de fils.
Je les attends de pied ferme.
Crois-tu que je vais trembler, geindre et gémir ?
Non je ne fuirai pas.
Pas un son d’effroi ne sortira de moi.
Hors de ma vue.
Emmenez ce cancer qui ronge notre joie !

 

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