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La Vie de Galilée : un grand texte, un formidable Philippe Torreton…

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Théâtre Mis à jour : dimanche 6 octobre 2019 17:39 Affichages : 217

GaliléePar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / De 1609 aux dernières années 1630, entre Padoue, Florence et Rome. Un homme, Galileo Galilée, bouleverse, bouscule la science tenue et muselée sous la haute autorité de Rome et de la papauté. Entre autres avancées, le savant affirme un jour : « Et pourtant elle tourne… » Oui, la Terre tourne parce qu’elle est ronde. L’Eglise et l’Inquisition n’acceptent pas que l’Homme ne soit pas, ne soit plus au centre même de la Création. C’est « La Vie de Galilée », une des grandes pièces de Bertolt Brecht (1898- 1956), né en Allemagne, apatride après avoir été déchu de sa nationalité allemande par le régime nazi en 1935, exilé en France, au Danemark, puis en Finlande et aux États-Unis où il séjourna jusqu’en 1946. Après la Deuxième Guerre mondiale, il revient eu Europe, acquiert la nationalité autrichienne et s’installe à Berlin-Est où, avec sa femme, il dirige la troupe du Berliner Ensemble, et mourra le 14 août 1956.

Donc, « La Vie de Galilée », ce mathématicien, géomètre, physicien et astronome italien (1564- 1642) qui va déployer des tonnes d’énergie pour appuyer, démontrer sa thèse. Il doit, sous son toit, faire front à sa bigote de fille- et vite, vont arriver les tenants de la Pensée officielle. Il n’écrit pas, il offre le résultat de ses recherches et de sa théorie à son fidèle disciple, le fils de la dame de maison… Il y aura procès, il admettra sa faute, ses disciples lui en feront grief- il avouera avoir fait marche arrière, s’être rétracté par peur de la torture, de la douleur et de la mort. Homme brillant, homme d’honneur, génie incompris face aux obscurantistes, Galileo Galilée aurait-il baissé la garde, serait-il rentré dans le rang de la bienpensance et du discours officiel ? Et pourtant, elle tourne, cette Terre, comme l’avait découvert Copernic, comme l’a confirmé Galilée…
Quatre raisons pour aller voir au plus vite cette « Vie de Galilée ». D’abord, écrit en 1938 et créé en 1943, le texte de Bertolt Brecht. Un texte fleuve en quinze scènes, prévu sur quatre heures, réduit ici à deux heures et vingt minutes, pour une quarantaine de personnages et tout autant d’acteurs- ramené ici à onze comédien.e.s… Le dramaturge- l’un des plus brillants du 20ème siècle, brille encore par la pureté de son écriture et la construction imparable de la pièce. Ensuite, le thème développé par Brecht : le pouvoir du progrès et la domination des masses. Et puis, la mise en scène de Claudia Stavisky. Contrairement à la version présentée durant l’été 2019 à la Comédie-Française avec une mise en scène luxueuse d’Eric Ruf, elle a opté pour le principe d’audace et d’austérité. Le décor minimal, voire minimaliste tout comme les couleurs ou la lumière conviennent parfaitement et mettent joliment en avant l’ascétisme de Galilée. Enfin, et surtout, l’interprétation magistrale de Philippe Torreton. Entouré d’une troupe brillante (parmi lesquels, entre autres, Michel Hermon et Marie Torreton) et enveloppé dans un long manteau gris, il excelle en Galilée. Molière du meilleur comédien 2014, il est saisissant de présence, dessinant un Galilée physique et spirituel.
Avec cette « Vie de Galilée » version Stavisky- Torreton, on a là non plus un affrontement Galilée vs. l’Eglise du 17ème siècle, mais plutôt le questionnement sur une vérité qu’il faut ou non accepter et rendre publique- au risque d’un bouleversement de la société. Un texte d’une importance capitale servi magnifiquement. « La Vie de Galilée », c’est bien « un théâtre d’idées » comme disait le metteur en scène Antoine Vitez…

Qui ne connaît la vérité n’est qu’un imbécile. Mais qui, la connaissant, la nomme mensonge, celui-là est un criminel !

La Vie de Galilée de Bertolt Brecht (Traduction : Eloi Recoing)
Mise en scène : Claudia Stavisky
Avec Philippe Torreton, Gabin Bastard, Frédéric Borie, Maxime Coggio, Guy-Pierre Couleau, Matthias Distefano, Nanou Garcia, Michel Hermon, Benjamin Jungers, Marie Torreton.
Scénographie et costumes : Lili Kendaka
Lumières : Franck Thévenon
Son : Jean-Louis Imbert
Création vidéo : Mickaël Dusautoy
Assistant à la mise en scène : Alexandre Paradis
Durée : 2h30.

Dates et lieux des représentations:

- Jusqu’au 9 octobre 2019, 20h30, au Théâtre La Scala ( 13 boulevard de Strasbourg, 75 010 Paris - Tél. : 01 40 03 44 30)

-17-18 octobre 2019. Toulon : Le Liberté (Scène nationale)
-5-7 novembre 2019. Marseille : La Criée (Théâtre national)
-11-12 novembre 2019. Châteauroux. Équinoxe (Scène nationale)
-15 novembre-1er décembre 2019. Lyon : Théâtre des Célestins
-17-18 décembre 2019. Antibes : anthea- antipolis
-8-10 janvier 2020. Saint-Etienne : La Comédie (Centre dramatique national)
-17 janvier 2020. Nevers : Maison de la Culture
-23-24 janvier 2020. Angers : Le Quai (Centre dramatique national)