Girl from the fog machine factory : le théâtre musical, poétique et espiègle, de Thom Luz

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Théâtre Mis à jour : mercredi 19 juin 2019 15:40 Affichages : 850

fog machinePar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.com/ Même les entreprises qui conçoivent des machines à générer du rêve n’échappent pas à la crise économique. Alors, conjointement aux tentatives déterminées pour trouver de nouvelles idées, images et techniques plus « spectaculaires », Celle qui nous fait face sur le plateau, spécialisée en générateurs de brouillard, a décidé de louer certaines parties de ses locaux à des musiciens qui répètent...

Il y a les gestes du quotidien de l’usine et les bruits qui y sont associés. Tout s'y déroule dans le ronronnement des habitudes et des machines. Ce jour-là arrive cependant une nouvelle recrue. Une fille. On l’entoure, on rivalise d’ingéniosité pour capter son attention, on lui fait visiter les locaux et on l’initie peu à peu aux surprenantes tâches à exécuter. Dans cet entrepôt où s’amoncellent des prototypes de cartons, des ventilateurs, des plastiques et des machines de toutes tailles, le bleu de travail est obligatoire et la capacité à se laisser porter par l’évanescence des moments indispensable. 

Que le brouillard ne fasse jamais ce que je veux, c’est ce que j’aime le plus chez lui.

Ici, comme partout, l’amour peut s’inviter et des mains-araignée s’effleurent derrière les volutes de fumée. Le principe d’incertitude n’est pas laissé de côté et dans le passage d’un nuage, malgré les inquiétudes triviales auxquelles l’on est forcé de s'assujettir, on aime à voir poindre l’éternité.

S’inspirant du cinéma muet et de ses touches burlesques, ponctuant ce conte contemporain de chants polyphoniques d’une harmonie exquise, Thom Luz fait preuve d’une émérite ingéniosité pour offrir au public des tableaux d’une poésie attrayante, faisant référence à toute une imagerie -historique, scientifique, cinématographique - du "brouillard" passionnante. Dans l'usine qu'il a inventé, on fabrique de la fumée, c’est à dire du rien…ou du moins pas grand chose. Confection d’anneaux de fumée à l’aide de tuyaux-serpents rétractables, essayages d’effets de nuée&lumière percutants, mesures de longueurs brumeuses, créations de nimbus de toutes formes, sol totalement immergé de fumeroles fuyantes ou encore enfumage radical...Accompagné de notes complices, on imagine même des verres emplis de blancheur évanouissante pour les cocktails ou une couette dodue dans laquelle faire un doux somme…

La qualité d’un brouillard est fonction de ce qui se cache derrière.

Instaurant une complicité discrète mais pertinente avec le public, et des effets perspicaces de mise en abîme, il n’oublie pas la dérision rappelant que « quand le metteur en scène est paumé, il utilise toujours la machine à fumée. » Amusante métaphore qui ne sert pas qu’au théâtre mais aussi à la politique, l’économie, la métaphysique et même à l’information qui se dissout en vapeurs tant elle sur-empile les nouvelles et empêchent de les assimiler correctement.
Oui, « Ce rien pourrait désigner nos vies, sur la toile de fond blanche de l’éphémère… » explique le metteur en scène. N’avançons-nous pas à l’aveugle, baignant chaque jour dans un monde de plus en plus dématérialisé, nous lançant des défis absurdes et en exécutant d'autres l'étant davantage encore au regard de la planête et de l'essence même de l'être humain....tous condamnés à partir un jour en fumée? Que faire alors sinon - peut-être -  se laisser aller à la rêverie des choses improbables, devenir le chef d'orchestre improvisé de sa propre sonate funèbre, grimper le plus haut possible, passer la tête au dessus des nuages et se prendre pour un dieu, l’espace d’un instant suspendu?

Girl from the fog machine factory? Un travail passionnant et empreint d’une sensibilité délicate dans lequel plonger à plaisir…jusqu'au white-out!

Je ne comprends pas tout mais l’ambiance me plaît.

Girl from the fog machine factory
Avec : Mathias Weibel, Mara Miribung, Samuel Streiff, Sigurður Arent Jónsson, Fhunyue Gao
Espace, mise en scène, texte : Thom Luz
Direction musicale : Mathias Weibel
Costumes : Tina Bleuler, Katharina Baldauf
Son : Martin Hofstetter
Création lumière : Thom Luz, Tina Bleuler
Photo : Sandra Then
Spectacle en allemand, surtitré en français.
Production : Thom Luz und Bernetta Theaterproduktionen | Communication/Diffusion Ramun Bernetta | Chargée de production Gabi Bernetta | Coproduction Gessnerallee Zürich, Théâtre Vidy-Lausanne, Kaserne Basel, In-ternationales Sommerfestival Kampnagel (Hamburg), Theater Chur, Südpol Luzern | Avec le soutien de: Stadt Zürich Kultur, Kanton Zürich Fachstelle Kultur, Pro Helvetia - Schweizer Kulturstiftung, Fachausschuss Theater und Tanz Kanton Basel-Stadt Kultur/Kanton Basel-Landschaft, Stanley Thomas Johnson Stiftung, Look Solutions Fog Machines, Schiedmayer Celesta, Viadukt

Dates et lieux des représentations:
- Les 18 et 19 juin 2019 au Théâtre Jean Claude Carrière - Domaine d’Ô - Montpellier - Festival Printemps des Comédiens

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