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Don Juan : le remarquable « grand seigneur méchant homme » de Frank Castorf

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Théâtre Mis à jour : samedi 15 juin 2019 15:58 Affichages : 571

Don JuanPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.com/ Scénographie prodigieuse, toujours baignée d’une luminosité entre chien et loup, reposant sur un plateau tournant qui met en avant tantôt une scène de théâtre d’antan, qui fleure bon le bois et Molière, un salon aristocratique sur la table duquel les bougies d'un chandelier sont en route pour l’agonie, une chèvrerie à l'intérieur et devant laquelle s’ébattent quelques bêtes préalablement traites ou encore les côtés d'une masure où trône une grande bassine en bois dans laquelle l’on prend le loisir de patauger…

Costumes extravagants et délicieusement baroques à mi-chemin entre le XVIIème siècle et le cabaret berlinois qui se piquent de perruques excentriques…
Projections de vidéos tournées en live qui permettent au public de pénétrer dans l’alcôve d’une chambre ou encore d’expérimenter en grand écran les émotions exacerbées qui traversent les protagonistes...

Assurément, dans son Don Juan, Frank Castor représente d’une main de maître « le sentiment vertigineux de la démesure »!

Après un prologue décalé où tous les rôles s’entremêlent, on assiste à un Banquet de la Peste où les rats, les bubons et la folie libertinent en toute inconscience….Estomacs fragiles s’abstenir! Toute la suite déstabilise à l’étourdie pour le plus grand plaisir de ceux qui sont las des sages versions des grands classiques!

Ô réjouissante réécriture contemporaine de l’oeuvre la plus impie de Jean-Baptiste Poquelin! Admirable mise en scène truffée de références cinématographiques, musicales et littéraires diverses…où explosent toutes les conventions corsetées et les rendez-vous sacrés de la pièce : Charlotte la paysanne fait fantasmer, les pieds bien plongés dans la merde, se moque en connivence avec le public de la naïveté et de la bêtise crasse de Pierrot; Sganarelle et Don Juan croisent le fer dans le plus simple appareil ou causent philosophie en pied de nez et logique mathématique en jupons ; le père, à l’haleine qui empeste la mort, est repoussé à coups de pschitt de parfum…quand Sganarelle, prétextant être en proie à une dysenterie, ne s’autorise pas une pause aux toilettes - trop vite écourtée à son goût d'ailleurs...

Don JuanLa distribution est tout simplement épatante. Capable de jouer de manière follement impudique avec la caméra, saisissante tout aussi bien au coeur de la réalité du plateau que dans ses compositions à l’écran, parfois saisie d’une frénésie qui la transperce d’incontrôlables gesticulations corporelles, elle contribue toute entière à porter haut cette création inoubliable.

Le Don Juan que nous propose Frank Castorf est monstrueux, sulfureux et puissamment libertaire. Monstrueux…dans tous les sens du terme. Ici le libertin se paye en effet la luxure d’être double, n’hésite pas à assouvir toute la palette de ses perversions sexuelles, n’a aucune moralité qui tienne, prend un malin plaisir à offenser tous ceux qui lui prêtent attention et à terrasser ceux qui tentent de lui résister. Monstrueux tout autant dans les mots que dans les actes. Imprévisible, immature, hypocrite et égoïste, incarnation parfaite du fils indigne, le metteur en scène en a fait une créature « hybride », infréquentable et profondément dérangeante…elle a deux têtes, quatre mains et un regard terriblement pétrifiant. Et ce personnage est davantage monstrueux enfin parce qu’il se trouve diablement bien interprété. Le duo Franz Pätzold et Aurel Manthei incarne avec excellence toutes les nuances de ce personnage emblématique, tout à la fois dandy à la silhouette gracile et au minois doucereux, piège efficace à la figure d’agnelet inoffensif…et gaillard trapu au regard pénétrant, dont la virilité magnétisante intensifie la dangerosité du premier.
Fascinante figure que ce Don Juan qui répugne autant qu’il attire, à l’insolence séduisante et à l’inconséquence agaçante, aimant irrésistible symbolisant l’universelle réalité des postulats humains pour la cristallisation du désir : constat masochiste déprimant de notre besoin d’être sur le qui-vive, de ne rien considérer comme acquis, d’estimer la proie attrapée à la grandeur de la difficulté que nous a coûté la chasse «  On aime mieux la chasse que la prise »…"Paradigme de l'avidité masculine immédiate" qui fait trembler les genous des femmes attirées par cet "infatigable appétit sexuel", cette singularité sauvage et cet anticonformisme provocateur.

Le bonheur d'une vulve à l'aube.

Féroce et décadente, cette création autour de « l’épouseur du genre humain » se présente comme un manifeste, aussi, dont la devise est « liberté, égalité, sexualité »…Charlotte et Pierrot, à l’épilogue, sont effectivement déniaisés et bien heureux de l’être et Don Juan, puni pour ses crimes par un Commandeur aux ailes d’ange et à la féminité sur talons aiguille, paie ses affronts impardonnables pour la gente féminine mais conserve l’aura de sa posture avant-gardiste.

Chaque époque historique a le Don Juan qu’elle mérite.

( Angela Obst, dramaturge de Don Juan)

Don Juan
Avec : Bibiana Beglau, Nora Buzalka, Marcel Heuperman, Aurel Manthei, Franz Pätzold, Jürgen Stössinger
Et : Farah O’Bryant et Julien Feulliet
Caméra : Josef Motzet et Jaromir Zezula
Trois chèvres
Mise en scène : Frank Castorf
Scénographie : Aleksandar Denic
Costumes : Adriana Braga Peretzki
Composition : William Minke
Lumière : Gerrit Jurda
Dramaturgie : Angela Obst
Vidéo et montage live : Marie-Lena Eissing
Son : Thomas Hütti et Maximilian Loibl
Photos : Matthias Horn
www.residenztheater.de
Production : Bayrisches Staatsschauspiel, München

Dates et lieux des représentations:
- Les 1er et 2 juin 2019 ( PREMIERE EN FRANCE) - Théâtre Jean Claude Carrière - Domaine d’ö - Montpellier - Festival PRINTEMPS DES COMEDIENS 2019

Don Juan

L’insurrection des morts sera la guerre des paysages.