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Le marteau et la faucille : un monologue hypnotique, autopsie sensible des victimes d'un capitalisme débridé

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Théâtre Mis à jour : mercredi 5 juin 2019 19:49 Affichages : 585

joueursPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.com/ Depuis 2018, Julien Gosselin est plongé dans l’univers de l’écrivain américain Don DeLillo. Nous avions vu à Avignon, l’été 2018, son fascinant « Joueurs, Mao II, les noms », un marathon théâtral de neuf heures; il présente en ce mois de juin au Printemps des Comédiens 2019 « Le marteau et la faucille », une réflexion sur le capitalisme passionnante. 

Le marteau et la faucille évoque des marchés qui s’effondrent, des milliards qui s’évaporent…un capitalisme débridé qui broie les êtres et ne leur offre pour tout avenir envisageable qu’un horizon absurde et désabusé. Une histoire contée par Jerold Bradway, incarcéré depuis deux mois.
Sur le plateau, le comédien Joseph Drouet est seul face à un micro et une caméra. Derrière lui, la projection de sa prestation filmée. Sur fond rouge luminescent. Accompagné de la remarquable création musicale de Guillaume Bachelé et Maxence Vandevelde qui soutient à la perfection les tensions dramatiques, l’emballement du coeur et de l’esprit, durant une heure, l’acteur, par le truchement de sa voix et de sa posture assise - mais investie, incarne successivement - et avec une précision millimétrée qui laisse admiratif - le narrateur Jerold, son compagnon de geôle mais joue aussi les voix des deux fillettes de Jerold qui présentent à la télé un bulletin d’infos.

Avait-ce l’air dément, ces informations boursières pour les enfants ?

La mise en scène, brillante concernant la direction de l'acteur, s’avère percutante parce qu’elle se veut une sorte de mise en abîme de la situation du narrateur, effaçant tous les signes matériels ostentatoires de l’univers carcéral. Seul le texte, ici, crée le décor et Julien Gosselin a le génie d’en faire entendre toutes ses aspérités, toutes ses nuances…jusqu’à l’indicible.
Le personnage affirme se sentir déconnecté au sein de la prison bien réelle dans laquelle il est enfermé depuis deux mois ; l’acteur semble de même isolé sur cette scène d’un blanc chirurgical rehaussé d’un immense écran qui l’expose doublement à la curiosité du spectateur. Emporté par le souffle du texte, acculé par un beat de plus en plus entêtant qui s’ajoute à son débit de parole impressionnant et ses mouvements de nervosité troublants, Joseph Drouet exprime avec talent l’essence complexe du personnage de Jerold, où se mêlent une désespérance résignée et un ahurissement curieux. Réveil douloureux d’un être mais aussi opportunité accidentelle - et peut-être salvatrice?- d’interrogations existentielles et philosophiques…qui s’achèvent sur un moment suspendu sur un pont au dessus d’une autoroute où l’on inhale «les vapeurs de l’impérissable libre entreprise ». Un instant de révélation fulgurante sur l’humanité semblant régie par une main invisible qui lui évite bon nombre d’accidents. L'accomplissement d'une vie réside-t-elle dans l’anticipation, la prudence et la capacité à se plier à un « conformité implicite »? Le capitalisme, faisant des hommes des outils de production et d'échange comme les autres, formate, lisse et dévore la singularité...qui résiste et se débat tout de même dans les êtres que dépeint De Lillo. 

Le marteau et la faucille? Un manifeste littéraire pertinemment mis en scène par Julien Gosselin!

Voilà ce qu’on appelle la civilisation, me disais-je, la poussée du progrès social et matériel, des gens en mouvement qui testent les limites du temps et de l’espace. Peu importe la contagieuse puanteur de l’essence brûlée, l’encrassement de la planète. Le danger est peut-être réel mais c’est simplement le revêtement, l’inévitable apparence. Ce que je voyais était réel aussi, mais doté de l’impact d’une vision, ou peut-être d’un événement éternellement présent qui flamboie dans les yeux et l’esprit du spectateur telle une explosion révélatrice. Regardez-les, quels qu’ils soient, qui agissent en conformité implicite, qui contrôlent les cadrans et les chiffres, qui manifestent bon sens et compétence, qui négocient les virages en freinant doucement, qui anticipent, vigilants dans trois ou quatre directions à la fois.

 

Le marteau et la faucille
Texte : Don DeLillo
Traduction : Marianne Véron
Adaptation et mise en scène : Julien Gosselin
Avec : Joseph Drouet
Scénographie : Hubert Colas
Création musicale : Guillaume Bachelé, Maxence Vandevelde
Création lumières : Nicolas Joubert
Création vidéo : Pierre Martin
Création sonore : Julien Feryn
Costumes : Caroline Tavernier
Texte publié aux Editions Actes Sud
Photo : Simon Gosselin

Production : Si vous pouviez lécher mon cœur | Coproduction : Printemps des Comédiens Montpellier, CCAM Vandoeuvre-les-Nancy, Maison de la Culture de Bourges (coproduction en cours) | Administration, production, diffusion Eugénie Tesson | Organisation tournée, communication Emmanuel Mourmant | Assistant à l’administration Paul Lacour-Lebouvier | Direction technique Nicolas Ahssaine | Directeur technique adjoint Vianney Brunin | L’Adaptation du Marteau et de la faucille est représentée dans les pays de langue française par Dominique Christophe / l’Agence, Paris en accord avec Abrams Artists & The Wallace Literary Agency, New York

Dates et lieux des représentations:
- Les 31 mai, 1er et 2 juin 2019 - CREATION - Agora de Montpellier - Festival Printemps des comédiens
- Les 10 et 11 septembre 2019 - Château Rouge, Scène Conventionnée d’Annemasse dans le cadre du Festival de la Bâtie
- Les 20 et 21 septembre 2019 - Espace Pluriels, Pau
- Du 25 au 27 octobre 2019 - RomaEuropa, Rome
- Du 28 au 30 novembre 2019 - CCAM Vandoeuvre-les-Nancy
- Du 4 au 6 décembre 2019 - Théâtre Sorano- Toulouse
- Les 10 et 11 décembre 2019 - Maison de la Culture de Bourges
- Les 17 et 18 décembre 2019 - Théâtre d’Arles

Et s'il vous prend l'envie de lire la nouvelle...vous la trouverez à ce lien-là sur le site de Libération.

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Joueurs, Mao II, les noms : la peur, le doute, l’ennui et la solitude humaine face à l’absurdité et aux vides mystérieux du monde dans la focale géniale de Julien Gosselin

Au début de mon adolescence, j’étais tombé sur le mot fantasme. Un mot formidable, avais-je décidé, et j’avais voulu devenir un être fantasmatique, quelqu’un qui entre et sort de la réalité physique. Et voilà où j’en suis maintenant, un rêve fébrile en suspension, mais où est le reste, la densité alentour, la chose dotée de substance et de forme ?