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Jamais plus : les roses blanches de la jeunesse

Écrit par Christian Kazandjian Catégorie : Théâtre Mis à jour : mardi 19 mars 2019 20:40 Affichages : 584

Jamais plusPar Christian Kazandjian - Lagrandeparade.com/ Jamais plus, ou la prise de conscience d’un groupe de jeunes allemands entrant en résistance au cœur du 3e Reich.

Franz Weissenrobe naît dans l’Allemagne qui bientôt se jettera dans les griffes des nazis. Il entre aux jeunesses hitlériennes « une famille plus grande » que la sienne, pleine de camarades et de frères de combat. On y apprend le maniement des armes, des chants patriotiques, on invective les juifs puis on caillasse les vitrines de leurs commerces. Franz est fier de participer à une œuvre de salubrité et de sauvegarde de l’identité allemande, blonde et aryenne comme lui. Il va jusqu’à dénoncer son père, un bon soldat de la Première guerre mondiale, qui cache une famille juive. Le père, figure tuméfiée au retour des interrogatoires, l’embrasse : pardonné ; pardonné et regard décillé. Lorsque son frère, sa petite amie entreprennent des actions dénonçant Hitler et sa clique, il en est. Il entre en résistance, jusqu’à son arrestation. Dès lors, il connaît son sort et l’affronte avec dignité : « mourir est facile, c’est vivre qui est difficile ».
"Jamais plus" démarre avec le dernier jour de Franz, dans sa prison de Munich. Il écrit à sa mère et n’est pas certain qu’elle lira sa lettre ni que quelqu’un la lira. Cependant il dévide l’écheveau d’une vie trop courte, mais pleine en définitive ; une vie d’interrogations sur l’innocence de l’enfance, l’embrigadement prétendument patriotique, la révolte salutaire. Antoine Fichaux, seul en scène, passe d’un sentiment à l’autre, d’une époque à l’autre donnant, par touches, une belle épaisseur humaine au personnage de Franz. Passé l’effroi initial que soulève le texte, d’où n’est pas exempte la poésie quand est décrit le monde avec les yeux de l’enfance, on cède, dans les derniers instants, à une émotion d’une force que seul peut produire le théâtre. On l’aura compris : on se trouve face à un texte essentiel, une œuvre salutaire qui plonge au plus profond de l’être, qui racle jusqu’à l’os l’essence de l’être.
Dans Jeunesse sans dieu, Odon von Horvath avait décrit l’endoctrinement des jeunes allemands dans le Reich. Désespéré par l’incrustation du nazisme dans les masses, il se réfugie en France où il meurt accidentellement à Paris en 1938. Il n’aura donc pas connu le mouvement de résistance d’étudiants et professeurs allemands, nommé Die Weiss Rose (La Rose blanche) créé au printemps 1942 et qui sera liquidé moins d’un an plus tard, et que "Jamais plus" évoque, sortant cet épisode héroïque de résistance intérieure des méandres de l’oubli. La mise en scène de Geoffrey Lopez, également auteur du texte, restitue les contours complexes de l’âme humaine. L’exaltation initiale du jeune apprenti-nazi disparaît pour faire place à un apaisement et une détermination fruits de la réflexion et de l’engagement pour une cause juste. La lumière qui inonde Franz exalté face au Führer, celle qui le coupe en deux (ange et démon ?) lors de l’évocation de la bataille de Russie où son frère perdra la vie, a couleur de sang. C’est dans la même pénombre que celle de la maison familiale, que, rasséréné, sûr de la justesse de ses choix, Franz affronte le dernier segment de son existence. « Plus jamais », oui, comme le clame les manifestants aujourd’hui partout où, dans le monde, ressurgit l’ombre du fascisme.

Jamais plus
Ecriture et mise en scène : Geoffrey Lopez
Jeu : Antoine Fichaux

Dates et lieux des représentations: 
- Jusqu’au 14 avril 2019 au Théâtre du Roi René, 12 rue Edouard Lockroy, Paris 11e (01.47.00.43.55.)