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Le bois dont je suis fait : quand l'écorce se fissure en famille

Écrit par Xavier Paquet Catégorie : Théâtre Mis à jour : lundi 11 mars 2019 17:45 Affichages : 506

le boisPar Xavier Paquet - Lagrandeparade.com/ Il y a les claques que l’on se prend, enfant ou adulte, au propre comme au figuré, et qui vous marquent à vie. Celles plus douces et surprenantes qui vous procurent une agréable sensation. « Le bois dont je suis fait » est de cette veine !

L’histoire d’une famille presque banale, qui se réunit pour un déjeuner dominical ordinaire mais qui ne le sera pas : la mère, qui sait qu’il ne lui reste plus beaucoup de temps à vivre, souhaite être entouré de son mari et de ses deux fils pour que tous se réconcilient et retrouvent une vie familiale apaisée. Cette histoire singulière arbore pourtant une étonnante complexité dans les caractères des personnages, leurs rapports et l’évolution de leurs sentiments. Elle met en avant les non-dits et les trop dits qui ressurgissent, révèle les peurs et les angoisses des uns, les certitudes et les rancœurs des autres.  A l’approche de la Mort, la mère apporte son dernier souffle sur les relations familiales quand d’autres soufflent sur les braises de leurs blessures, enfouies ou ravivées. Ils ne sont pas tous du même bois mais pour tous l’écorce se fissure à un moment de l’histoire.

Ce jeu de rôles familial devient épatant quand on découvre que les deux comédiens jouent l’intégralité des sept personnages, parfois sur la même scène : la mère en délicatesse, le père autoritaire au verbe acerbe, les deux fils dont l’un accepte l’autorité paternelle quand l’autre la refuse, leurs belles filles, ainsi que le grand père volubile. Ils incarnent cette galerie de portraits avec un naturel et une spontanéité bluffantes : une voix, un regard, une posture, une gestuelle ; le moindre détail ancre le personnage. Les comédiens installent ces codes avec une rare efficacité : tout est précis, millimétré voire chorégraphié pour que les personnages qui se parlent et échangent changent avec fluidité et synchronisation. 

Cette maitrise est renforcée par une scénographie épurée : un plateau noir, des vêtements sombres et deux tabourets. La suite prend vie par le jeu d’acteurs. La mise en scène sobre de ce huit clos permet de nous plonger dans le monde intérieur des personnages et d’explorer la complexité des rapports familiaux. Elle évite le pathos par des effets sonores et des parties chantées (la chanson sur la paternité pleine d’humour vaut le détour) qui amènent de la fraicheur et une respiration dans l’histoire.

Cette comédie sociale met en valeur la famille, sujet universel, miroir visible et reflet caché de nos sociétés et de nos vies actuelles. Quand elle ne remplit plus son rôle de valeur refuge, de soutien morale et affectif, l’individu se retrouve face à lui-même dans la construction ou la déconstruction de soi. Elle fait réfléchir sur la place de l’héritage dans le façonnement de nos existences, sur les blessures de l’enfance et la difficulté à s’en débarrasser et sur la recherche de sa propre identité pour affirmer sa singularité.

Ce théâtre-là est beau car il revient à son essentialité avec une simplicité dans le texte et une pureté dans le jeu qui nous font pénétrer dans l’histoire. Par ses émotions, ses tensions, son équilibre entre affrontement et tendresse, il met en valeur les émotions. Du rire aux larmes. Comme dans la vie.
Un théâtre vrai, touchant et juste. Un théâtre que l’on vit, que l’on écoute et qui prend le temps du silence et de la parole.

Le bois dont je suis fait
De et par : Julien Cigana et Nicolas Devort
Mise en scène : Clotilde Daniault
Lumières : Philippe Sourdive

Dates et lieux des représentations:

- Du 3 février au 25 mars 2018 au Théâtre de Belleville ( 94 RUE DU FAUBOURG DU TEMPLE, 75011 PARIS • 01 48 06 72 34)