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Seuls : l'étoile filante kamikaze, le poulpe noir indicible et les petits retards qu'on ne rattrape jamais

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Théâtre Mis à jour : mardi 5 février 2019 23:11 Affichages : 165

SeulsPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.com/ C’est l’histoire d’un étudiant d’origine libanaise, prénommé Harwan, ayant grandi à Montréal et qui, sur le point de soutenir sa thèse, se retrouve enfermé toute une nuit dans l'une des salles du Musée de l’Hermitage à Saint-Petersbourg, suite à un enchaînement d’évènements somme toute assez banals. Une nuit éprouvante qui prend des airs d’éternité, le mène notamment à retrouver sa langue maternelle oubliée…et lui permettra de s'extirper de la chrysalide-carcan dans laquelle il étouffait.

 

"Seuls" est le premier volet d’un « cycle domestique » imaginé par Wajdi Mouawad. Un solo qui a été suivi de près par un autre, intitulée "Soeurs", lui-même suivi du duo « Frères » qui sera complété bientôt par « Père et Mère ». 

Tel un objet que plusieurs personnes décrivent sous un angle différent pour mieux en saisir la réalité complexe une fois l’ensemble des points de vue reconstitué, la diversité des vécus des membres de la famille et la multiplicité de leurs positions tendra vers une compréhension plus universelle du sujet.

Wajdi Mouawad

"Seuls" débute sur une mise à nu qui déroute au départ...Sur scène, l'individu qui se présente est incertain dans ses objectifs et ses conclusions; le jeu de l'interprète s'avère tout aussi malaisé...et la mise en abîme est ainsi aussi incarnée que déstabilisante. Il faut donc un temps pour « entrer » dans cette fiction à la teneur autobiographique aussi distanciée que tangible. Mais plus les minutes s’égrènent, plus l'acteur est saisissant de justesse…et c’est ça, l'une des forces de ce spectacle. Cette métamorphose progressive d’un individu lambda en "suspension" et en quête de sens et de soi, à celle de Figure Allégorique Universelle.

Saluons d’abord le texte - passionnant- , ponctué de réflexions existentielles et philosophiques pertinentes et de surcroît capable de faire rire tout autant qu’émouvoir. Sensibles et sensés, les mots sont accompagnés de la présence investie du comédien et d’une scénographie efficace, qui sait mêler le pratique à l’esthétique, le poétique au spectaculaire. Applaudissons ensuite l'ingéniosité de la mise en scène qui tisse notamment une métaphore filée de la vie ( naissance, mort, résurrection...)tout au long de la pièce...lorsque le comédien se laisse aspirer par le fond de scène qui s'ouvre comme une matrice...lors de l'évocation de la parabole du fils prodigue et l'utilisation percutante du tableau éponyme de Rembrandt... lorsqu'Harwan semble enfermé dans son propre corps et qu'il entend les voix de ses proches qui lui parlent derrière un mur de verre impénétrable....mais qui fait naître également des moments de théâtre très diversifiés....d'une scène dans un Photomaton plaisantin à l'utilisation d'un double d'Harwan - hologramme, d'un monologue improbable où se racontent des  souvenirs amusés en compagnie d’un père dans le coma à l'explication de la technique la plus stratégique pour compter les étoiles...ou encore à l’évocation d’un Eden familier derrière une maison…

Moi, quand j’étais petit, je voulais être étoile filante.

Réflexion sur l’identité et l'enjeu important que constitue le fait de se construire par rapport à l’autre dans le cadre familial, les liens complexes qui unissent un père et un fils, la difficulté à « garder l’enchantement » en vieillissant mais aussi l’acceptation de grandir et de devenir le parent de ses propres parents, "Seuls" ne cesse de nous questionner : « Comment on fait pour savoir qu’on est en train de rater sa vie? » « Pourquoi on n'amène toujours avec nous que l’essentiel? »…Voltaire ne disait-il pourtant pas : « Le superflu, chose très nécessaire »? 

La pièce évoque ce « poulpe noir indicible » qui se niche au creux de notre être et nous mine tant on a l'impression qu'on va finir digérer dans le ventre de la vie banale… Elle nous rappelle également cette réalité tragique : dans la vie « le brouillon, c’est le propre. »...alors que faire pour échapper à cette fatalité de l'existence? à cette désillusion qui semble programmée? Remettre de la couleur et oser les éclaboussures et les tâches?…qui peuvent être sources de surprises heureuses et de perspectives nouvelles? Reprendre en main les pinceaux de sa vie qu’on avait délaissés…comme dans cette performance plastique saisissante que nous offre l’artiste en conclusion? Pour se perdre…et mieux se retrouver. Qui sait?

L’impossibilité de rattraper les petits retards…tout le temps.


Seuls
Texte, mise en scène et jeu : Wajdi Mouawad
Dramaturgie, écriture de thèse : Charlotte Farcet
Conseiller artistique : François Ismert
Assistante à la mise en scène création :Irène Afker
Assistante à la mise en scène tournée : Valérie Nègre
Scénographie : Emmanuel Clolus
Lumière : Éric Champoux
Costumes : Isabelle Larivière
Son : Michel Maurer
Musique originale : Michael Jon Fink
Vidéo : Dominique Daviet
Les voix : Nayla Mouawad, Michel Maurer, Isabelle Larivière, Robert Lepage, Abdo Mouawad, Éric Champoux

Dates et lieux des représentations :
- Les 30,31 janvier et 1 février 2019 auThéâtre Molière-Sète( Scène nationale archipel de Thau, avenue Victor Hugo, 34200 Sète) - téléphone : 04 67 74 02 02- mail : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.