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Europa : Europe, Europe, mon beau miroir

Écrit par Christian Kazandjian Catégorie : Théâtre Mis à jour : samedi 29 décembre 2018 10:05 Affichages : 540

EuropaPar Christian Kazandjian - Lagrandeparade.fr/ Le périple de jeunes migrants à travers une Méditerranée, berceau de multiples civilisations et d’échanges, transformée en un mur où se brisent des espoirs et des vies. Un poète entre sur scène guidant un joueur de bouzouki aveugle. L’image de ce Tiresias, devin aveugle de la mythologie grecque, dresse d’emblée le cadre : la Méditerranée, Mare nostrum, mère de civilisations multimillénaires : perse, égyptienne, romaine, carthaginoise, arménienne, juive, grecque. L’homme de parole conte l’aventure de deux adolescents algériens qui rêve de traverser pour une Europe mythifiée, siège de tous les rêves de réussite professionnelle, amoureuse, voire d’oisiveté et de richesse. Lassés de l’école qui ne les mènera nulle part, d’une société où le paraître tient lieu de boussole, ils se voient déjà à Lampedusa en Italie, puis en France, en Allemagne où ils pourront jouir des biens qui leur ouvriront les voies de la notoriété : les portables là-bas ne sont pas les pâles copies qu’on trouve en Algérie ou plus au Sud. Alors ils embarquent une nuit sur l’Esperanza, une embarcation qui a tout d’un radeau de la Méduse avec des personnages fuyant la misère, aussi improbables qu’un handicapé sur son fauteuil, un ingénieur, un flic, un poète aveugle. La fin, on le devine dès la mise en eaux, ne peut être que tragique et nous renvoie aux drames quotidiens que souffrent les migrants, qui, abandonnés par les autorités transforment la Méditerranée, cette mer qui forgea l’identité de tant de peuples, en cimetière marin. L’auteur, Aziz Chouaki, de son propre aveu écrit une langue qui puise aux racines du kabyle, de l’arabe populaire, du français. Ce nouveau langage, « créole » selon lui, n’a rien du sabir qu’on peut utiliser pour railler l’étranger. Il est pure poésie citadine, une sorte de rap qui engendre le rire, mais derrière l’humour, évoque également l’histoire, l’exil, le drame. Quel meilleur exemple pour décrire ce miroir aux alouettes qu’est devenue l’Europe aux yeux de ceux qui souffrent au Sud, que : « Lampedusa, d’Aladin le fringuant et frugal frusqué et hop, le vieux port, Lampedusa, les mouettes bikini, les voiles Gin tonic, terrasses de café gentilles, cuisses luisantes, come on, come on, touristes Mastercard, rien que du blond tranquille, mon frère ». On pourrait citer presque chaque phrase, en fait un poème qui se suffirait à lui-même, mais dont l’enchaînement produit cette magie que la scène cristallise. Le texte, d’une grande difficulté, car mêlant moments de grâce, grosses blagues, violence, nécessite une voix tout de souplesse et musicalité. Soutenu par le bouzouki de Vasken Solakian, l’aède aveugle, Hovnatan Avédikian se multiplie, emplit l’espace nu. A la manière du maître de la jonglerie, Dario Fo, il campe tous les personnages sans l’artifice de changement de costume. A peine revêt-il une guenille faisant office de couverture, empoigne-t-il un sac plastique pour seule valise, bref d’accessoires de fortune qui représente le plus souvent la seule richesse du migrant. La couverture devient coquille de noix ballotée par les flots. Pas de décor donc. Seule la lumière brute restitue le soleil du Sud qui brûle l’espérance. Ici tout l’espace est laissé au verbe, cette parole forgée à partir de mille voix qui sont nées autour de la Méditerranée. La musique porte ces voix, pousse l’attention vers d’autres rivages, rend familier l’étranger, le migrant qui espère trouver une main fraternelle au terme d’un périple où, à chaque seconde, guette le péril et croît l’espoir d’un monde meilleur.

Europa (esperanza) d’Aziz Chouaki
Interprétation et mise en scène : Hovnatan Avédikian
Musique : Vasken Solakian

Dates et lieux des représentations:
- Du 23 janvier au 3 février 2019 au Lavoir moderne parisien, Paris 18e (01.46.06.08.05)