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Le Sorelle Maculoso : « Parfois ce qui tue, c’est trop d’amour »

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Théâtre Mis à jour : vendredi 16 novembre 2018 22:30 Affichages : 437

SorellePar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.com/ Emma Dante est un peu sorcière…De son imagination fertile, elle puise des contes fabuleux qui plongent le spectateur dans une mélancolie tout aussi poignante que rieuse. Elle offre des minutes de lévitation émotionnelle d’une intensité rare…Osera-t-on dire que son empreinte dramatique, éminemment ancrée dans les traditions populaires et la culture sicilienne mais aussi infiniment féminine, fait exploser de ce fait davantage d’émotions, dispose d’une sensibilité tonitruante parce qu’elle est intrinsèquement authentique et...matricielle? 

Le Sorelle Maculoso narre l’histoire de sept soeurs dont la complicité se mêle inextricablement à la jalousie, l’envie de fusionner à celle d’échapper à ce miroir déformé qui oblige à une introspection pas toujours évidente. A mi-chemin entre la vie et la mort, elles se racontent divers souvenirs dont un surtout, obsessionnel, qui revient : une journée à la mer durant laquelle l’un d’entre elles est morte, une autre a été accusée d’en être responsable et a été envoyée en pension, avec le sentiment terrible d’être ostracisée à vie. Que faire, en attendant la mort peut-être, sinon convoquer les fantômes et revivre ensemble ces minutes mémorables où l’on était heureux?
Sur le plateau épuré, seuls quelques accessoires permettant de repérer des tombes derrière lesquelles vont se jouer des scènes saisissantes et des ballets d’une puissance émotionnelle fascinante. Emma Dante a le don de tout exploiter avec brio : les costumes qui passent du noir des funérailles aux couleurs vives et chaleureuses d’un été souriant ; les effets de lumière en clair-obscur dignes d’un Caravage où les ombres envahissent la composition du plateau, des lumières «naturelles» baignent les corps blancs des acteurs et offrent des tableaux à l’esthétique sépulcrale et auguste superbe. Les passages dansés sont époustouflants : le tournoiement amoureux du père et de la mère émeut jusqu’aux larmes tout autant que la disparition de la soeur qui rêvait d’un tutu qu’elle n’aura jamais. Les comédiennes sont toutes percutantes et d’une belle luminosité. La pièce offre deux rôles masculins d’une grande force : Sandro Maria Campagna incarne un veuf et père, aimant mais dépassé, avec sensibilité; Davide Celona joue le fils au coeur trop fragile avec une énergie remarquable. Le travail sur les corps est au coeur de cette pièce et il est transcendé par l’histoire qu’il sert.
Outre une affabulation fantastique, Emma Dante, metteuse en scène à la renommée internationale, impose ici une touche féministe sensible et convaincante. Le Sorelle Maculoso est en effet une démonstration pertinente que mettre des femmes au coeur du propos peut avoir une portée universelle quand on les montre telles qu’elles sont vraiment. Des rôles féminins d’une densité mémorable, des comédiennes époustouflantes de justesse et de vérité, des corps émouvants et sincères, des mots qui caressent et qui mordent, les sempiternelles rengaines familiales, l’amour qui tue, l'amour qui gueule, l’amour qui soutient, l’amour qui berce jusqu’au dernier soupir…Dans la vie comme sur le plateau, la vie est un combat où il faut livrer bataille contre l'adversité du destin, les idées reçues, le droit à la différence, le désir d’émancipation…Le Sorelle Maculoso raconte tout cela à la fois…et si la vie a bien souvent une tête de conne qu’on aimerait bien gifler, Emma Dante a le don exceptionnel d’en montrer toute la substantifique gravité, ce tragique auquel notre condition mortelle ne peut échapper mais qui sait faire danser les fantômes dont la blancheur des robes est encore une clarté….

Le sorelle maculoso
Mise en scène : Emma Dante
Avec : Serena Barone, Elena Borgogni, Sandro Maria Campagna, Italia Carroccio, Davide Celona, Marcella Colaianni, Alessandra Fazzino, Daniela Macaluso, Leonarda Saffi, Stéphanie Taillandier Lumières : Cristian Zucaro,
Armures : Lo Monaco Celano,
Assistante à la mise en scène : Daniela Gusmano
Coproduction : Teatro Stabile di Napoli ; Festival d’Avignon ; Théâtre National (Bruxelles) ; Folkteatern (Göteborg)
En collaboration avec la compagnie Atto Unico, Sud Costa Occidentale
En partenariat avec le Teatrul National Radu Stanca (Sibiu, RO)

Crédit-photos : Carmine Maringola

Dates et lieux de représentations:
- Les 9 et 10 novembre 2018 au Théâtre des 13 vents - Montpellier ( 34)

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