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Happy Birthday Sam! : de l’héritage des émotions

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Théâtre Mis à jour : jeudi 11 octobre 2018 22:27 Affichages : 233

samPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ La famille Pope, activiste de la gauche américaine anti-guerre du Vietnam, n’a jamais cessé d’être en cavale car elle est recherchée par le FBI.

A l’annonce de la mort prochaine de leur mère, deux frères, maintenant adultes, sont forcés de se retrouver pour vider le foyer d’antan et prendre les décisions qui s’imposent. L’un est devenu un pianiste reconnu, l’autre un marginal irascible et hypermnésique. Les retrouvailles sont complexes. 

Il y a l’idée que l’on se fait de la famille et puis il y a la famille réelle. Il y a ce que nous imaginons que nos parents désirent de nous et la réalité. il y a ce que l’on croit transmettre et ce que l’on transmet véritablement.

Alexis Moati, metteur en scène et comédien dans Happy Birthday Sam! 

C’est à partir du film américain de Sidney Lumet, « A bout de course » que Quentin Laugier, jeune auteur pas encore trentenaire, a imaginé la pièce « Happy Birthday Sam! » qui interroge sur la famille en tant que lieu de construction de l’identité. Dans cette famille en lutte idéologique, l’intime est inextricablement lié au social et au politique..

Je suis le fils d’une génération qui a voulu changer le monde.

 Alexis Moati, metteur en scène et comédien dans Happy Birthday Sam!

SamQuentin Laurier a écrit un texte très cinématographique qui fait s’entrecroiser sans cesse deux époques ; l’enfance des deux frères à la fin des années 60 et le moment de leurs retrouvailles adultes. Il fait précéder ces scènes familiales d’un séduisant prologue, quoique surprenant et dont on ne comprend bien l’intérêt qu’à la fin de la pièce. Cette prose d’ouverture, tout à la fois poétique et nostalgique, évoque tout à la fois la théorie de la relativité, « une mélodie suspendue en apesanteur » et un fait divers tragique…quelques pièces éparses d’un immense puzzle narratif, quelques pistes de réflexion que l’on nous invite à garder en mémoire…pour la suite. Plus loin, on nous emporte dans d’autres époques encore - la préhistoire ou encore les années 40 - pour appuyer sur cette notion d’ « héritage émotionnel ». On émettra un bémol ici : les moments préhistoriques ralentissent considérablement la dynamique de la pièce et il ne semble pas indispensable de les multiplier.

Tous les personnages de cette famille recomposée - les parents, les deux frères, l’épouse du pianiste et leur fils - sont le fruit d’une histoire qui les précède…L’une dit « j’étais la garante de la santé mentale de ma mère » et rappelle qu'elle ne supportait pas la rigueur de sa génitrice, sa volonté d’avoir toujours raison et elle se voit accusée ensuite, comme une fatalité, des mêmes défauts en tant que mère. L’autre voudrait comme critère de choix pour un donneur de sperme : «  celui qui a eu l’enfance la plus heureuse ». Harry, de son côté, a assimilé les inquiétudes que sa mère a ressenties à sa naissance, d’où sa nature nerveuse et indécise. Si tous arrivent à se retrouver autour de rituels rassurants, fêtes d’anniversaire, découpage de carottes, chants repris en coeur, les malaises, les non-dits, les backgrounds guettent, ne se formulent pas à voix haute et laissent à chacun des plaies qui cicatrisent souvent mal…et de manière très différente.


 Ma mère a connu la guerre, celle d’Algérie, et n’a jamais cessé d’en parler depuis. Même à moi qui pourtant n’avais pas les oreilles assez prêtes pour entendre les récits de fuite d’une enfant qui ne comprenait pas les enjeux géopolitiques de l’époque. J’ai la sensation d’avoir grandi avec elles, la guerre et ma mère. Ma mère fait partie de moi, la guerre fait partie d’elle donc de moi et de ce fait, la société, la politique, les névroses liées à l’abandon, le besoin de contrôle et mon investissement pour la défense des minorités. C’est ça l’éducation : l’incubation. C’est créer un monde dans un monde. C’est pour ça aussi que l’on dit cellule familiale. C’est le corps minuscule dont dépend la bonne marche au corps plus grand dont elle résulte. 

Quentin Laugier, auteur du texte Happy Birthday Sam!

Alexis Moati a concu une mise en scène intéressante qui se construit autour d’une maison démantelée : en fond de scène est projetée l’image de « la maison d’antan » telle qu’elle a été montée au départ par l’Atelier de la MCB, véritable métaphore de cette histoire familiale qui renaît, souvenir après souvenir, pilier après pilier. De nombreuses scènes usent d’une esthétique parlante comme la discussion entre Sam et son père lorsqu’elle lui demande de prendre avec lui l’aîné de ses fils, dans l’embrasure d’une fenêtre…D’autres émeuvent comme celles des deux frères adultes fredonnant, l’espace d’une trêve brève, un vieux refrain, ou encore la lecture-testament de la mère adressée à Harry, un adieu atypique et bouleversant.


Si la petite histoire et la grande se mêlent et se répondent ; si l’on transporte dans nos gênes, les rites et les traumatismes des générations perdues ; si l’amour de la musique est une passion contagieuse ; si nos peurs irrationnelles sont en fait des hommages inconscients rendus à nos ancêtres ; comment penser que tout n’est pas relié par un sens, aussi ténu, aussi fébrile, aussi inexplicable soit-il? 

Quentin Laugier, auteur du texte Happy Birthday Sam!

Happy Birthday« L’humanité est-elle un cancer? » , « ça n’existe pas la page blanche… », « Pensez-vous que le monde soit assez merveilleux pour y élever un enfant? » , « le monde n’ira pas dans le bon sens si nous ne lui traçons pas le bon chemin… »…Cette pièce est pleine de phrases qui restent en tête, nous questionnent…et ses interprètes sont à la mesure de son propos intrinsèque, d’une fragilité parfois voulue, parfois involontaire mais d’une humanité touchante et d’un engagement indéniable. Souhaitons donc peut-être que cette manière parfois d’accrocher les phrases qu’ont les enfants comédiens, par exemple, se maintiennent car la famille n’est pas un lieu de perfection, on le sait, mais bel et bien une sphère paradoxale qui protège et fragilise tout à la fois, tout comme les feux de la rampe qui illuminent tout autant qu’ils exposent.
Un moment de théâtre fort pertinent, qui mérite quelques coupures, mais vaut assurément le déplacement!

Happy Birthday Sam!
Un projet de la Compagnie Vol Plané
Mise en scène : Alexis Moati
Texte : Quentin Laugier
Avec Carole Costantini, Pierre Laneyrie, Lucas Lemaire, Chloé Martinon, Alexis Moati, Léopold Moati en alternance avec Silas Buttner
Scénographie : Thibaut Vancraenenbroeck
Assistanat à la mise en scène : Thibault Pasquier
Création musicale : Lena Chambouleyron
Création sonore : Josef Amerveil
Costumes : Aude-Claire Amédéo assistée de Laure Ugheto
Lumières : Pascale Bongiovanni
Régie générale/plateau : Manuel Butner
Régie son : Marie-Pascale Bernard
Régie lumière : Sébastien Sivade
Construction du décor : Atelier de la MCB° Maison de la Culture de Bourges, SN

Crédit-Photos : Julien Piffaut

Dates et lieux des représentations: 

- Les 28 et 29 sept., 2 et 3 oct. 2018 - Création à l' Espace des Arts, Scène nationale  de Chalon-sur-Saône 
- Les 17 et 18 octobre 2018 - Le Merlan, Scène nationale de Marseille 
- Le  13 novembre 2018 - Théâtres en Dracénie, Draguignan 
- Les 12 et 13 mars 2019 - Théâtre national de Nice, Centre dramatique national Nice Côte d'Azur 
- Le 15 mars 2019 - Théâtre La Passerelle, Scène nationale des Alpes du Sud, Gap 
-  Mars 2019 - Le Bois de l'Aune, Aix-en-Provence 

Sam