Christian Hahn : une pièce peut-être née "sur la ligne 1-9 qui remonte de Downtown à Harlem"

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Théâtre Mis à jour : mardi 20 octobre 2015 09:36 Affichages : 2309

Christian HahnPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ Comédien, dramaturge et metteur en scène, Christian Hahn a débuté au cabaret et au café-théâtre avant de s’immerger dans le théâtre contemporain en Alsace et dans les Grisons en Suisse. Il est l’auteur de « Dans les Couloirs du monde » (2012) et de « Noire » (2013). Il a écrit ce monologue pour Nadine Zadi, une comédienne avec laquelle il travaille depuis longtemps. De leur complicité et leur commune  « exigence de la précision » est née une pièce que les spectateurs et la critique qualifient volontiers de drôle, d’émouvante, d’intelligente et de sensible. Rencontre avec son démiurge au propos aussi précis que passionnant.

Vous êtes l'auteur et le metteur en scène de cette pièce. Quelle a été la genèse de Noire?

C’est la rencontre de deux désirs. Nadine que je connais depuis 25 ans, avait envie d’un nouveau challenge, jouer seule en scène. Et très simplement, elle m’a demandé un texte. De mon côté j’avais envie depuis très longtemps d’écrire autour de la peau noire. Sans vraiment savoir où j’allais. Cela correspond à une sorte de fascination que je ne m’explique que partiellement. C’est très ancien. Peut-être que cela m’est venu en observant les coiffures extravagantes des jeunes filles et des femmes dans le métro à New-York sur la ligne 1-9 qui remonte de Downtown à Harlem et que j’emprunte très souvent. Ou alors est-ce à Cape Town, que j’ai visité plusieurs fois, et dont je reste fasciné par les contrastes subtils de la nation arc-en-ciel. L’occasion m’était donnée d’écrire pour une comédienne noire. Je lui ai donc proposé l’idée. Un monologue autour de la peau noire. Et le titre s’imposait naturellement : "Noire !" Avec un point d’exclamation.  Elle a accepté immédiatement. J’ai écrit et mis en scène ensuite une autre pièce. Une commande, aussi, pour deux comédiens : "Dans les couloirs du monde". Et deux ans plus tard, j’ai envoyé les premiers textes à Nadine. Parmi eux, une ode à la peau noire. Au milieu du monologue, Poppy dit :

"Ce que j’aime le plus dans ma peau, en dehors de la couleur, c’est la sensation au toucher. Evidemment, les blancs, ne peuvent pas comprendre… Ou alors faut toucher un noir. Ou une noire. La peau n’a pas de sexe. De la soie. La peau noire, c’est comme de la soie. De la soie noire évidemment. Je sais bien que ça existe aussi, la soie blanche. Mais à la grande différence de la soie noire, la soie blanche se froisse plus facilement… Et, le côté fripé sur la soie blanche, se voit beaucoup plus… C’est injuste, je sais Sarah, c’est injuste, mais c’est comme ça. Personne n’est égal devant la soie ! La soie n’a aucun sens de l’égalité ! L’égalité est un concept en soi que la soie ne connaît pas… Soie noire qui protège. Soie noire qui expose. Soie noire mon ange gardien. Soie noire qui m’enveloppe dans ses ailes protectrices jusqu’à m’étouffer. Soie blanche, si étrange. Soie noire, si étrangère. Soie blanche, soie noire. Sois noire et sois !"

Première lecture. Accord immédiat. Comme il est question de personnages historiques et de personnages imaginaires, j’ai demandé à Nadine de me donner les prénoms ou les noms africains des personnages inventés. Elle en a profité pour glisser des prénoms qui avaient pour elle une résonnance toute personnelle… Entre-temps, j’ai rencontré quelques amies de Nadine, noires. Je voulais m’assurer que ce que j’avais imaginé, en me glissant virtuellement dans la peau d’une femme noire, correspondait à une réalité. Un entretien d’une demi-heure à une heure. Une seule question : quand et dans quelles circonstances avez-vous réalisé que vous étiez noire ? Question saugrenue, c’est vrai, mais qui a libéré la parole. Les réponses seraient très intéressantes pour un documentaire. Beaucoup de petites histoires personnelles. Je ne recherchais pas d’anecdotes, car elles sont toujours liées à un contexte mais je cherchais à conforter mes intuitions.  Ce fut le cas. Et la seule anecdote que j’ai gardée est celle de la fratrie qui s’amusait à comparer ses teintes en croisant et superposant ses bras. Je l’ai intégré de suite. J’ai terminé le texte pendant que nous répétions déjà les premières bribes.  

Parlez-nous de Nadine Zadi : pourquoi était-elle, selon vous, la comédienne qui incarnerait Poppy comme vous le souhaitiez?

Parce que je l’ai écrite pour elle !
Plus sérieusement, je la connais bien, et depuis longtemps. Et elle joue dans mes sketchs, que j’écris et réalise pour la télé régionale. Par ailleurs, je l’ai vue dans des projets très différents. Des pièces drôles ou graves. Et elle a toujours une force, une présence étonnantes. Elle est ce que j’appelle une instinctive qui travaille. Elle a usé plusieurs répétiteurs pour apprendre le texte. Elle a besoin de beaucoup de temps pour mémoriser, mais ce temps lui sert aussi à intérioriser le personnage en même temps que le texte. Nous avons en commun l’exigence de la précision. Et nous avons beaucoup travaillé au moment des répétitions. Elle veut toujours savoir exactement ce qu’elle fait quand elle dit ceci ou cela. Et pourquoi elle le dit et pourquoi elle le fait. L’espace est réduit, il faut donc bouger en permanence avec une précision millimétrée. Pour éviter le fouillis et pour que les codes restent clairs. Et puis, il y a tellement d’ambiances différentes en si peu de temps. Il faut du rythme tout en gérant les ruptures. C’est très compliqué en terme de jeu. Il faut jouer syncopé. Une tension permanente et aucun temps mort, aucune possibilité pour la comédienne de se relâcher. Personne sur qui se reposer. C’est comme un Boeing qui décolle au lever de rideau et n’atterrit qu’au salut final.  
Ensuite, il y a le fond. Ce que Poppy raconte. S’agissant d’une création, Nadine devait être en permanence en accord avec tout ce qui est dit dans la pièce. Il n’y a eu aucun différent entre nous. J’ai précisément expliqué les multiples ressorts du récit. Le texte et le sous-texte. Les références et les allusions. Poppy vit au milieu de perruques qui sont autant de fantômes. Je lui ai raconté l’histoire de Rosa Parks et d’Angela Davis qu’elle ne connaissait pas. Le combat de boxe entre Mohamed Ali et George Foreman, dont je me souviens très bien et qui était un événement mondial en 1974. Nelson Mandela, qui a été pour moi un héros lorsque j’ai appris à 12 ans qu’il était en prison parce qu’il était noir et refusait l’apartheid. J’étais révolté en 67 qu’on fasse un triomphe au Professeur Barnard pour sa première greffe d’un cœur à Cape Town alors que Mandela était à Robben Island. Cela n’avait rien à voir évidemment. Fougue de jeunesse d’un pré-ado ! Mais j’ai réutilisé ce souvenir pour l’associer au combat de boxe. Ainsi, ma révolte d’alors a trouvé un sens nouveau ! Car Mohamed Ali et Foreman se sont bien fourvoyés à Kinshasa en faisant le jeu de Mobutu... Et puis, je lui ai fait voir le test des deux poupées, la blanche et la noire, qui a vraiment existé aux Etats-Unis, et que j’ai repris et intégré… Bref, nous avons disséqué tout le texte pour en explorer les moindres recoins. Mais ça, c’est le b.a.ba du travail. Nadine aime cela. Et elle le fait avec beaucoup d’enthousiasme. Reste le petit extra. Pour moi,  Nadine a, en plus du talent, et en plus du métier, une chose rare qui n’est pas donné à tous les comédiens : elle a la grâce. Cette aura particulière qui lui confère une adhésion presque immédiate du public.

"Poppy n'a de noire que la couleur de sa peau" : " elle a blanchi de l'intérieur". Est-ce à dire qu'elle a oublié ses origines ou bien qu'elle s'est forcée à les écarter d'elle...parce que la société dans laquelle elle vit l'oblige en quelque sorte à gommer ses racines africaines?

Humm… La société n’oblige jamais que ce que l’on veut bien en accepter. Je ne suis pas parisien, mais à Paris, je vois bien que de nombreuses personnes noires affichent plus ou moins leurs racines. On ne peut pas parler d’une uniformité. C’est bien d’un ensemble très bigarré qu’il doit être question, et heureusement. Bien sûr, il y a une part de ce que vous suggérez. Une part de l’obligation non dite de gommer. Mais il y a aussi une part qui relève de l’envie, du désir personnel motivé par bien des raisons qui ne sont pas toutes objectives. C’est enfoui au plus profond de soi et on ne peut pas forcément le définir d’une phrase. Et puis, de qui parlons nous? De migrants nouveaux arrivants ? De déracinés contre leur gré ? De réfugiés ? Une fois arrivés, tous les migrants, depuis toujours, ont adopté une partie des mœurs des pays où ils s’installent. C’est un processus naturel. Et cela ne se fait pas uniquement dans un sens. Il y a forcément un échange qui opère. Les frictions apparaissent dans l’appréciation du dosage. Et la deuxième génération ne réagit plus comme la première. Poppy est-elle de la première ou deuxième génération ? Ce qui est sûr, c’est que la pièce Noire ! est un monologue et plus précisément un soliloque, c’est à dire un dialogue avec soi-même. Il s’agit avant tout d’une quête d’identité. Un thème universel, qui traverse toute la société et toutes les communautés. D’autant plus que nous vivons dans un pays qui a peur des communautés. Rien que le mot fait peur chez nous. C’est une immense hypocrisie. On stigmatise volontiers certaines catégories alors que toutes sortes de communautés cohabitent en France. Ces dernières années, on a volontiers montré du doigt la communauté LGBT. En même temps on a pu mesurer le poids de l’Eglise Catholique soudainement réapparu sur le devant de la scène, ou plutôt sur le derrière, de la scène, j’entends, la face cachée de la manif pour tous au moment du mariage pour tous. Et il n’y a pas que les communautés religieuses, il y a aussi des communautés dites régionales qu’on renvoie régulièrement dans leur repli, réel ou supposé. Des communautés d’intérêts. Des communautés de pensées. Qu’est-ce qu’un parti politique, si ce n’est une communauté de pensée ? Une autre hypocrisie étant de croire que parce que nous sommes tous français, nous ne serions rien d’autre. On peut être français et européen. Français et basque. Ou corse. Ou breton. On peut être noir et musulman. Ou noir et catholique. Ou blanc et musulman. Ou athée, franc-maçon, juif, protestant. Cela n’empêche en rien d’être français. En réalité l’idée de la communauté renvoie à la question de l’identité. Je pense que nous pouvons tous avoir, et probablement la plupart d’entre nous avons, des identités multiples. Qui ne s’exprime pas forcément dans le cadre d’une communauté. Elles peuvent très bien se vivre individuellement. Et elles peuvent parfaitement s’additionner. Pourquoi vouloir les réduire ? Les soustraire ? Le problème en France est le modèle proposé. Le modèle de référence, en quelque sorte. Celui auquel il faut ressembler. Ou au moins, vers lequel il faut tendre. A savoir : masculin, blanc, hétérosexuel, catholique et parisien intra-périphérique.  Voilà le modèle ! Il correspond bien sûr à une minorité mais c’est le modèle imprimé dans l’inconscient français. En dehors de lui, on ne rentre plus tout à fait dans les cases. En fonction des points qui vous manquent, vous aurez plus ou moins de difficultés à vous reconnaître dans ce modèle. Dès lors, chacun compte ses points et se regarde dans un miroir. C’est ce que fait Poppy. En prenant en compte la particularité de son histoire. Elle vend des perruques dites ethniques dans sa boutique. Et les perruques sont très importantes dans la pièce. D’abord sur le plan théâtral, elles permettent d’esquisser rapidement tel ou tel personnage. Surtout les personnages historiques. Mais plus fondamentalement, les perruques racontent leur propre histoire. Pourquoi porte t-on une perruque et laquelle ? Qu’est-ce qu’elle cache et qu’est-ce qu’elle montre ? On connaît l’importance de la chevelure et notamment de la chevelure féminine dans la plupart des cultures et des époques. J’ai été fasciné par les coiffures des jeunes filles noires de Harlem, tellement extravagantes, avec des coupes très artificielles, presque artistiques.  Mais toujours des cheveux raides. Courts ou longs, sculptés ou tombants, mais raides. Je me demandais quel gel coiffant pouvait bien faire tenir tout cela ! Et, un jour,  j’ai appris qu’il s’agit le plus souvent de perruques. Quelles sont les raisons de ce choix ? Purement esthétiques ? Le choix du confort ? Pourquoi pas. Mais il y a sûrement autre chose. On ne peut pas ne pas penser à la volonté délibérée d’effacer une part des origines. Le cheveu crépu. Poppy est comme ces jeunes filles et ces femmes. Elle s’amuse avec ses perruques. Elle les vend pour vivre. Elle les fait vivre en les portant. Elle a beau dire qu’elle ne cherche pas ses racines dans ses cheveux… Elle finira par poser la dernière perruque sur la seule tête qui porte  une perruque blanche de sa table d’essayage,  pour la recouvrir entièrement d’une coiffure afro. Et elle retirera ensuite le bonnet noir qui recouvre ses tresses africaines pour un dernier hommage à la mère de l’humanité. Noire.

"Poppy s'en fout de l'Histoire"...c'est son histoire qui l'intéresse, c'est bien ça? - Pourtant, paradoxalement, elle ne cesse d'évoquer des hommes et des femmes noirs qui ont marqué l'Histoire: Obama, Mickaël Jackson, Joséphine Baker, Angela Davis, Oprah Winfrey et de rappeler qu'ils prétendent que l'Afrique ne serait toujours pas entrée dans l'histoire...Un prétexte pour pouvoir en parler, quand même, de cette Histoire grâce à son miroir et ses perruques ethniques?

Elle dit précisément : "L’Histoire ! Moi, je porte mon histoire dans ma peau.  Que l’Afrique soit entrée dans l’histoire ou pas, je m’en fous !" Et elle dit cela après avoir raconté comment les scientifiques du XIXe siècle ont inventé la théorie des races. Une théorie qui n’avait d’autre objet que de couvrir l’esclavagisme d’un semblant, d’une justification savante. Une théorie dont on sait très bien aujourd’hui qu’elle est simplement fausse. Grâce à l’ADN, nous savons que toute l’humanité descend de l’homme moderne Homo sapiens dont le berceau se situe en Afrique. Il n’existe pas de races humaines différentes. Dans la chaine de l’évolution, parler de race humaine,  revient à se situer au rang d’un primate et à se comparer aux grands singes évolués... A ce niveau, on peut distinguer les chimpanzés des bonobos. Mais côté humains, nous sommes tous Homo.  Sapiens, bien entendu. Et je conseille à celles et ceux qui ont des doutes sur leur origine de faire un tour au Musée de l’Homme... Tout cela Poppy le sait. Elle l’a appris par la lecture. La lecture a été son ascenseur social. Comme il l’est pour tous les autodidactes qui n’ont eu d’autres choix. Et parce qu’elle sait cela, elle dit qu’elle porte son histoire dans sa peau. Quant à l’Afrique qui ne serait toujours pas entrée dans l’Histoire, je fais référence au tristement célèbre discours de Dakar d’un ancien président de la République.   
Alors, par ailleurs, en effet, elle convoque quelques grandes figures noires qui ont marqué l’Histoire, et qui ont accompagné celle de Poppy.  Et la mienne. A commencer par Joséphine Baker, qui est un personnage complexe. Elle a été un grand symbole de liberté individuelle, en dansant presque nue avec une ceinture de bananes et en même temps, on lui a reproché de faire le jeu d’une vision condescendante envers les noirs. La négresse, reine de Paris, a fait jazzer en dehors des clubs de jazz ! Elle est devenue l’égérie des cubistes et des dadaïstes avec sa Revue Nègre, au moment où l’Art Nègre débarque à Paris. Avec cette charge extrême du mot nègre selon des acceptations radicalement opposées. Les artistes et les intellectuels comme Césaire et Senghor parlent de négritude et de négro-renaissance et donnent au mot une charge de fierté et une volonté de reconquête d’un honneur perdu. Mais l’essentiel de la population noire vit le mot nègre comme une insulte. Jusqu’à Obama qui fit scandale récemment en employant ce qu’on appelle outre atlantique le N word, le mot interdit en utilisant ouvertement dans une interview radio le mot nigger strictement tabou. Aujourd’hui, les jeunes en France, noirs et blancs d’ailleurs, ont opéré un glissement vers le mot black. Comme si parler de noir était aussi tabou en France. Et les intellectuels militants se disent afro-descendants. Or, afro-descendants, nous le sommes tous puisque toute l’humanité l’est ! Mais pour en revenir à Joséphine, il faut rappeler qu’elle s’est engagée très tôt dans le mouvement afro-américain de lutte pour les droits civiques et qu’elle reste une figure emblématique d’une époque et d’une génération. Celle de la mère de Poppy, qui l’écoute en boucle. Pour faire danser Poppy...

Est-ce le premier " seul en scène" que vous montez?

C’est le premier que j’ai écrit. Mais le quatrième que je mets en scène. J’ai monté un monologue pour une femme blanche en 1991 à Strasbourg: Cathy Bernecker jouait "Chicanos NY", qui raconte les derniers jours d’une femme d’origine alsacienne, et qui, toute jeune, avait émigré à New York dans l’euphorie des années soixante. 20 ans plus tard, on la retrouve bag lady, à savoir SDF et racontant sa vie, ses espoirs déçus, ses haines, ses amours malheureuses. Seule dans les rues, elle parle dans le vide, comme le font souvent les êtres seuls et paumés. J’avais choisi à l’époque de restituer toute l’ambiance et l’univers si particulier de New-York par le son. Un mixage en direct au fil de la narration. Une prouesse pour le régisseur ! Plus récemment j’ai monté deux monologues très différents. Avec le même comédien, Luc Schillinger. D’abord "Dreck Saleté", un texte d’un auteur autrichien, Robert Schneider, qui raconte la vie d’un irakien qui a immigré à Vienne après la première guerre du golfe. Il fut joué en Alsace et au Festival international Théâtre en Mai au Théâtre Dijon Bourgogne. Et puis, "Novecento pianiste", d’Alessandro Barrico. Un texte plus connu. L’histoire d’un enfant abandonné sur un paquebot en 1900. Il grandit plus ou moins clandestinement sur le bateau et devient un pianiste de jazz autodidacte et virtuose. Mais un jour il doit descendre. Or, il a peur de l’infini de la terre...Les trois textes abordent de façons très différentes, des questions d’identités. Multiples.

Quels sont les ingrédients indispensables de ce genre de pièce?

Il faut évidemment d’abord l’interprète ! La comédienne ou le comédien qui incarne le rôle. C’est essentiel. Ensuite, il faut définir la situation : le lieu, le moment. J’ai l’habitude d’imaginer une ébauche de scénographie avant de la proposer au scénographe qui va, lui, travailler dans cet esprit ou parfois me proposer quelque chose de rigoureusement différent. Ce qui m’est arrivé avec Serge Marzolff pour "Dreck Saleté". Et puis, il faut définir avec l’interprète à qui il s’adresse. La grande différence entre un monologue soliloque et ce que l’on appelle aujourd’hui communément un seul en scène, est l’adresse. Un monologue n’est pas une conférence. Je choisis délibérément qu’il n’y ait jamais d’adresse directe au public. Poppy parle à sa mère qu’on ne voit et n’entend pas et dont on ne sait même pas, si elle existe réellement. Elle parle aussi dans le vide aux fantômes de sa vie, et très souvent à son miroir. A soi-même. Il faut alors définir les motivations avec les comédiens. Car lorsqu’on dit que quelqu’un parle dans le vide, c’est une vision partielle et vue de l’extérieur. Dans sa tête, son imaginaire, ses fantasmes, que sais-je encore, celui qui parle dans le vide peut aussi s’adresser à quelqu’un qui existe ou pas. Et cette adresse est essentielle pour donner une vérité au propos. Vide ou pas vide ?

La grande différence entre un monologue soliloque et ce que l’on appelle aujourd’hui communément un seul en scène, est l’adresse. Un monologue n’est pas une conférence. Je choisis délibérément qu’il n’y ait jamais d’adresse directe au public. Poppy parle à sa mère qu’on ne voit et n’entend pas et dont on ne sait même pas, si elle existe réellement. Elle parle aussi dans le vide aux fantômes de sa vie, et très souvent à son miroir. A soi-même.

Enfin, travaillez-vous sur d'autres projets ? Jouez-vous actuellement dans une pièce? Un autre projet d'écriture ou de mise en scène?

Je ne joue quasiment plus, car, j’ai du mal à apprendre et mémoriser un texte en peu de temps, or, je travaille sur plusieurs fronts, qui ne me laissent pas le temps qu’il faudrait. J’avais la chance d’apprendre très vite, lorsque j’étais plus jeune… J’attends de me délester de quelques activités certes lucratives, mais moins épanouissantes, pour me consacrer à nouveau au plaisir du jeu. J’ai terminé aussi la mise en scène d’une pièce pour une femme et un homme : "La natte de Sylvie Reff" . Un texte très poétique et très fort qui raconte l’histoire d’une vieille femme qui doit se résoudre à terminer sa vie en maison de retraite. Elle porte une superbe natte. Longue comme les longues années de sa vie, cette natte sera coupée par la jeune femme qui est chargée de sa toilette. Tout le texte est le récit de ses pensées à ce moment ultime où elle choisit de mourir. Une heure de texte époustouflant de beauté qui tient dans un coup de ciseaux !
Quant à l’écriture, je viens de commencer une pièce pour quatre femmes. Quatre sœurs. L’ainée a 20 ans de plus que la benjamine. Une fratrie qui couvre deux générations. Une fratrie se retrouve chaque année pour un weekend entre sœurs. Sans frère, sans maris, sans enfants. Des retrouvailles annuelles, dans la joie, dans les chamailleries, dans la peine aussi, pour le seul plaisir de se retrouver. Pour essayer de garder intact le fil du lien. On les suit sur quelques années. Elles sont très différentes l’une de l’autre. A chacune son parcours, son histoire, ses fêlures, ses secrets aussi. La compétition dans la quête d’amour des parents. Un père, décédé, qui aura eu pour chacune une importance spécifique. Trop présent ou trop absent. Trop jeune ou trop vieux. Trop autoritaire ou trop laxiste. Et puis, arrive l’année où leur mère âgée tombe malade et commence par perdre la mémoire... C’est une histoire faite de bribes de vécu et d’observé. J’ai été confronté à la réalité d’une mère qui perd sa mémoire, mais je n’ai, en revanche, pas eu de sœurs. De là me vient peut-être le besoin d’écrire des rôles féminins. Les quatre sœurs dont il est question ici, j’en ai rêvé durant mon enfance, et grâce à l’une d’elles, j’ai eu les autres en cadeau. Elles m’ont largement inspiré les personnages, grâce à leur diversité. Mais l’histoire que je leur prête s’éloigne souvent de la réalité observée.

NOIRE !

Théâtre contemporain – 1h15 – Tout public, à partir de 12 ans.
De Christian Hahn. Avec Nadine Zadi

Copyright : Compagnie P.A.D 

Dates de représentations:

– Du 20 août au 1er novembre 2015  : Paris (18ème) – LA MANUFACTURE DES ABBESSES – 01.42.33.42.03 / Jeudi-Vendredi-Samedi  21H   //   Dimanche 17H

– 12 Novembre 2015 : Sélestat  (67) – TANZMATTEN – 03.88.58.45.45