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Laetitia Dosch : "La question de comment arriver à faire autrement que de dominer l'autre, l'animal, l'employé, l'amoureux, est centrale pour moi dans ce spectacle."

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Théâtre Mis à jour : dimanche 17 juin 2018 21:42 Affichages : 741

HatePar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ Diplômée d’une licence de traduction de littérature anglaise, de la classe libre de l’Ecole Florent et du conservatoire national de Suisse Romande, Laetitia Dosch est tout à la fois auteure, metteur en scène, comédienne et chroniqueuse pour Standard et les Cahiers du Cinéma.

Pour ce dernier, elle a notamment joué dans "La Bataille de Solférino" (de Justine Triet), "Complices" (de Frédéric Mermoud), "Les Malheurs de Sophie", "La Belle Saison", "Mon Roi", "Gaspard va au mariage"…A la télévision, elle a un rôle récurrent dans la saison 2 d’"Ainsi soient-ils" diffusée sur Arte. Côté théâtre, elle écrit sa première pièce, "Le Bac à sable", à la Manufacture de Lausanne. Elle participe ensuite à l’écriture de plusieurs pièces de Marco Berrettini et La Ribot, joue un Shakespeare aux côtés d’Eric Ruf, collabore avec Yves-Noël Genod, puis avec la 2b company et les Chiens de Navarre. En 2015, elle revient à Shakespeare dans la "Mégère apprivoisée" sous la direction de Mélanie Leray ; en 2017-2018 travaille avec Katie Mitchell pour son adaptation de "La maladie de la mort" de Marguerite Duras…et en parallèle, elle se met à créer ses propres formes : "Laetitia fait péter"…est la première. Suivra "Klein" avec Patrick Laffont. En 2015, naît "Un album" inspiré par l’humoriste suisse Zouc. En 2016, à l’invitation du Festival d’Avignon et de la SACD, elle crée avec Jonathan Capdevielle "Les Corvidés" pour les Sujets à Vif.

Sa dernière création, "Hate", est née de sa rencontre avec un cheval, Corazon. Un duo forcément singulier et attirant qui fait entendre deux voix (car Corazon « parle » lui aussi). Y bouillonnent des mots qui évoquent le présent et ses incertitudes, ses turpitudes et ses fracas. Deux corps pour un ballet étonnant où le pire embrasse le meilleur. Une métaphore de la vie en somme, toujours ambiguë et paradoxale.

HateHate. Voilà un titre coup de poing ! Quel a été le déclencheur de cette création? ...la pièce, Les Corvidés, pour « Sujet à vif », que vous avez montée avec Jonathan Capdevieille au Festival d’Avignon?


C 'est vrai que pour les Sujets à Vif, on avait travaillé avec Jonathan Capdevielle avec des corbeaux. On a vu l'effet poétique que ça donnait au spectacle, on était brusquement propulsé dans un rêve, un conte, en même temps bien réel parce que les animaux bougeaient, vivaient. Mais dans ce spectacle les animaux étaient attachés, et j'ai voulu travailler avec un animal à égalité, être aussi libre que lui et que je n'ai pas à le contrôler. La poésie, le romantisme amenés étaient aussi très précieux pour moi, il permettait d'aborder plein de tons de récits différents. Pour la première fois j'avais envie de faire un récit, avec un début , un milieu et une fin, très simple à comprendre. et je voulais parler de maintenant, mais d'une manière qui fasse rêver, qui retourne vers l'avenir, qui soit poétique.

Pour la première fois j'avais envie de faire un récit, avec un début , un milieu et une fin, très simple à comprendre. et je voulais parler de maintenant, mais d'une manière qui fasse rêver, qui retourne vers l'avenir, qui soit poétique.

C'est un travail qui a pour ambition de "parler du collectif en parlant du particulier"…Pourriez-vous nous donner un exemple ( un extrait du texte ? un choix de mise en scène?) qui illustre cette universalité que prend le propos de Hate?


J'ai été pour ce spectacle beaucoup influencée par Annie Ernaux et des rappeurs, je ne sais pas si ça leur ferait plaisir que je le mette en parallèle, mais il y a chez Orelsan par exemple comme chez Ernaux, une façon de parler de son expérience intime, qui, par le rythme, l'intelligence du texte, la mélodie, va devenir quelque chose qui tout d'un coup touche 10000 personnes, qui vont s'y reconnaitre. Je voulais parler de moi en tant que représentante de la race humaine, face à quelqu'un d'une autre espèce, pour aller vers la rencontre. Il y a, par exemple, une liste de tout ce que j'ai fait cette année.  Je ne vous la mets pas, vous viendrez voir le spectacle!

J'ai été beaucoup influencée par Annie Ernaux et des rappeurs pour ce spectacle.

De quelles sources d’inspiration s’est nourri ce travail? Lectures? Documentaires? Expérience personnelle? Peintures? Autres?

Beaucoup de représentations picturales de femmes nues et de chevaux, notamment des tableaux de lady Godiva. Je voulais que ce spectacle ressemble au final à une bande dessinée, c'est à dire qu'il y ait du texte, mais qu'il ne prévale pas à l'image, que ce soit le contraire. Qu'il y ait des images très gracieuses et des textes très triviaux. J' aime beaucoup les bande dessinées canadiennes, Chester Borin, Seth, Joey Matt, qui sont aussi à fort caractère autobiographique.
Pour l'écriture j' ai lu "Anima" de Wajdi Mouawad, dans lequel il fait parler les animaux. Des essais sur notre relation avec les animaux de jean Christophe Bailly. Des bouquins de développement personnel, comme "se guérir avec le cheval". Le documentaire d'Alain cavalier intitulé Caravage m'a beaucoup inspiré, ou encore "Gorge coeur ventre", le documentaire sur les abattoirs. Et beaucoup de choses de mon expérience personnelle oui. 

Je voulais que ce spectacle ressemble au final à une bande dessinée, c'est à dire qu'il y ait du texte, mais qu'il ne prévale pas à l'image, que ce soit le contraire.

HateVous dîtes que vous avez rencontré un cheval…Pourriez-vous nous en dire davantage sur cette rencontre?

Ce spectacle est écrit pour ce cheval là, Corazon, qui n'a ailleurs rien demandé. J'ai travaillé avec Judith de Shanju qui ne fait pas du dressage, mais est bien spécialiste de la relation homme cheval comme territoire d'exploration. On apprend avec elle des manières de communiquer avec l'animal, de lui faire faire des choses, et en même temps, on apprend à l'écouter, à comprendre les messages qu'il nous envoie, son corps, ses oreilles. Corazon est un cheval très sûr. Il fait très attention aux humains et comme j' étais débutante, ça a été très rassurant de travailler avec lui. Il propose aussi beaucoup de choses, ce qui est devenu de plus en plus important dans le spectacle final. Quad il s'ennuie, il vous propose des trucs, et j'ai du apprendre à les suivre. J'aime énormément ce cheval. Toute l'équipe aussi. Ce qui nous motive, c'est avant tout qu'il soit heureux, on se sent responsable, on fait le max pour ça. De toute façon s'il n'est pas heureux, le spectacle ne marche pas, alors c'est bon pour la pièce aussi. Ce qui est drôle, c'est que ça ne dépend pas que de nous, ça dépend aussi du public. Il faut du silence, il faut de l' écoute, pour que le cheval soit bien concentré.

Travailler avec un cheval ne s’improvise pas…Aviez-vous une expérience préalable des chevaux? Comment s’est effectué le travail avec Corazon? Diriez-vous que l’animal a largement contribué à vos choix de mise en scène?

En plus du travail de vocabulaire commun, qui fonctionne avec le renforcement positif, c 'est à dire à lui donner un peu de carottes , lorsqu'on s'est compris, il y a eu des phases d'impro avec lui autour d 'objets qu'on utilise dans la vie humaine, du coup ça permettait de créer un cadre dans lequel le cheval serait libre. Et du coup, le spectacle change tout les soirs, il y a des spectateurs qui sont même revenus trois fois le voir, pour voir les variations. Du coup on peut dire que le cheval est aussi , au moins à 35%, auteur du spectacle. 

Je pense que l'art ne doit pas délivrer de message précis, dire au spectateur quoi penser, du coup je n'espère pas faire du théâtre politique. J'ai envie que mes pièces soient un endroit où Les spectateurs Se questionnent, qu'ils soient chamboulés, que ça Les pousse à réfléchir.

La scénographie est de Philippe Quesne, dont le travail est aussi singulier que percutant : comment avez-vous collaboré avec lui?
Oui, j'ai eu vraiment beaucoup de chance parce que c'est vraiment magnifique ce qu'il a fait.. il comprend très vite le fond du propos. On a parlé à l'avance, je lui ai fait lire des textes que j'écrivais, et il est arrivé avec cette proposition de toile, qui allait bien avec l'univers du conte que je voulais aborder; le dessin a évolué, c'était d'abord plus coloré avant d'arriver à cette peinture, qui selon la lumière, peut-être plus ou moins gaie, plus ou moins menaçante. C'est vraiment excellent pour le spectacle. L'univers était trouvé. On a commencé a travailler dedans trois semaines avant la première, avant on travaillait au haras, et on s'est rendu compte qu'il fallait apporter de l'air, du temps suspendu, comme si on était dans une peinture. Il y avait cette idée du cheval et de la femme comme objets de désir, donc objets picturaux, et aussi sujets, c'est à dire vivants, qui se grattent, qui font pipi, qui sont hors du cliché... ça permettait de faire se contredire ces deux univers là.

HateOn lit dans votre note d’intention : «  Nous sommes à une époque dont nous commençons à questionner fortement le fonctionnement et les valeurs tout en en restant prisonniers, nous en sommes à peine à imaginer ce que nous pourrions construire de nouveau. » Cette situation de fait vous pousse à vous remettre en cause vous-même ainsi que le monde qui vous entoure…Est-ce à dire que le théâtre que vous défendez se conjugue toujours avec une bonne dose d’engagement et de militantisme? ....et parce qu’on ne peut pas mener de front tous les combats, contre quoi se bat Laetitia Dosch spécifiquement actuellement? 
Je pense que l'art ne doit pas délivrer de message précis, dire au spectateur quoi penser, du coup je n'espère pas faire du théâtre politique. J'ai envie que mes pièces soient un endroit où Les spectateurs Se questionnent, qu'ils soient chamboulés, que ça Les pousse à réfléchir. Je ne veux pas être morale, c'est quelque chose qui, surtout en CE moment, est très important de défendre. Pour moi le théâtre, Les chansons, Les livres, les films, sont des endroits où l'on peut exprimer des choses interdites, qui ne sont pas correctes dans la vie mais qui font quand meme parties de nos pulsions humaines.
IL n'empêche que, comme n'importe quelle citoyenne, j'ai un point de vue sur ce qui se passe, et du coup je vais me poser des questions à travers ce prisme là. La question de comment arriver à faire autrement que de dominer l'autre, l'animal, l'employé, l'amoureux, est centrale pour moi dans ce spectacle. Et du coup ça parle aussi de la condition de la femme, statut assez compliqué à vivre pour moi au quotidien.

Ce spectacle parle aussi de la condition de la femme, statut assez compliqué à vivre pour moi au quotidien.

Hate
Première en France
Directrice artistique : Laetitia Dosch
Texte : Laetitia Dosch avec la participation de Yuval Rozman
Co-mise en scène : Yuval Rozman & Laetitia Dosch
Avec : Laetitia Dosch, Corazon
Collaboratrice chorégraphique et coach cheval : Shanju / Judith Zagury
Scénographie : Philippe Quesne
Lumières : David Perez
Son : Jérémy Conne
Collaborateur dramaturgique: Hervé Pons
Collaborateurs ponctuels : Barbara Carlotti, Vincent Thomasset
Assistanat : Lisa Como
Régie générale : Techies - David Da Cruz
Equipe administrative suisse : Paquis Production - Laure Chapel
Equipe administrative française : AlterMachine - Elisabeth Le Coënt & Camille Hakim Hashemi

Production Viande hachée du Caire et Viande hachée des Grisons | Coproduction (en cours) Théâtre de Vidy - Lausanne (CH), Nanterre-Amandiers – CDN (FR), Festival d’Automne à Paris (FR), La Bâtie – Genève (CH), Shanju (CH), le phénix – Scène nationale de Valenciennes (FR), MA Scène nationale (FR) | Avec le soutien (en cours) de la Ville de Lausanne, du Canton de Vaud, de la DRAC Île-de-France, de la Société suisse des auteurs, de la SPEDIDAM, de la Loterie Romande, Migros Pourcent culturel, de la fondation Ernst Göhner, de la Fondation Nestlé pour les Arts | Avec le soutien (via résidence) de Montévidéo (Marseille, FR), Istituto Svizzero de Rome (Italie)

crédit-photos: Dorothée Thebert Filliger.
PortraitderrièrechevalHATE©Astrid Lavanderos

Dates et lieux des représentations: 

- Les 22 et 23 juin 2018 au Domaine d’Ô - Festival Printemps des Comédiens 2018 - Tel. +33 (0)800 200 165
- Du ven. 31/08/18 au dim. 02/09/18 à Genève - La Bâtie - Festival de Genève - Tel. +41 (0)22 908 69 50
- Du sam. 15/09/18 au dim. 23/09/18 à Nanterre - Nanterre-Amandiers - Tel. +33 (0)1 46 14 70 00
- Du mer. 26/09/18 au jeu. 27/09/18 à Marseille - Théâtre du Gymnase - En partenariat avec Actoral - Tel. 08 2013 2013

- Du mar. 16/10/18 au sam. 20/10/18 à Rennes - TNB - Théâtre National de Bretagne - Tel. +33 (0)2 99 31 12 31

- Du ven. 30/11/18 au sam. 01/12/18 à Villeneuve-d'Ascq - Festival Next
- Du mer. 16/01/19 au ven. 18/01/19 à Annecy - Bonlieu Scène nationale - Tel. +33 (0)4 50 33 44 11
- Du ven. 15/02/19 au sam. 16/02/19 à La Chaux-de-Fonds - TPR - Théâtre Populaire Romand - Tel. +41 (0)32 967 60 50
- Du jeu. 07/03/19 au ven. 08/03/19 à Angers - Le Quai - CDN Angers Pays de la Loire - Tel. 02 41 22 20 20
- Du mer. 13/03/19 au sam. 16/03/19 à Béziers à SortieOuest - Tel. +33 (0)4 67 28 37 32
- Du jeu. 16/05/19 au ven. 17/05/19 à Montbéliard à MA Scène Nationale - Tel. +33 (0) 805 710 700