Gagnez 3 x 2 places au Salon du Livre et de la Presse Jeunesse avec La Grande Parade !

Tentez votre chance avant le 23 novembre en envoyant vos nom, prénom et adresse postale à :

lagrandeparade@lagrandeparade.fr

- See more at: http://lagrandeparade.fr/index.php/le-manege-des-momes/coups-de-coeur/319-fabian-negrin-jouons-avec-les-mots-au-caprice-du-vent#sthash.o4JUph3T.dpuf

Les palmiers sauvages : la déliquescence de l’amour

Écrit par Victor Waque Catégorie : Théâtre Mis à jour : vendredi 15 juin 2018 09:21 Affichages : 197

palmiers sauvagesPar Victor Waqué - Lagrandeparade.fr/ « Les palmiers sauvages » est une histoire sombre sur l’amour. Avec une mise en scène originale et des comédiens talentueux, le spectacle nous fait passer du bonheur de l’éros vers l’effroi du pathos. Une histoire que l’on ne souhaiterait pas vivre…mais qui fait réfléchir !

Sur scène tout d'abord, un mobilier hétéroclite. Des matelas. Des sièges. Des tables. Une grande étagère. On ne sait pas trop où nous sommes. Dans un dortoir d’étudiant ? Un dépôt de meuble ? Un squat ? Tout à la fois ? Le déplacement des objets sur scène nous transportera d’une ruelle en début de soirée à un petit appartement à New York. Un espace scénique toujours identique, toujours différent. En écho au thème central de la pièce : l’amour protéiforme. Du plus beau au plus répulsif. Voici pour le décor et la mise en scène.

« Les palmiers sauvages », pièce théâtrale de Séverine Chavrier, nous conte l’histoire intense d’un homme et d’une femme qui tombent fous amoureux. Vivant de l’autre. Pour l’autre. Progressivement, les contraintes de la vie, le manque d’argent en premier lieu, vont tout changer. Plongeant le couple dans les abysses.

Au tout début, il y a le bruit du vent. Il s’engouffre sur scène. Un homme et une femme se rencontrent. Elle est belle brune, pleine d’énergie, sincère. Il a les cheveux longs, la voix douce et la posture malhabile. Alors que la nature s’exprime annonçant une tempête, le coup de foudre éclate. Sans préavis : la femme était mariée, avec deux enfants. Elle quitte tout. Lui travaille dans un hôpital. Le déserte sans hésiter, sans le sou.
Le début de leur relation est une passion totale. Ils s’isolent dans un chalet. Ils font l’amour. Encore et encore. Partout. Ils sont sans dessus-dessous. Reprenant leur souffle, ils s’admirent, se touchent. Pour mieux recommencer. Mais la rencontre des corps ne suffit pas. L’argent vient à manquer. Il faut partir. Ils déménagent dans un lieu glacial où il peut exercer sa médecine. Frigorifié, leur amour ne tarit pas. Puis ils doivent encore partir. Ils n’arrivent pas à joindre les deux bouts. Ils sont pressés par d’étouffantes contraintes quotidiennes. Ils se parlent moins. Leurs corps ne se touchent plus qu’à de rares occasions. La déliquescence de leur amour les rend fous. Atrabilaires, l’homme casse des assiettes. Les boites sur l’étagère s’effondrent. Comme leur couple, devenu toxique. Pourtant ils s’aiment toujours. Follement. Ils s’aimeront jusqu’au bout. Jusqu’à la fin. Mais à quel prix ?

« Les palmiers sauvages » s’appuie sur le roman du grand écrivain américain Willliam Faulkner d’où transpire la prégnance des sensations, et la finesse des dialogues. La qualité du jeu d’acteur des comédiens immerge le spectateur dans cet amour qui s’étiole. Même si la complicité du couple rayonne à chaque réplique. Malgré les obstacles, leur amour semble incompressible. Les mots qu’ils s’échangent. Les regards qu’ils se portent. La manière dont ils se touchent. Ils s'aiment mais sont de plus en plus malheureux. Les sons qui accompagnent la pièce renforcent le déroulé tragique de la pièce : des bruits assourdissants. Le vent qui souffle. Une musique violente. Fracas de leur relation qui s’écroule.

Que retenir de cette histoire en pente raide ? D’abord que l’amour le plus éthéré ne peut pas toujours surmonter un environnement toxique. Alors que le couple s’aime plus que tout, du début de l’histoire jusqu’à la mort tragique de la femme, leur vie est insoutenable. Aurait-il été préférable de ne pas tomber amoureux ? L’intensité stellaire du début de leur relation vaut-elle les souffrances qui s’en suivent ? Doit-on s’éloigner de l’amour pour ne pas sombrer ? Auraient-ils pu trouver des solutions, et apaiser leurs blessures ? Difficile de répondre à ces questions, apories, choix personnels… On le sait, la bonne réponse n’existe pas. Reste qu’on a les yeux qui brillent à voir ce couple partager les premiers temps de leur histoire. Reste que personne ne signerait pour la suite. Heureusement, « Les palmiers sauvages » décrit un chemin. D’autres, nous en sommes certains, conduisent à des rivages plus doux, où l’amour vaut le coup !

« Les palmiers sauvages » traite de l’amour entre deux êtres, sujet autant passionnant que mystérieux, en se focalisant sur le déclin d’un couple incapable de se séparer. Qui ne l’envisage même pas. Grâce à des comédiens prenants et à une mise en scène immersive, ce sombre spectacle est une réussite, traînant le spectateur vers des abîmes sans fonds. Pour mieux apprécier l’amour ?

Les palmiers sauvages

Mise en scène : Séverine Chavrier
Interprètes : Séverine Chavrier, Laurent Papot, Deborah Rouach
Scénographie : Benjamin Hautin
Dramaturgie : Benjamin Chavrier
Lumière : Patrick Riou
Son : Philippe Perrin
Vidéo : Jérôme Vernez
Photos : Samuel Rubio et Alexandre Ah-Kye
Reprise : CDN Orléans/Centre - Val de Loire

Production : Théâtre de Vidy-Lausanne, La Sérénade Interrompue | Coproduction : Nouveau Théâtre de Montreuil | Avec le soutien de : Ministère de la Culture et la Communication, CDN de Besançon, France-Comté, Pro Helvetia - Fondation suisse pour la culture

Dates et lieux des représentations:

- Les 8 et 9 juin 2018 à Hth , CDN de Montpellier dans le cadre du Printemps des Comédiens

- Du 5 au 15 décembre 2018 - Le Monfort théâtre / Théâtre de la Ville
- Du 30 mars au 6 avril 2019 - Théâtre National Wallonie, Bruxellles
- Du 27 mai au 7 juin 2019 - Théâtre National de Strasbourg

A lire aussi: 

Séverine Chavrier : "Chez Faulkner, j'aime ses êtres pleins qui choisissent leur obsession plutôt que rien, des damnés qui refusent le petit pré carré de la vie."