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Festen de Cyril Teste : une traversée en terre incestueuse bouleversante

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Théâtre Mis à jour : dimanche 10 juin 2018 00:48 Affichages : 874

FestenPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ Tous ceux qui avaient vu le film marquant du réalisateur danois Thomas Vinterberg ( sorti en 1998) redoutaient peut-être d'être déçus par la nouvelle adaptation sur les planches de Cyril Teste : la salle entière se levant d’un seul homme dès le premier salut, le soir de la première au Printemps des Comédiens, les applaudissements enthousiastes et les bravos en cascade ont confirmé que le pari audacieux du metteur en scène du collectif MxM a été au contraire plus que réussi!

Rappelons que Festen narre les retrouvailles dans une grande maison d’une famille bourgeoise à l’occasion des 60 ans du père, Helge. Au cours du dîner, le fils aîné, Christian, est invité à dire quelques mots à la mémoire de sa soeur jumelle, récemment décédée. Le repas, au fur et à mesure de vérités révélées, s’avère totalement indigeste…

On espère que ceux qui sont invités viendront et que ceux qui ne sont pas invités ne viendront pas

Thriller familial puissant, Festen est dotée d’une facture dramatique saisissante et d’un scénario brillant qui instaure peu à peu une atmosphère de huit-clos oppressante. Autour du couple des parents, de leurs enfants et des hôtes conviés à l’anniversaire, gravitent en effet des domestiques complices de Christian, témoins silencieux des drames intimes. Autopsie saignante d’une famille aux apparences ordinaires, Festen pointe du doigt des réalités sociologiques intolérables : l’inceste et ses mécanismes ( aveuglement volontaire de l’entourage, culpabilisation de l’enfant victime - « tu réalises les conséquences que ça a de cracher sur sa propre famille? », création et perpétuation d’images fausses ou réductrices dans lesquelles l’on enferme l’autre « un enfant créatif qui n’a jamais su distinguer l’imaginaire de la réalité », « un esprit malsain et détraqué » ) mais aussi le racisme ordinaire qui ne se définit pas comme tel par ceux qui le pratiquent (l'épisode chanté du Y'a bon Bamboula ou encore les diverses répliques adressées au fiancé d'Hélène glacent le sang), le mépris et la condescendance pour les gens de maison, les tabous familiaux, le poids des héritages et la lâcheté qui préfère s’aveugler et laisser quelques cadavres au placard plutôt que de déstabiliser un équilibre « confortable ».

CorotLa scénographie de Valérie Grall est un écrin sublime de réalisme qui plonge dès l’ouverture le spectateur dans un cadre cossu où le deuil pèse déjà toutefois dans cette toile - représentant le mythe d’Orphée et Eurydice - de Jean-Baptiste Camille COROT. Une caméra, immédiatement, plonge notre regard sur ces deux êtres complices ayant défié Hadès, le maître des Enfers, et en chemin pour retourner dans le monde des vivants. Ils sont en train de longer le Styx…tous deux emblématiques symboles de l’Innocence et la Pureté saisies par la mort. Cyril Teste semble d'ailleurs positionner ses comédiens sur le plateau avec l'oeil d'un peintre qui réfléchit aux lignes de force : la scène de « mise à mort » paternelle finale joue à ce titre sur l’horizontalité des convives, assis au banquet et plombés au sol par la révélation de l’inceste et la verticalité des serviteurs, piliers muets mais solides sur lesquels Christian a pu compter, et qui refusent d'obtempérer aux ordres du maître de maison. Chaque présence est une pièce de l'échiquier et la partie qui se joue les déplace pour répondre à une tactique redoutablement efficace.
La musique originale de Nihil Bordures - qui se manifeste en quelque sorte matériellement sur le plateau par un piano au tabouret vide - instaure très vite une sensation à la fois mélancolique et inquiétante. Le plateau s’agite très vite avec l’arrivée des invités et grâce au montage vidéo en direct de Mehdi Toutain-Lopez (ou Claire Roygnan), les cloisons éclatent et l’on pénètre dans les coulisses de cette immense salle à manger luxueuse : les couloirs, l’antichambre, les chambres, la cuisine deviennent des lieux où l’on participe aux drames qui se jouent et où les actions se fomentent. Au menu, quatre chapitres d’un repas où les odeurs s’invitent, les plats sont servis et consommés et tous les convives, dont certains sont choisis au sein même du public, prennent part à ces retrouvailles exceptionnelles.

On va leur envoyer le menu au complet.

La mise en scène s’appuie avec une intelligence remarquable sur les outils techniques déployés : la caméra permet ainsi tantôt l’omniscience qui s'insinue dans les recoins intimes, transperce le secret des regards en gros plan, tantôt reprend son utilisation traditionnelle d’objet permettant d’enregistrer des souvenirs, tantôt s’utilise pour ses capacités à multiplier les possibilités de plans, de cadrages et de points de vue (ouvrant de nouvelles fenêtres de perception de l'intrigue), tantôt devient le truchement de notre société du paraître et le media utilisé pour communiquer et se mettre en scène, tantôt devient un pont fantastique pour accéder au monde des mort.

Le temps dans toutes ses dimensions s'avère un enjeu du travail de Cyril Teste qui parfois l’immobilise pour concentrer la tension dramatique sur un protagoniste, puis le laisse se dilater dans de terribles silences ou encore l’accélère lors de courtes rémissions à la tragédie qui pèse.

FestenSaluons la distribution, parfaite en tous points! Mathias Labelle, en Christian, s’avère un maître d’orchestre brillant de ce règlement de comptes dans lequel personne ne sortira indemne, oscillant entre fragilité, folie et détermination de manière troublante. Vincent Berger incarne avec une bonhomie nuancée de mystère son rôle de majordome élégant, Lou Martin-Fernet convainc de même dans son rôle de serveuse à la présence dérangeante. Hervé Blanc est un Helge d’une justesse troublante - pléthore d'écueils semblent pourtant possibles pour ce sombre rôle. Catherine Morlot se fait haïr à merveille en mère complice de l’innacceptable. Sandy Boizard réussit à exprimer avec talent toutes les nuances de son personnage de soeur et fille et nous offre à la lecture de la lettre de Linda une scène bouleversante.  Bénédicte Guilbert apporte une note de douceur salvatrice. Anthony Paliotti saisit en frère à la violence inquiétante et au machisme irrecevable. Pierre Timaître, enfin, offre une respiration humaniste revigorante. Dirigés avec brio, tous ces comédiens transpercent notre coeur d’émotions fortes.

Le Festen de Cyril Teste a l’art de montrer avec une puissance terrible l’envers du décor et  comment des individus d’une même caste se complaisent à entretenir une cellule malade, composant avec les fantômes, manipulant les plus faibles et compartimentant chaque individualité dans une idée de lui-même qui étiquette, poisse sur la peau et dont on ne peut se défaire, multipliant les non-dits, les refus d’entendre et tissant des mensonges qui finissent par se superposer de manière si ténue avec la vérité qu’on ne saurait les dissocier. Certaines phrases ont la violence des couteaux. La famille peut-être un lieu générateur de souffrances intestines qui terrassent. Culpabilité. Menace. Manipulation. Un cocktail efficace à la mesure d’une tragédie shakespearienne.
Monter Festen est en cela un acte engagé : trop d’êtres subissent au quotidien la pression insoutenable des malaises familiaux. Si la parole semble s’être libérée en ce XXIème siècle, les problématiques liées à la famille continuent à phagocyter l’individu et dans une société du paraître, les horreurs pratiquées chez soi sont les plus difficiles à dénoncer; le silence poursuit son règne et, insidieusement, l’on oublie qu’on peut se noyer aussi dans la baignoire immaculée d’un foyer et que le pire linge sale vient souvent des gens propres.
Festen, c’est l’anatomie d’une vengeance, plat qui se mange froid comme tout un chacun le sait; une plongée éprouvante dans une histoire familiale carrément salace, pleine de fantômes sacrifiés et de rédemptions impossibles ; une bataille désespérée à la lisière de la vie et de la mort où l’on endosse son masque de guerre et se gifle pour se punir encore d’avoir l’audace de se rendre justice ; un exutoire à la puissance cathartique coup de poing. Un indispensable.

Vous ne valiez pas mieux.

 

Festen
De : Thomas Vinterberg et Mogens Rukov

Adaptation théâtrale : Bo Hr. Hansen

Mise en scène : Cyril Teste

Avec : Estelle André, Vincent Berger, Hervé Blanc, Sandy Boizard ou Marion Pellissier, Sophie Cattani, Bénédicte Guilbert, Mathias Labelle, Danièle Léon, Xavier Maly, Lou Martin-Fernet, Ludovic Molière, Catherine Morlot, Anthony Paliotti, Pierre Timaitre, Gérald Weingand et la participation de Laureline Le Bris-Cep

Adaptation française : Daniel Benoin

Collaboratrices artistiques : Sandy Boizard et Marion Pellissier

Scénographie : Valérie Grall

Illustration olfactive : Francis Kurkdjian

Conseil et création culinaires : Olivier Théron

Création florale : Fabien Joly

Création lumière : Julien Boizard

Chef opérateur : Nicolas Doremus

Cadreur : Christophe Gaultier

Montage en direct : Mehdi Toutain-Lopez ou Claire Roygnan 

Compositing : Hugo Arcier

Musique originale : Nihil Bordures

Chef opérateur son : Thibault Lamy

Photos : Simon Gosselin

Production : Collectif MxM | Production déléguée : Bonlieu Scène Nationale Annecy | Avec le soutien de la Fondation d’entreprise Hermès dans le cadre de son programme New Settings | Coproduction : MC2 - Grenoble, Théâtre du Nord CDN de Lille Tourcoing Hauts-de-France, La Comédie de Reims CDN, Printemps des Comédiens, TAP Scène nationale de Poitiers, Espace des Arts Scène nationale Chalon sur Saône, Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines Scène Nationale, Lux Scène nationale de Valence, Célestins-Théâtre de Lyon, Le Liberté Scène nationale de Toulon, Le Parvis Scène nationale Tarbes Pyrénées, Théâtre de Cornouaille Scène Nationale de Quimper Centre de création musicale | Avec le soutien et l’accompagnement du Club Création de Bonlieu Scène nationale | Avec la participation du DICRéAM, de Olivier Théron - Traiteur & Evènements, d’agnès b. et de la Maison Jacques Copeau | Avec le soutien de l’Odéon-Théâtre de l’Europe | Résidence Ferme du Buisson / Scène Nationale de Marne la Vallée | Les Auteurs sont représentés dans les pays francophones européens par Renauld & Richardson, Paris (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.), en accord avec l’Agence Nordiska ApS, Copenhague, Danemark | Le Collectif MxM est artiste associé à Bonlieu Scène Nationale Annecy, à Lux Scène Nationale de Valence et au Théâtre du Nord Centre Dramatique National de Lille Tourcoing Hauts-de-France, et soutenu par la Direction régionale des affaires culturelles d’Île-de-France - Ministère de la culture et de la communication et la Région Île-de-France Cyril Teste est membre du collectif d’artistes du Théâtre du Nord Centre Dramatique National de Lille Tourcoing Hauts-de-France.


Dates et lieux des représentations:
- Du 6 au 8 juin 2018 au Théâtre Jean-Claude Carrière - Domaine d’Ô - Montpellier - Festival Printemps des Comédiens
- Du 12 au 16 juin 2018 à Les célestins, Théâtre de Lyon
- Les 17 et 18 octobre 2018 Au Théâtre du Vellein - Villefontaine
- Les 6 et 7 novembre 2018 à l’Espace des Arts - Châlon sur Saône
- Les 14 et 15 novembre 2018 à l’Apostrophe, Scène Nationale de Cergy-Pontoise
- Du 20 au 24 novembre 2018 au Théâtre National de Toulouse
- Les 29 et 30 novembre 2018 au CDN de Sartrouville
- Les 6 et 7 décembre 2018 à la Scène Nationale d’Albi

Festen