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Les Crapauds Fous : Pour l'Histoire avec un H majuscule !

Écrit par Philippe Delhumeau Catégorie : Théâtre Mis à jour : samedi 2 juin 2018 19:54 Affichages : 1076

CrapaudsPar Philippe Delhumeau - Lagrandeparade.fr/ Voici l'histoire de deux hommes que l'ordinaire de la Seconde Guerre mondiale a poussé à devenir extraordinaires… pour l'Histoire et pour la Vie !

Cette incroyable aventure humaine déclinée au pluriel serait restée sous silence, pour le commun des vivants que nous sommes, si Mélody Mourey ne s'était pas intéressée au destin des habitants d'un village de Pologne à l'heure où le diktat d'Hitler imposait en Europe, l'horreur et la barbarie. Auteure et metteure en scène de "Les Crapauds Fous", Mélody Mourey a ressuscité sous sa plume l'histoire des docteurs Eugène Lazwoski et Stanislaw Matulewicz et, plus anonymement le destin de milliers de Juifs sauvés de la déportation.
La scène du Théâtre Les Béliers Parisiens s'éclaire sur le bureau du docteur Stanislaw résidant à New York.
1990. Le docteur Stanislaw s'apprête à fermer définitivement son cabinet, l'heure de la retraite a sonné… enfin presque, jusqu'à l'arrivée précipitée d'une jeune femme se présentant comme étudiante en psychologie et petite-fille du docteur Eugène. Quelle n'est pas l'émotion palpable dans les yeux du vieux médecin de rencontrer la petite-fille de son meilleur ami, décédé depuis quelques années. La jeune étudiante est venue exprès pour écouter l'histoire de son grand-père et de Stanislaw durant la Seconde Guerre Mondiale.
La scénographie se pare d'éléments de décors idéalement conçus pour être pivotés, déplacés et s'accordés, ad hoc, à l'histoire des deux médecins de Rozwadow.
1940. L'Europe centrale va connaitre le début des pires heures de son histoire. En 1924, Hitler livrait à l'encre rouge dans Mein Kampf un programme antisémite sans précédent pour débarrasser à jamais de l'Allemagne, la population juive… Enfants, femmes et hommes.
Rozwadow en Pologne. Un village où vivent de nombreuses familles juives. Micha, ami d'Eugène et de Stanislaw, informe de son départ imminent pour les camps de travail. Pour le sauver, Stanislaw lui injecte le vaccin contre le typhus. Des tests positifs montrent qu'il doit impérativement rester chez lui.
La jeune étudiante, Claire-Lise Lecerf, écoute avec attention l'histoire racontée par Stan, Frédéric Imberty. Elle manifeste tour à tour une envie de crier sa colère et d'embrasser Stan pour le remercier. Selon les épisodes évoqués de l'histoire, elle ferme les yeux pour s'immerger de corps et d'esprit auprès de son grand-père et de son ami. Frédéric Imberty remonte le fil de son existence partagée avec Eugène, Charlie Fargialla. Des mots teintés d'émotions, des accents révélés avec nostalgie et gravité, des points d'interrogations qui ponctuent des questions extraites à la tragédie humaine.
La narration continue.
Les nazis rentrent dans Rozwadow, réunissent nombre de Juifs sur la place, les exécutent, entassent pêle-mêle les cadavres, les laissent mariner au soleil et leur mettent le feu. Une atrocité sans nom dont échappera Micha.
La mise en scène de Mélody Mourey se lie d'âme contre les armes ôtant la vie. La création lumières d'Arthur Gauvin et de David Roussel éclaire de mille feux pudiques ces milliers de vie détruites ou sauvées.
Eugène, aidé de Stanislaw, informe les autorités allemandes que la pandémie s'est installée dans le village. Des milliers de Juifs 'faussement affectés du typhus' seront sauvés de la déportation, et, de facto, des camps de la mort. Le subtil stratagème des deux médecins, bien que vérifié par les SS, a fonctionné. La guerre sévit encore quand Berlin détecte des failles dans cette histoire d'épidémie. Un soldat SS, jadis soigné par Eugène, revient au village et somme le docteur et sa famille de fuir. Les Etats-Unis seront la nouvelle terre d'Eugène, son épouse et Stan. De Rozwadow à New York, un océan d'incompréhension, d'abandon et de lassitude suspendent le temps à des silences qui en disent long sur un drame évité. Eugène et sa femme se confieront leurs actions respectives orchestrées pour sauver et résister à l'emprise de l'armée allemande.
1940. 1990. Deux époques. Les enfants d'hier vivent avec le souvenir. Une génération d'hommes et de femmes marqués au fer couleur sang d'un génocide annoncé. La génération suivante a hérité des souffrances et du cauchemar de ses aînés. Et ensuite ? Un pan de l'histoire de la Pologne tut comme pour protéger ses nouveaux enfants.
Charlie Fargialla interprète le docteur Eugène avec un entrain jamais rassasié, de l'amour exprimé à son épouse, Merryl Beaudonnet, de l'amitié et des mésententes pour Stan, Gaël Cottat, des injonctions de l'Occupant détournées avec clairvoyance, des décisions sur le vif à prendre sans se faire prendre, des répits de courte durée pour fermer les yeux. Charlie Fargialla, une force en puissance. Gaël Cottat, l'ami qui bouleverse tout sur son passage et s'impose pour marquer sa présence. Une tête pensante posée sur de frêles mais solides épaules. Gaël Cottat, c'est l'homme qui tombe toujours à pic dans le déroulé de l'histoire. Eugène et lui sont soudés à la vie, à l'amitié. Merryl Beaudonnet, la femme d'Eugène, une comédienne investie comme l'était la compagne et la résistante éponyme. Merryl Beaudonnet, la conjonction du tempérament et du talent. Damien Jouillerot, quel plaisir de le voir interpréter une panoplie de personnages, Octave, Hitler, etc, avec le sérieux, l'abnégation et la fantaisie qui sont siens depuis toujours. Du Grand Jouillerot ! Blaise Le Boulanger, alias Micha, un rôle tenu avec beaucoup de conviction car il contribue à sa manière à la vie sauve des Juifs de son village. Constance Carrelet et Hélie Chomiac interviennent dans le spectacle en livrant le meilleur de leur personnage respectif.
Les chorégraphies de Reda Bendahou, la scénographie d'Hélie Chomiac, les lumières d'Arthur Gauvin et de David Roussel, un ensemble technique éclectique qui insuffle à la pièce une inventivité et une synergie dans laquelle tous les comédiens prennent lieu et place.
La mise en scène de Mélody Mourey, une page de l'histoire à écrire avec un H majuscule dans l'histoire des hommes. La subtilité accompagne la détermination, la fluidité se glisse dans la narration, la fantaisie se lie avec la tragédie, la liberté est artistique.
Les Crapauds Fous de Mélody Mourey, un théâtre porteur d'histoire. Intense et magnifique !

Les crapaux fous

Une pièce écrite et mise scène en scène par Mélody Mourey
Avec (en alternance) : Benjamin Arba, Merryl Beaudonnet, Constance Carrelet, Hélie Chomiac, Gaël Cottat, Rémi Couturier, Charlie Fargialla, Tadrina Hocking, Frédéric Imberty, Damien Jouillerot, Blaise Le Boulanger, Claire-Lise Lecerf, Christian Pelissier

Dates et lieux des représentations: 

- Jusqu'au 30 juin 2018, du mardi au samedi à 21h00 
le dimanche à 15h00, au  Théâtre des Béliers Parisiens 
(14 bis rue Sainte Isaure 75018 Paris)