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Nourdine Bara : "La Culture, avec un grand C, a peu à peu, il me semble, creusé son malentendu avec le grand public"

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Théâtre Mis à jour : mercredi 11 avril 2018 20:29 Affichages : 1054

Nourdine BaraPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ Nourdine Bara est un de ces êtres qui ragaillardissent notre confiance en l'avenir, de ceux qui construisent des ponts entre les gens avec autant de simplicité de forme que d'exigence. Un acteur-auteur passionné aux textes poétiques et sensibles, toujours à la rencontre de l'Autre et ce au travers du vecteur le plus passionnant qui soit, les mots.

Depuis longtemps il organise des rencontres dans le quartier de Mosson et, un jour, il a rencontré Mehdi Touaddi qui lui a ouvert les portes de sa boulangerie...Alors maintenant on se retrouve là-bas, ensemble, dans un espace ouvert et chaleureux, pour entendre des textes résonner avec enthousiasme et émotion ; on grignote quelque chose en connivence, assis côte à côte, qui gorge le corps et l'esprit d'un peu de soleil salvateur...Nourdine Bara sera également de la fête du Printemps des Comédiens 2018 pour une "Traversée" à fleur de mots. Une escale que l'on ne saurait que trop vous conseiller!

Quelle a été la genèse de ce projet ? Une rencontre enthousiasmante ?

Cela fait 7 ans que j'organise à la Paillade, et ailleurs dans la ville, des rencontres. Souvent sous la forme d'Agoras. Des discussions au micro sur l'espace public qui invitent les passants, autour de thèmes divers et variés, à libérer une parole. Très volontiers, le motif du rassemblement se fait autour d’une proposition culturelle. Ce qui n’est pas sans convoquer, très vite, ces questionnements autrement plus sociétaux. Parfois politiques, au beau sens du terme.

Cette nouvelle rencontre dans une boulangerie est née de l'invitation du propriétaire, Mehdi Touaddi, à faire entrer jusque dans son commerce, ces Agoras que j'organise régulièrement, sur la place, devant sa vitrine. J'ai pris le temps de penser à une proposition qui sied bien à un endroit cette fois fermé.
Je n’ai pas été tout de suite excité par l’idée, qui n'allait pas dans le sens de rencontres où l’on risque une parole, dans la rue, potentiellement devant sa famille, des amis qui peuvent passer dans le coin… Une parole qui devient très forte lorsqu’elle est livrée à l’épreuve de cette vie qui s’anime dehors.
J’ai proposé ce café littéraire, et je ne me doutais pas à quel point il y aurait là quelque chose d'aussi drôle et étonnant à vivre. Quelque chose aussi capable de provoquer un dialogue entre des habitants du quartier et de l’extérieur …qui se découvrent, un livre à la main, sous une lumière inédite, surprenante pour beaucoup. Surprenons-nous !
Pourriez-vous nous parler d’abord du lieu choisi pour les rencontres et de sa singularité qui, au plaisir intellectuel, apporte la valeur ajoutée de la convivialité?
Ces rencontres dans la boulangerie entretiennent une démarche, qui est la même quelles que soient les modalités de rencontres que je propose : conduire une invitation, culturelle, à rejoindre un « quotidien ». Et quoi de plus quotidien qu'une boulangerie ? J'aime ce lieu aussi pour son caractère insolite. J’aime ce qu’il offre de ludique. Ce sérieux en moins, ce trop de solennité autour de la culture qui ne rime à rien, cela en moins, n’affecte pas une faculté à saisir les pensées d'une œuvre ...Ses intentions profondes. Son propos.
La Culture, avec un grand C, a peu à peu, il me semble, creusé son malentendu avec le grand public, le commun des mortels, en sacralisant peut être un peu trop ce qui relève finalement d'un exercice de vie (la création artistique) vieux comme le monde. On ne peut pas faire de cet élan, naturel, à créer ou à recevoir l'art, un objet, que l’on confisque ensuite. Rien qui participe de ce que l'on a les uns les autres à se dire, sur nos expériences de vie respectives, en particulier lorsque  l’expression est artistique, ne devrait devenir objet de domination. La culture, celle qu’encerclent des gardiens du temple, l’est parfois.

rencontres

Rien qui participe de ce que l'on a les uns les autres, à se dire sur nos expériences de vie respectives, ne devrait devenir objet de domination. La culture, celle qu’encerclent des gardiens du temple, l’est parfois.

Les objectifs de ces rencontres autour de l’écriture et de la lecture semblent nombreux…pourriez-vous nous dire ceux que vous poursuivez?
J’aime provoquer la rencontre, d’abord. Avec ce double gage, que celle-ci touche un public un peu coupé de ces propositions où le livre est au centre, où le spectacle vivant est l’attraction. L’autre enjeu est que tout cela soit rejoint par un public venu d’horizons très différents (socialement. géographiquement…). Qu’il y ait mixité !

Quelle est spécifiquement votre démarche d’auteur au sein de ce projet? Faire entendre des écritures contemporaines de la région?
Je passe de ces rencontres à mon travail d’auteur sans avoir l’impression de vivre tout autre chose. J’aime conduire jusque dans mes textes un peu de ces vérités qui dehors m’ont interpelé. J’aime, et c’est moins simple et plus excitant, conduire un peu de ces fantaisies que je peux écrire, jusque dans la vraie vie. J’ai pu observer, sans rien y trouver de malsain, chez beaucoup lors d’une Agora, comme une envie d’être un instant un personnage. J’y vois là seulement une façon qui peut aider à trouver sa place dans une discussion, à trouver le courage, aussi, d’intervenir dans un débat. Des postures qui ne sont pas « impostures ». C’est un peu pour cela que j’essaie, de plein de façons, de provoquer des instants, des rencontres où (par l’enjeu, le lieu, l’annonce que j’en fais…) un peu de « romanesque » vient autoriser cela.
Oui faire entendre des auteurs de la région, et d’ailleurs. Notre attention est d’abord de trouver des textes qui font écho à la vie des gens que l’on veut toucher. Que ces écritures entrent en résonance avec leur quotidien. Pour mieux les emporter ailleurs pourquoi pas, c’est tout le pouvoir des mots. Entendre des textes aux propos universels. Contemporains ? Je dirais bien sûr, si ça conférait à une œuvre tout son sens de l’à propos. Seulement, ce n’est pas le cas. Il y a des textes, bien plus vieux, d’auteur.es disparu.es, dont la pertinence nous frappe encore. Nous trouble. Personnellement j’aime m’inscrire dans une littérature qui parle, témoigne de ce qui nous précéde, de ce qui nous rejoint, une littérature qui anticipe …qui embrasse largement, et de façon vaste, le temps et l’espace. Je ne veux pas perdre de vue, et j’aime partager cette sensation qui nous rapproche et pousse à relativiser, l’idée d’une condition humaine.

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Notre attention est d’abord de trouver des textes qui font écho à la vie des gens que l’on veut toucher. Que ces écritures entrent en résonance avec leur quotidien. Pour mieux les emporter ailleurs pourquoi pas, c’est tout le pouvoir des mots.

Il y a eu pour l’instant deux rencontres : quel bilan en faîtes-vous? comment ont-elles été reçues par les participants ( spectateurs et lecteurs)?
J’aime beaucoup ces retours qui viennent donner, souvent, une prime à l’envie. Des retours d’habitants, du quartier comme celles, ceux venu.es de la ville, qui ont aimé découvrir l’autre sous une lumière différente. Rendant un peu caduque l’idée qu’on se fait des «autres», de plus en plus exclusivement renseignés sur « eux », de trop loin, par la télé, les réseaux sociaux... Tout ce monde là ne s’est pas seulement et mutuellement intéressé, ils se sont aussi faits rire. Et que tous fassent de leur samedi soir, une sortie littéraire à la Paillade est ce qui me touche le plus.

Comme tout est toujours perfectible, que souhaiteriez-vous ajouter à ces rencontres ?
Du temps ! Nous sommes un peu forcés d’attendre que la boulangerie ferme pour commencer. Et de l’espace ! Les deux fois, c’était complet. On manque peut être un peu de place. On va essayer de trouver une solution.

Enfin, quelles sont les prochaines dates programmées?
Le 7 avril à 20h. Mais c’est sur réservation.

traversées

Vous présentez au Festival du Printemps des Comédiens " Traversée"....On peut lire à propos de cette performance : "L'auteur dit par l'acteur"...Choisirez-vous une thématique particulière pour les textes que vous lirez( interpréterez?) ? ou ce sera justement une "traversée" de votre univers d'auteur-poète?

Traversée puisera des extraits dans l'ensemble de mes trois pièces. Ce projet, qui sera proposé à d'autres occasions la saison prochaine, est une suite de compositions, recompositions de mes textes qui défendra, à chaque fois, une idée, un thème différent. Ce que l'on présentera au Printemps des Comédiens renforcera la notion, l'état d'errance chez mon personnage.

C'est Alex Selmane qui mettra en espace ce travail...Travaillez-vous avec ce comédien depuis longtemps? Qu'est-ce qui vous a donné envie d'effectuer cette mise en scène avec lui?

Nous nous sommes rencontrés alors que l'on créait en 2017 "Tous ceux qui errent". C'était la 2ème commande d'écriture que m'a faite le théâtre Jean Vilar de Montpellier. Une pièce mise en scène par Sébastien Lagord. J'ai beaucoup aimé nos échanges avec Alex sur le texte. Des discussions qui m'ont beaucoup aidé à finir d'écrire une histoire qui demandait quelques arrangements, approfondissements, pour correspondre aux attentes du metteur en scène, et d'Alex qui nourrissait une attente toujours plus précise sur un personnage aux contours et aux attentes un peu flous au premier jet.
Alex est quelqu'un de très fin. Je le trouve aussi très bon juge de la nature humaine, et c'est précieux lorsqu'on résonne ensemble sur un "personnage". Précieuse, la collaboration, autour d'un projet, Traversée, qui se veut être une histoire très différente à chaque fois.

Prochaines rencontres : 

- Le 7 avril 2018 à la Boulangerie-Snack de Mehdi Touaddi - Centre Commercial Saint-Paul - La Mosson - Montpellier (34) - Réservations: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Traversée : 

- Les 1er et 2 juin 2018 dans le Hall du Théâtre d'Ô - Entrée Libre dans le cadre du festival du Printemps des Comédiens -Montpellier ( 34)

- Rencontre avec Nourdine Bara autour de son ouvrage « Tous ceux qui errent (sous-titre - Traversées) » durant le Festival Molière, le théâtre dans tous ses éclats le jeudi 7 juin 2018 à 17h à la Butte du Château - Pézenas

Le site de Nourdine Bara

Crédit-photo : ADIL MOUTTAQUI

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