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Festival l’Âge des possibles : les nouvelles aventures du Don Quichotte de la Cordonnerie

Écrit par Guillaume Chérel Catégorie : Théâtre Mis à jour : lundi 1 octobre 2018 18:50 Affichages : 1105

Don QuichottePar Guillaume Chérel - Lagrandeparade.fr/ Pour qui ne connaît pas le travail de La Cordonnerie, un spectacle original comme "Dans la peau de Don Quichotte" peut désarçonner, tant il est multidisciplinaire. C’est d’ailleurs la particularité de cette compagnie Lyonnaise, depuis 1997, date à laquelle elle a commencé à répéter… dans une cordonnerie : entremêler théâtre, cinéma et musique, bref « créer un dialogue entre l’image et la théâtralité du plateau, faire circuler le regard du spectateur, l’inviter à passer du vivant (sur scène) à l’écran et vice-versa, comme un chevalier errant qui navigue entre réalité et imaginaire », dixit la note d’intention ; Et il ne s’agit pas de zapper. C’est plus subtile que ça. L’idée de cette création, explique au micro, en intro… (ça rime), Mathilde Weyzergans, serait venue lors d’un vide-grenier. Le duo d’acteurs aurait trouvé un scénario de film inachevé, signé d’un réalisateur disparu. Une aubaine quand il faut vite trouver l’idée d’un nouveau spectacle, dixit… Et de combler les vides, imaginer le contenu des pages disparues.

Présenté dans le cadre du festival « L’âge des possibles », au Nouveau Théâtre de Montreuil, ce fut un temps fort autour du thème de la « nouvelle génération de créateurs » (de spectacle vivant). Avec une mention spéciale pour le bruitage et le doublage, dans l’ombre habituellement, ici mis en lumière par un duo d’acteurs, également accessoiriste, lui-même mis en valeur par deux excellents musiciens. Mais reprenons depuis le début. Après "Blanche-Neige ou la chute du mur de Berlin", conte revisité à leur manière évidemment, le tandem formé par Métilde Weyergans et Samuel Hercule ose une relecture personnelle du mythe de la culture européenne, en s’attaquant au légendaire Don Quichotte, auquel s’identifie Michel Alonzo, modeste bibliothécaire, à la fin des années 90, dont le tempérament apparemment étriqué et pointilleux, sera ébranlé par le fameux vrai/faux bug de l’an 2000. D’un seul coup, il va passer d’un travail de bureaucrate, répétitif et ennuyeux, à une vie (rêvée) d’aventures extraordinaires. Alors qu’on le voyait évoluer jusque-là, comme au ralenti, quasiment sans paroles, dans un univers gris, en plein hiver, faiblement éclairé d’une lumière artificielle, sur deux écrans, de deux mètres carrés sur deux - entre deux plans sur une triste télé -, le voilà téléporté, comme dans Star Trek, en caméra subjective, et quasiment en cinémascope, dans d’immenses paysages lunaires, baignés de soleil : l’Espagne des Hidalgo conquistadors… Le public est invité à entrer dans la peau et la tête de Don Quichotte. Il voit ce qu’il voit, ressent ce qu’il ressent.

Le célèbre chevalier errant, « à triste figure », imaginé par Cervantès, rêve toujours de justice et d’idéal (défendre la veuve et l’orphelin), jusqu’à se perdre dans la folie et la solitude, ce, malgré Sancho Pança, son fidèle écuyer (en réalité Jérôme, agent d’entretien à la Cotoerep), peut-être le seul à le comprendre et qui prendra le relais à sa manière, en hurlant contre le « serpent de fer », ce TGV qui fonce tout droit, comme la technologie, l’informatique et le libéralisme sauvage… Car il y a un message derrière tout ça, beaucoup plus fin qu’un slogan politique : la domination de l’homme par l’homme, l’exploitation du peuple. Tout cela suggéré au second degré, et montré avec un ton humoristique décalé, basé sur l’absurde (on pense aux Monty Python). Le fond de l’air est lourd, triste et pesant mais on peut toujours résister, rêver, bouger, agir… contre des éoliennes, à la place des moulins à vent, d’accord, mais le principal est d’y croire et de ne jamais renoncer. L’idéal étant de tendre vers l’amour, l’inatteignable Dulcinée (une lectrice assidue de la bibliothèque) : « Tu me suis, je te fuis, je te fuis, tu me suis… ».

Les propositions visuelles sont renforcées, subjuguées, par un univers sonore puissant, prenant. La troupe, de musiciens et de comédiens réunis sur le plateau, nous entraîne d’une ville de Picardie - dont on ne se souvient pas du nom -, et le sud de l’Espagne, entre la fin du XXe siècle et le Moyen‑Âge, entre les visions exaltées de Michel Alonso et une réalité plus terre-à-terre. Le résultat est saisissant, envoûtant. Surtout dans la deuxième partie, lorsque nous découvrons le personnage, joué par Philippe Vincenot, jusque-là à l’écran, glabre et triste, débarquer (en vrai) sur scène, pour donner sa voix (enfin !) à Don Quichotte, sur grand écran, cette fois, barbu et en armure, dans une mise en abîme vertigineuse ; surtout qu’il ressemble un peu à l’acteur américain Jeff Bridges des westerns et polar au vrai cinéma… Passons. Cette fable mélancolique est servie par la fantaisie d’une mise en scène précise comme une horloge. Une osmose se crée entre le plateau et l’écran. Le public est captivé. Voilà un « ciné-spectacle » qui surprend à chaque scène, plan, tableau. C’est à la fois émouvant, marrant et tragi-comique. La belle folie de croire en ses rêves (de justice) a toujours fait des victimes. Mais quel qu’en soit le prix, il faut tenter, relever le gant, pour ne pas avoir de regrets. « Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent », disait un autre géant (Victor Hugo). La relève est là. N’est-ce pas Sancho Pança ?

Dans la peau de Don Quichotte / la Cordonnerie : création dans le cadre du festival l’Âge des possibles
Spectacle de Métilde Weygergans et Samuel Hercule
Avec Philippe Vincenot, Samuel Hercule, Métrilde Veyergans, Thimothée Jolly, Mathieu Ogier
Musique de Thimothée Jolly et Mathieu Ogier
A l’écran : Ava Baya, Jean-Luc Porraz, Anne Ferret, Michel Le Gouis, Nicolas Avinée, Xavier Guelfi, Pierre Germain, Constance Chaperon, Alexis Corso, Grégoire Jeudy…

Dates et lieux des représentations : 

- Jusqu’au 10 février 2018 au Nouveau Théâtre de Montreuil : 10, place Jean-Jaurès – Montreuil 93. Métro Mairie de Montreuil. Réservation au 01 48 70 48 90 / nouveau-theatre-montreuil.com

- Du mar. 02/10/18 au mer. 03/10/18 au Théâtre de Lorient - Tel. +33 (0)2 97 02 22 70
- Du mer. 19/12/18 au sam. 22/12/18 à Le Maillon - Strasbourg- Tel. +33 (0)3 88 27 61 81
- Du ven. 08/02/19 au sam. 09/02/19 à La Filature, Scène nationale – Mulhouse -Tel. +33 (0)3 89 36 28 28
- Du mar. 12/02/19 au mer. 13/02/19 à Espace des Arts - Chalon-sur-Saône- Tel. +33 (0)3 85 42 52 12