Gagnez 3 x 2 places au Salon du Livre et de la Presse Jeunesse avec La Grande Parade !

Tentez votre chance avant le 23 novembre en envoyant vos nom, prénom et adresse postale à :

lagrandeparade@lagrandeparade.fr

- See more at: http://lagrandeparade.fr/index.php/le-manege-des-momes/coups-de-coeur/319-fabian-negrin-jouons-avec-les-mots-au-caprice-du-vent#sthash.o4JUph3T.dpuf

L'oubli : une réflexion prenante sur la mémoire de la Shoah

Écrit par Victor Waque Catégorie : Théâtre Mis à jour : dimanche 14 janvier 2018 23:16 Affichages : 2143

L'oubliPar Victor Waqué - Lagrandeparade.fr/ Pour sa première, au théâtre Jean Vilar, la pièce « L'oubli » nous emmène aux tréfonds d'un sujet essentiel : la mémoire. Intense, troublant et nourrissant, ce spectacle vaut le détour.

Inspiré du roman éponyme de Frederika Amalia Finkelstein, la comédienne et réalisatrice Julie Benegmos a construit son spectacle profondément en amont. Entourée de son équipe, elle s'est rendue dans d'anciens camps de concentration et d'extermination en Pologne. Elle a épluché les médias. Écouté des témoignages. Si ces recherches visaient à construire cette pièce de théâtre, elles aboutissent également sur un documentaire qui sortira prochainement. C'est fort de ce solide travail propédeutique que l'artiste déroule son histoire. Brillant.

Sur scène, seule, Alma. Jeune femme de notre société contemporaine, entourée de son ordinateur, son téléphone et son soda. Mais aussi descendante d'un survivant des camps. Elle est depuis toute petite confrontée au devoir familial de mémoire de la Shoah. Comme un fardeau. Si la vie aujourd'hui n'a rien à voir avec celle des années 40, des pensées macabres colorent chacune de ses pensées, de ses actions. Cette musique incroyable de Schubert, les nazis ont-ils pleuré en l'écoutant ? Le passé s'immisce inlassablement dans son présent. La mémoire obscurcit ses sens.
Ce soir, particulièrement touchée d'insomnie, elle ne cesse de tourner, boire du coca et rire nerveusement. Et pour cause. Alma vient de rencontrer la petite fille du SS Eichmann, jugé pour être responsable de la déportation et l'extermination de plusieurs millions de juifs. En guise de bonjour, elle l'a embrassée. Elle, la descendante d'un survivant. Comment a-t-elle pu ? Ça la ronge. Ce soir plus qu'un autre, raz-le-bol. Elle veut oublier la Shoah. Complètement. Retrouver une vie sereine.
Pour purger ses pensées, la voilà à jouer à la Wii, à surfer sur le web. Mais tout la ramène au souvenir des déportés. C'est un moment désagréable pour le spectateur. Nauséeux. Des selfies ridicules dans le camp de Birkenau sur Instagram. Des youtoubeuses nunuches qui traitent des camps avec désinvolture, passant du coq à l'âne. Un couple de patineurs sur glace déguisés en détenus juif, accompagné d'une musique qui répète « la vie est belle ». On s'énerve de voir tant de bêtise. Pourtant chaque proposition part d'une bonne intention. Ce spectacle nous interroge sur la manière appropriée de commémorer. Existe-elle ? Il nous montre la pluralité des possibles, en soulignant que l'enjeu n'est pas la forme, mais le fond : se souvenir. A travers une entrée à contre-courant d'un sujet « sensible », L'oubli déstabilise notre approche de la mémoire.

L’héroïne veut passer à autre chose. Mais « qui songe à oublier se souvient ». A l'instar des mots de Montaigne, c'est peine perdu. Après avoir lutté en vain, un lent processus d'acceptation démarre. Étape par étape. Au travers du jeu d'acteur soigné de la comédienne, le spectateur suit la métamorphose laborieuse et fragile d'Alma. Elle se confronte à la réalité. Rencontre les habitants de la ville d'Auschwitz qui vivent, se marient et sont heureux malgré la tourbe d'atrocités qui les entourent. Peut-elle admettre que cela soit possible ? Elle va accepter. Tendre vers le bonheur malgré tout. Comment faire autrement ? C'est la voie que propose Julie Benegmos dans son spectacle.

A partir d'un sujet encore aujourd'hui tabou, « L'oubli » nous fait nous poser des questions essentielles. Comment vivre sans s'effondrer sous le poids du passé ? Une pièce riche qui nous invite à aller de l'avant, sans jamais oublier.

L'oubli
Mise en scène et interprétation : Julie Benegmos
Animateur 3D : Florian Rihn
Chef-opérateur images : Romain Lebonniec
Créateur lumière : Thomas de Givry
Concepteur numérique : Daniel Romero
Regard extérieur : Compagnie Primesautier Théâtre
Durée : 1h15
Production : compagnie Libre Cours
Coproduction : Théâtre Jean Vilar - Montpellier ; Crous de Montpellier ; Communauté de Communes Lodévois & Larzac ; Communauté de Communes St Chély d’Apcher ; Bouillon Cube - Causse de la Selle ; Théâtre Le Périscope - Nîmes ; Théâtre en Garrigue - Port-La Nouvelle Soutien : DRAC Occitanie ; Collectif en Jeux - Réseau en Scène ; Ville de Montpellier ; la Fondation du Judaïsme et la Fondation pour la mémoire de la Shoah ; hTh - Laboratoire numérique, Daniel Romero

Dates de tournées :

- 10 et 11 janvier 2018 : Théâtre Jean Vilar à Montpellier
- 18 et 19 janvier 2018 : Théâtre le Périscope à Nîmes
- 25 janvier 2018 : Ciné-Théâtre de Saint-Chély d’Apcher- scènes croisées de Lozère
- 8 mars 2018 : Théâtre de l’Usine à Saint-Céré
- 10 avril 2018 : Communauté des Communes Lodévois et Larzac
- 13 avril 2018 : Théâtre de l’Albarède à Ganges
- 23 mai 2018 : Scène Nationale de Narbonne