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Les soldats : Marie ou l’Histoire de la violence faite aux femmes

Écrit par Guillaume Chérel Catégorie : Théâtre Mis à jour : vendredi 12 janvier 2018 15:16 Affichages : 1950



Les soldatsPar Guillaume Chérel - Lagrandeparade.fr/ "Les Soldats", c’est le récit de la destruction d’une jeune fille qui se découvre femme. Très jeune, Marie, fille de commerçants, aime un jeune garçon, Stolzius, qui a son âge. Il est de sa classe sociale, celle des marchands. Tout semble organisé parfaitement pour que commerce et amour se réalisent dans un simple et prolifique mariage, mais bientôt Marie chavire et abandonne l’amour du jeune homme pour celui d’un capitaine (un comte!) en garnison à Armentières. Quand ce dernier l’abandonne, c’est le début d’une lente tragédie. Marie s’offre aux jeux d’une meute de loups, une bande de soldats, soudards, fêtards, violents.

"Les Soldats", c’est aussi le récit d’une jeune fille, qui se découvre femme. Avec un corps qui peut donner du plaisir. Mais c’est surtout l’histoire de la déchéance de Marie, victime d’une société érigée par les hommes, depuis un bail. Écrite en 1775 par le romantique Jakob Lenz, c’est la peinture des rapports de classes et de genres, encore bien vive aujourd’hui. Cet auteur allemand, injustement oublié, réclamait pour sa génération un « espace pour agir ». Son théâtre et ses personnages, impulsifs et exaltés, assaillis de passions aussi violentes qu’éphémères, génèrent une véritable critique sociale et politique.
Anne-Laure Liégeois, qui en assure la mise en scène, a relevé le gant avec audace. On pourra juste être dérangé par les choix de lumière, au début, qui mettent un temps fou à diminuer, comme pour laisser la troupe s’installer, en musique, un peu comme si elle était encore en répétition. Les acteurs se regardent et s’écoutent. Puis on se laisse prendre et entraîner par la passion amoureuse de la jeune et belle Marie qui découvre la vie. Son père finit par accepter de la « vendre » au prix de l’ascension sociale. Offerte aux jeux de soldats virils, elle devient victime des hommes : du sexe dit fort…
Fascinée par les thèmes du pouvoir et du jeu des corps, Anne-Laure Liégeois revisite et traduit en images la force de cet univers « lenzien » qui s’épanouit dans la crudité du monde qu’il peint. Elle présente, dans le décor des "Soldats", la nouvelle de Büchner relatant la chute de Lenz, l’exil, la trahison qui le mènent de la folie à la mort. En deux pièces, elle tisse le portrait d’un grand dramaturge oublié de ceux qui l’avaient hissé aux sommets de la gloire. Derrière cette histoire sombre, Anne-Laure Liégeois dépeint aussi la relation violente et autoritaire qui lie les parents aux enfants.

Jakob Michael Reinhold Lenz est un dramaturge allemand. Il fut l'un des principaux représentants du mouvement littéraire Sturm und Drang, en particulier grâce à ses pièces de théâtre "Le Précepteur" et "Les Soldats". "Les Soldats" paraît en 1775. Il a 24 ans. Vingt ans plus tard, devenu fou, il plonge dans les torrents glacés des Vosges, voit apparaître les anges, se lance plusieurs fois par les fenêtres, avant de mourir à 41 ans. Avec "Les Soldats", Anne-Laure Liégeois a fait une découverte : « c’est le plus beau texte qu’il m’ait été offert de rencontrer, magnifique… l’expression de l’union de l’âme et de la nature qui le parcourt… Il me fallait connaître l’auteur. » Dans cet élan créatif, elle met en scène la nouvelle de Buchner Lenz comme une seconde pièce, un spectacle en after, une représentation comme un cadeau, un objet plus intime offert dans la nuit sur le plateau désert. Lenz dit la douloureuse folie de l’auteur à l’endroit même où son texte s’est épanoui, sur les empreintes encore fraîches du corps de Marie. 

Après un entracte d’une quinzaine de minutes, celles et ceux qui ont digéré la puissance des "Soldats" peuvent écouter "Le Lenz" de Büchner, publié pour la première fois en 1839, deux ans après la mort de l’auteur,qui est la reconstitution sous forme de fiction de trois semaines de l’existence du précoce écrivain et poète. Cette brève période de la vie de Lenz se situe au cours de l’hiver 1778, soit plus d’un demi-siècle avant le moment où Büchner élabore son récit. Elle est marquée par le basculement du poète dans une folie (on croirait un récit de Dostoïevski, ou le "Horla" de Maupassant) devenue indéniable pour l’ensemble de ses proches. "Le Lenz" a été reconnu au xxe siècle comme un objet littéraire hors normes. De par son style d’abord, en parfaite adéquation avec la grande période romantique (Goethe, Novalis, Hölderlin, E.T.A Hoffmann…) qui savait si bien frôler la folie. Le genre de spectacle qui ne laisse pas indemne. Vous avez là deux sommets de la littérature allemande dans une même soirée de théâtre. Une plongée dans les passions et les errements de l’âme humaine. La dernière partie étant un parfait délire, confinant à la maladie mentale, qui donne la plus pure des poésies.

Les Soldats
Durée : 2 h
D’après Lenz, suivi de Lenz (50’), d’après Büchner
Mise en scène : Anne-Laure Liégeois
Distribution : Elsa Casanova (Marie), Laure Catherin (Charlotte), Simon Delgrange (Stolzius), Agnès Sourdillon (Mme Stolzius / Angela), Anthony Devaux (Desportes), Didier Sauvegrain (M. Wesener), Olivier Dutilloy (Pirzel), Victor Fradet (Haudy), James Borniche (Eisenhardt), Lucas Besse (De La Roche / L’ordonnance), Paul Pascot (Blankenfeld), Achille Sauloup (Rammler), Alexandre Prusse (Schweinbrust / accordéon), Véronika Varga (Mme Wesener), Camille de Leu (Solange Zipfersaat / Heidi Bischoff), Isabelle Gardien (Comtesse de la Roche)
Chorégraphe : Sylvain Giroud

Dates et lieux des représentations : 

- Du ven. 12/01/18 au ven. 12/01/18 à Amiens - Maison de la Culture d'Amiens - Tel. +33 (0)3 22 97 79 77 ( Création)
- Du mar. 23/01/18 au ven. 02/02/18 - Malakoff - Théâtre 71 - Tel. +33 (0)1 55 48 91 00
- Du mar. 06/02/18 au sam. 10/02/18 à Nantes - Le Grand T - Tel. +33 (0)2 51 88 25 25
- Du mar. 13/02/18 au mer. 14/02/18 - Le Havre - Le Volcan - Tel. 02 35 19 10 20
- Le 20/02/2018 - Mons - Mons Arts de la Scène
- Le 03/03/2018 19:00 - Châtellerault - Les 3T - Tel. 05 49 854 654
- Du mer. 07/03/18 au jeu. 08/03/18 - Alès - Le Cratère - Tel. +33 (0)4 66 52 52 64
- Du mar. 20/03/18 au jeu. 22/03/18 - Limoges - Théâtre de l'Union - Tel. +33 (0)5 55 79 90 00
- Du mar. 27/03/18 au jeu. 29/03/18 - Dijon - Théâtre Dijon Bourgogne - Tel. +33 (0)3 80 30 12 12