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Je ne suis pas une arme de guerre : vous souvenez-vous ?

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Théâtre Mis à jour : jeudi 11 janvier 2018 11:37 Affichages : 1086

armePar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / En fond de scène vide, sur l’écran blanc, des mots en lettres noires : « Les femmes sont un champ de bataille comme les autres »… Une femme, cheveux longs et bruns, vêtue d’une longue robe blanche sans manches, s’approche. A l’autre bout de la scène, un guitariste. Et les mots surgissent- par séquences, ils racontent la guerre de l’ex-Yougoslavie en 1998, le Kosovo, la sauvagerie, les exactions, les humiliations, les viols, les meurtres de femmes, d’enfants, de vieillards, les charniers… Le texte est adapté de « Journal d’une femme du Kosovo » de Sevdije Ahmeti, l’auteure et militante albanaise des droits de l’homme. Femme sacrificielle là, horreurs du nettoyage ethnique ici. Les villes, les villages anéantis- la comédienne égrène les noms. Les villes et les villages : Pristina, Prugova, Vukovar, Sarajevo,… Les « bouchers » serbes des Balkans : Slobodan Milosevic, Radovan Karadzic, Ratko Mladic,… « Vous souvenez-vous ? », nous demande la femme enveloppée dans sa longue robe blanche. Qui évoque aussi d’autres théâtres de l’horreur : Falloujah l’Irakienne, Kaboul l’Afghane, Sabra et Chatila, le Rwanda,… « Je ne suis pas une arme de guerre »- comme auparavant « Journal d’une femme du Kosovo », est la somme de témoignages de femmes victimes des monstres de guerre. C’est aussi le nécessaire et indispensable devoir de mémoire, ce devoir de pointer toutes les folies nationalistes et leurs conséquences, tous ces crimes perpétrés par le viol utilisé comme une arme de guerre. Chez les barbares modernes, en ex-Yougoslavie ou partout ailleurs, la dignité humaine n’a plus aucun sens… 

Avec la mise en scène minimaliste de Zenel Laci où le blanc occupe tout l’espace (comme pour contrebalancer la noirceur du propos et de l’horreur), la violence et la puissance des mots, du texte de Sevdije Ahmeti, adaptés par Safet Kryemadhi, éclaboussent, tétanisent. La densité de l’ensemble est telle que le spectateur est immanquablement concerné. Et pour dire ces mots, ces phrases de l’horreur, accompagnée par Afrim Jahja (guitariste du groupe rock belge The Witness), il y a la magnifique Anila Dervishi- comédienne venue du Théâtre National de Tirana. Elle porte le texte, offre les mots de sa belle voix nue, ample, profonde, bouleversée, bouleversante… « Je ne suis pas une arme de guerre » est une intense performance théâtrale, un événement exceptionnel sur la scène. C’est violent, dense, perturbant… et c’est bien le moindre nécessaire pour lancer non pas un cri ou une plainte mais pour rappeler encore et encore l’horreur qu’au nom de la pureté ethnique, subissent les peuples martyrisés. Femme, enfant, vieillard, jamais je ne suis une arme de guerre, jamais je ne serai une arme de guerre…

J’étais là, avec les autres. Ils nous ont rassemblés dans la cour de notre école. Un des militaires, le chef, a donné l’ordre de séparer les femmes des hommes. Soudain, il a pointé son doigt dans ma direction. Ma mère a aussitôt fait un pas en avant. Il s’est approché d’elle. Il l’a regardée, l’a insultée, l’a frappée, lui a ordonné de se déshabiller. Elle n’a pas réagi. Le chef a sorti son arme et l’a posée sur mon front. Ma mère s’est hâtée de se déshabiller. J’ai vu, devant tous les villageois, pour la première fois le corps nu de ma mère. Le chef a poussé un cri en direction des hommes de notre village. Dans sa langue, il a exigé que « le frère de cette putain sorte du rang ». Je sentais toujours son arme pointée sur mon front. Mon oncle a hésité. Puis, Il est venu se placer face à ma mère…

Extrait du premier monologue de « Je ne suis pas une arme de guerre »

« Je ne suis pas une arme de guerre » d’après « Journal d’une femme du Kosovo » de Sevdije Ahmeti
Adaptation : Safet Kryemadhi
Mise en scène : Zenel Laci
Avec Anila Dervishi (comédienne) et Afrim Jahja (musicien)
Durée : environ 1h15.

Dates et lieux des réprésentations :
Jusqu' au 26 février 2018. Lundi, 20h au Petit-Gymnase – Théâtre du Gymnase Marie-Bell ( 38 boulevard Bonne-Nouvelle, 75 010 Paris) 
Tél. : 01 42 46 79 79