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Cendres : écrire... pour ne pas prendre feu soi-même

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Marionnettes Mis à jour : mardi 17 juillet 2018 14:13 Affichages : 1320

cendresPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ Inspiré du roman "Avant que je me consume" de Gaute Heivoll, « Cendres » narre en parallèle l’histoire de Dag, un jeune pyromane vivant dans le sud de la Norvège et celle d’un écrivain qui utilise ce fait divers comme matériau littéraire plusieurs décennies plus tard. Deux êtres écorchés à leur manière qui subissent les assauts récurrents d’effrayantes chimères dont ils peinent à se débarrasser. Filant la métaphore du feu qui brûle et consume aussi bien les maisons que les âmes et coeurs, le texte d’Yngvild Aspeli accompagné de la superbe mise en scène de la compagnie Franco-Norvégienne Plexus Polaire, plonge le spectateur dans un cauchemar fascinant. Drac d'or du meilleur spectacle décerné par le jury des festivals internationaux - Fira de Titelles de Lleida 2017, nominé Heddaprisen pour le meilleur design audiovisuel 2015, « Cendres » est une des petites pépites de ce Festival d’Avignon OFF 2018.

Enfant déjà, j’avais entendu parler de l’histoire des incendies...

La mise en scène met en relief de manière brillante les liens troublants entre le vécu du romancier et celui de son personnage. Non seulement par la présence d’une créature effrayante, monstre sorti des ténèbres qui vient hanter itérativement les pensées du plateau et symbolise les angoisses terribles qui les assaillent tous deux ...mais également parce qu’au fur et à mesure du déroulement du récit, la marionnette de Dag - et même celle de sa mère Alma - s’impose physiquement auprès de l’auteur. Dag et son démiurge dialoguent un temps, s’agacent ensuite…finissent par se battre lorsque le premier commence à prendre trop de place et qu’on aimerait l’étouffer. En outre, le père de l’écrivain, qui meurt d’avoir trop fumé, apparaît lui aussi sous la forme de marionnettes de diverses tailles. Seul l’écrivain est un être de chair et de sang. Tout, autour de lui, a la consistance des chimères.
Applaudissons la fabrication de ces marionnettes si expressives au regard d’une humanité troublante; celle de Dag, l’incendiaire aux cheveux orange incandescent, est totalement fascinante. Viktor Lukawski, Andreu Martinez Costa, Aïtor Sanz Juanes, Alice Chéné les manipulent avec une dextérité admirable : la précision de chaque geste, la nervosité de Dag, le mouvement raidi des corps vieillissants, les hoquettements s’avèrent d’un réalisme puissant. La présence de certains personnages dans deux tailles différentes multiplie de surcroît la richesse sémantique de cette histoire brûlante.
Tant d’images de ce spectacle restent en mémoire : Dag s’immiscant dans le quotidien de son auteur, la succession des bières qui s’imposent à ce dernier comme seul échappatoire à ses crises existentielles, l’élan mort dont on extraie le corps d’un père maladif, au teint de cire mortiifère, l’âme du défunt essayant de ranimer le corps tout juste parti, le père dévalant une piste à skis, le fils prenant soin de la petite marionnette chétive incarnant le père, les tentatives de répression des pulsions du pyromane, la fascination des flammes, les petites maisons brillant dans la nuit enveloppante, le regard bouleversant d’un père découvrant la vérité sur son fils, le regard des gens... 
Et des mots aussi : «  Je me souviens de la seule fois où mon père a tué un élan »; « Je ne lui ai jamais dit que j’étais auteur » ; «Qu’est-ce que l’on voit quand on se regarde? », «  Comment expliquer la symphonie qui se joue dans la tête d’un pyromane? »...

Onirique, empreint de sensibilité et d’un je-ne-sais-quoi de nostalgique, tissé de subtilités, « Cendres » a l’étoffe des songes hallucinés et la force des contes où les âmes en vain se débattent contre des monstres pour ne pas finir en cendres... Une petite merveille ! Ne pas passer à côté!

Une histoire qui vous suit…pareille à une ombre…jusqu’à ce qu’on l’écrive.

Cendres
Auteur : Yngvild Aspeli
COMPAGNIE PLEXUS POLAIRE
Interprète(s) : Viktor Lukawski, Andreu Martinez Costa, Aïtor Sanz Juanes, Alice Chéné
Régisseur lumières : Xavier Lescat
Régisseur Lumières : Vincent Loubière
Régisseur son et video : Antony Aubert, Simon Masson
Diffusion : Claire Costa

Dates et lieux des représentations:
- À 18H05 : DU 6 AU 26 JUILLET 2018 - RELÂCHES : 12, 19 JUILLET - à la Manufacture ( 2 bis, rue des écoles, 84000 - Avignon )
- Les 12 et 13 août 2018 au Festival Train Theater / Jerusalem / ISRAEL (IL)
- Les 21 et 22 août 2018 au Pop up Puppets Festival / Stockholm / SUEDE (SE)
- Le 9 septembre 2018 au Festival Synergura, Erfurt / ALLEMAGNE (DE)
- Le 16 octobre 2019 - International Puppets Theatres Festival / Torun / POLOGNE (PO)
- Le 2 février 2019 - L’Hectare / Vendome (41) / FRANCE (FR)