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« Rubberband » de Miles Davis : poète et trompette…

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Lyrique Mis à jour : mercredi 18 septembre 2019 05:40 Affichages : 309

davisPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Il fut son ami et son collaborateur. Quincy Troupe a écrit « Miles & me », très certainement à ce jour la meilleure biographie consacrée à Miles Davis- on lit : « Son instrument aux lèvres, Miles Davis était un grand poète. Sa trompette pouvait souffler des notes rondes et chaudes qui parlaient aux sentiments humains les plus profonds, et elle pouvait cracher des trilles dans un craquement qui évoquait le son furieux des coups de feu… » Né Miles Dewey Davis III le 26 mai 1926 à Alton, Illinois, mort le 28 septembre 1991 à Santa Monica, Californie, marié à trois reprises (avec Frances Davis- 1958- 68, Betty Davis- 1968-69, et Cicely Tyson- 1981-88), il a commencé à jouer de la trompette à l’âge de 13 ans. Encore Quincy Troupe : « Par moments, elle (sa trompette, NDLR) semblait survoler des rythmes d’une complexité remarquable et les indications de la mesure avec une vitesse et une efficacité à couper le souffle ». Et quasiment vingt-huit ans après sa mort conséquence d’une crise cardiaque, du diabète et d’une pneumonie, il est de retour dans les bacs. C’est bien l’un des événements de la saison, même de l’année musicale !

L’objet est titré « Rubberband ». Onze morceaux pour un album enregistré en 1985-86 mais refusé par le producteur multi-récompensé Tommy LiPuma et la maison de disques Warner Bros. Refusé au prétexte qu’il ne correspondait pas aux attentes du public. Après six ans de silence et un changement de maison de disques après trente ans chez Columbia Records, toujours à l’affût des tendances, toujours prêt à les devancer, Miles Davis avait souhaité se lancer dans un autre champ musical, lui qui, au fil des années, avait signé des chefs-d’œuvre comme la BO du film « Ascenseur pour l’échafaud » (1958) et aussi « Kind of Blue » (1959, tenu pour « la Joconde du jazz » par Franck Bergerot, un des meilleurs spécialistes mondiaux de la note bleue), « Sketches of Spain » (1960), « Bitches Brew » (1970) ou encore « Decoy » (1984).
En octobre 1985 dans les studios Ameraycan à Los Angeles, débutent les sessions d’enregistrement. A 59 ans, Miles Davis inaugure là son nouveau contrat avec la Warner Bros. Records. Le label lui a garanti une liberté totale de création. Il s’est adjoint les services de deux jeunes producteurs, Randy Hall et Attala Zane Giles qui se souvient : « Miles voulait expérimenter. Il voulait connecter ce qu'il avait pu faire auparavant avec ce que nous faisions en tant que jeunes musiciens, qui était commercial et funk ». Et d’ajouter : « Il voulait être commercial, il voulait qu'on danse sur sa musique ! » Miles Davis fait savoir également qu’il veut, pour les parties chantées, Al Jarreau et Chaka Khan et annonce qu’il souhaite que cet album à venir et qui sera titré « Rubberband » soit un reflet de la musique du moment, que ça sonne urbain. Miles Davis veut un album funk, qui vibre aux sons de la rue…
Dans les studios, aux côtés de Miles Davis à la trompette et aux claviers, vont venir Adam Holzman, Wayne Linsey et Neil Larsen (qui compose l’éblouissant « Carnival Time »), aux percussions Steve Reid, au saxophone Glenn Burris et Michael Paulo, à la batterie Vince Wilburn Jr et à la guitare l’immense Mike Stern. Du sacré beau monde, de belles pointures de la note bleue ! Mais patatras, sessions d’enregistrement achevées, le producteur Tommy LiPuma qui n’est jamais venu dans les studios pendant la conception de « Rubberband » annonce à Miles Davis que la Warner Bros. Records ne commercialisera pas l’album. Justification avancée par LiPuma (qui avait fait signer Davis chez Warner) : le label et lui n’adhérent pas à l'orientation musicale de cet album. Conséquence : les onze morceaux finissent dans un placard, les deux jeunes producteurs Randy Hall et Attala Zane Giles encaissent mal la décision mais Miles Davis, lui, se lance avec le bassiste Marcus Miller dans un autre projet, ce sera Tutu, tout entier dédié aux combattants contre l'apartheid en Afrique du Sud- l’album, récompensé par un Grammy Award, connaîtra un immense succès et dépassera grandement l’univers du jazz. D’autant que, sur la pochette, le trompettiste figure en gros plan, photographié par Richard Avedon- et deviendra ainsi la première pop star du jazz… Et Quincy Troupe, d’écrire : « Miles Davis était aussi important pour l’épanouissement culturel des Etats-Unis que Mozart l’était pour l’Autriche et Picasso pour l’Espagne ».
Enfin aujourd’hui, on peut écouter « Rubberband » et ses onze morceaux… Album achevé et perdu et retrouvé. Comme une renaissance pour Miles Davis. Les deux producteurs Randy Hall et Attala Zane Giles- présents lors de l’enregistrement voilà trente-quatre ans, se sont adjoints les services de Vince Wilburn Jr., batteur et aussi neveu de Miles Davis. Ils ont « nettoyé » les bandes et recruté quatre chanteuses et chanteurs : Ledisi sur le morceau d'ouverture « Rubberband of Life », Medina Johnson sur « Paradise », Lalah Hathaway sur « So Emotional » et Randy Hall pour « I Love What We Make Together ». Les producteurs confient que Miles Davis était « détendu et heureux » lors des sessions de l'enregistrement et appréciait le résultat final. Mieux : même si « Rubberband » est resté dans le placard pendant trente-quatre ans, le trompettiste en a joué souvent des extraits sur scène. Et maintenant, enfin, ce « Rubberband », cet album qui dépasse largement les frontières du jazz. C’est le grand mix du groove, avec de sacrées doses de funk, soul, latino et même hip-hop... Un album aussi joyeux que joueur (écouter encore et encore « Give Up », le cinquième morceau de l’album) parce que, à en croire le producteur Randy Hall, « Miles détestait tout ce qui était éculé, rance ».

Miles Davis : « Rubberband »
Label : Rhino / Warner
Parution : 6 septembre 2019

La tracklist
1/ « Rubberband of Life » (feat. Ledisi)
2/ « This Is It »
3/ « Paradise » (feat. Medina Johnson)
4/ « So Emotional » (feat. Lalah Hathaway)
5/ « Give Up »
6/ « Maze »
7/ « Carnival Time »
8/ « I Love What We Make Together » (feat. Randy Hall)
9/ « See I See »
10/ « Echoes In Time / The Wrinkle »
11/ « Rubberband »

Miles & me
Auteur : Quincy Troupe
Traduit par Emilien Bernard et Alexis Allais
Editions : Le Castor Astral
Parution : 22 aout 2019
Prix : 14 €

miles