Fantasio, revisité par la mise en scène de Thomas Jolly et Katjia Grüger, un petit bijou !

Écrit par Dominique Flacard Catégorie : Lyrique Mis à jour : dimanche 23 décembre 2018 16:58 Affichages : 548

fantasioPar Dominique Flacard - Lagrandeparade.com/ Une distribution éblouissante : Fantasio, personnage complexe incarné par la jeune mezzo Rihab Chaieb à la voix chaleureuse et agile, nous emporte dans ses aspirations les plus extravagantes, son refus de l'ordre établi ainsi que dans son romantisme et sa quête d'absolu. Elsbeth, jeune princesse de seize ans, déchirée à l'annonce d'un mariage politique non désiré est interprétée par Sheva Tehoval dont la voix lumineuse incarne à merveille une très jeune fille. Armando Noguera nous campe un Duc de Mantoue d'un ridicule convaincant, à l'énergie débordante ; son aide de camp, Marionni, interprété par Enguerrand de Hys est touchant dans son rôle de travesti qu'il ne souhaite plus quitter. Julien Véronèse, roi de Bavière, évoque le conflit qui le déchire, sacrifier sa jeune fille pour rétablir la paix en son royaume, avec humanité. Cette équipe de jeunes artistes, tous plus talentueux les uns que les autres, dirigée par Pierre Dumoussaud qui insuffle une belle énergie à l'orchestre de Montpellier nous offre un moment de vocalité sublime et de spectacle enthousiasmant.

La mise en scène participe à cette réussite en brossant des tableaux vivants, très théâtraux parfois presque cinematographiques, contrastés où alternent réalisme, poésie, symbolisme. La ballade à la lune que chante Fantasio est d'autant plus émouvante que nous le voyons s'élever, vers le ciel, dans un cercle de métal noir illuminé par de minuscules lumignons. La complainte de Lesbeth est valorisée par son apparition sur un balcon de fer forgé qui est déplacé sur scène. Des fleurs bleues et graciles sortent du sol, entourent le jardin de Lesbeth, bougent au gré des émotions apportant poésie et paix à ce moment. La grandeur du choeur, quasi verdien à la fin de l'acte 2 est magnifiée par les éclairages en demi teintes. Le château inaccessible, un peu carton pâte, apparaît au loin dans une trouée ronde, comme un oeil, qui s'ouvre ou se ferme suivant les besoins de la scénographie tandis que les lampions contribuent à un univers intime et irréel, magique.

L'unité de couleurs qui se décline du noir au gris en passant par l'argenté est soudain rompue par les éclats de couleur du choeur des fous, par les costumes colorés et déjantés du choeur final qui glorifie la paix. Le roi de Bavière et la Princesse, tout de blanc vêtus, se distinguent du peuple et d'un Duc de Mantoue ridiculisé dans son habit d'aide de camp, vert émeraude. Les tenues grises et sombres du choeur de l'opéra de Montpellier échappent à la temporalité et accusent leur statut ordinaire. Fantasio, étudiant en tenue sombre se métamorphose en bouffon éclatant de jaune lumineux, évoquant l'univers du cirque. Des couleurs précises typent des personnages, des moments. Ainsi, lors de la cérémonie de mariage, des assemblages de ballons roses éclairent la scéne et y dessinent un grand coeur. On l'aura compris , un foisonnement de détails rend les scènes toujours plus vivantes.

Mise en scène, décors, lumières, maquillage appuient avec finesse les contrastes intrinsèques à l'opéra ou alternent poésie, humour, délire. Que de joie et de fous rire lors de la présentation du Duc de Mantoue et son aide de camp, lors des interventions du garde suisse ! Que d'émotions lors de l'hymne à la paix ! A la vocalité parfaite s'ajoute leur talent de comédiens, atout indispensable pour interpréter l'opéra comique, qui est un peu l'ancêtre de la comédie musicale puisque sa particularité consiste en alternance de grands airs chantés et de dialogues, de répliques parlés.

Le public de Montpellier a acclamé cette prestation lors de la première, Vendredi 21 Décembre 2018 rendant ainsi hommage à une oeuvre qui était tombée dans l'oubli, après avoir connue un échec cuisant lors de sa création en 1872 à l'opéra comique. On peut penser que cette bronca s'est élèvée contre l'idéologie pacifiste, exprimée dans le livret signé des deux frères Musset, Alfred et Paul, car elle était perçue comme démobilisatrice, anti patriotique à la suite de la défaite de Sedan. Offenbach, d'origine allemande, devenait suspect voire traitre. De plus, le public parisien friand des scènes joyeuses, des galops débridés, fut surpris par cette oeuvre qui leur présente un Offenbac plus intime, plus élégiaque qui aborde les problèmes de l'identité, de l'anti militarisme, du projet de vie et de l'anticonformisme ,qui devient un porte drapeau du romantisme débridé. Et pourtant quelles belles pages musicales et théâtrales nous offre le compositeur, exigeant des chanteurs de haut niveau, capables de passer de la voix parlée à la voix chantée !

Fantasio
Jacques Offenbach (1819-1880)
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Opéra Comédie Opéra
Opéra-comique en 3 actes et 4 tableaux
Livret de Paul de Musset
d’après la pièce éponyme d’Alfred de Musset
Création le 18 janvier 1872 à l’Opéra Comique Paris

Pierre Dumoussaud : direction musicale
Thomas Jolly : mise en scène
Katja Krüger : reprise de la mise en scène
Thibaut Fack : décors
Antoine Travert : lumières
Philippe Berthomé : lumières
Sylvette Dequest : costumes

Distribution: 
Rihab Chaieb : Fantasio
Julien Véronèse : Le roi de Bavière
Sheva Tehoval : La princesse Elsbeth
Armando Noguera : Le prince de Mantoue
Enguerrand de Hys : Marinoni
Alix Le Saux : Flamel
Régis Mengus : Sparck
Sahy Ratia : Facio
Bruno Bayeux : Rutten
Charles Alves da Cruz : Max
Xin Wang : Hartman

Noëlle Gény: chef de chœur
Chœur : Opéra national Montpellier Occitanie
Orchestre national Montpellier Occitanie

Dates et lieux des représentations: 

- Les 21 et 23 décembre 2018 et 4 et 6 janvier 2019 à l'Opéra-Comédie - Montpellier ( 34)

Une initiative originale et innovante à l'opéra comédie de Montpellier : une heure avant les représentations lyriques, des musicologues fournissent dix clés de compréhension et d'immersion au coeur de l' oeuvre à laquelle le public va assister.