Contrebande : la malle aux trésors de Fiona Monbet

Écrit par Dominique Flacard Catégorie : Lyrique Mis à jour : mercredi 10 octobre 2018 22:46 Affichages : 1504

contrebandePar Dominique Flacard - Lagrandeparade.fr/ Second album de Fiona Monbet, fille spirituelle de Didier Lokwood, Contrebande, réunit Pierre Cussac à l'accordéon, Antoine Boyer à la guitare acoustique, Damien Varaillon à la contrebasse et au violon Fiona Monbet dans un quatuor aux sonorités subtiles et fusionnelles.

Un amalgame savoureux est réalisé entre le violon et l'accordéon qui, dans plusieurs titres, dialoguent entre eux, jouent à l'unisson, se relaient le discours musical dans un contrepoint enrichi de variations et semblent issu d'un même son, d'un même timbre. La symbiose, l'unité de couleur entre ces deux instruments de facture, d'histoire et de style, si différents, suscite l'admiration et nous plonge dans un univers onirique riche en images et en réminiscences. Ces deux chanteurs expressifs et sensibles sont accompagnés par une contrebasse et une guitare dont les rythmes et les timbres s'entremêlent avec brio. 

Les deux compositions, signées par la violoniste : Valse, qui ouvre l'album et l'Aveu,qui le clôture , mettent en valeur son jeu clair et léger . La première, de nature mélodique, commence comme une chanson populaire qui évolue au gré des nombreuses variations, accompagnées rythmiquement par la contrebasse et la guitare. La seconde, monologue joué au violon, dans un ambitus large s'éteint dans l'aigu et dans une nuance pianissimo à la surprise de l'auditeur qui reste en suspend, en attente, troublé par cet Aveu.

L'esprit de la danse traverse l'album et stimule l'attention. Comment ne pas penser à Piazolla à l'écoute de ce tango, signé Antoine Boyer, au rythme nerveux introduit avec fougue par l'accordéon, dont les entrées en imitation enrichissent la trame sonore en un crescendo dense et brutal qui explose en un accord répété cinq fois avec détermination et âpreté ? La partie suivante, mélancolique et douce, affirme encore l'unité sonore entre le violon, interprète de la mélodie principale, et l'accordéon tandis que les appuis implacables de la contrebasse dramatisent ce discours musical qui s'achève dans la nuance pianissimo des enharmoniques du violon. Au retour du thème énergique et fougueux joué par le quatuor, la guitare nous offre une improvisation virtuose et touchante nourrie par l'accompagnement tragique de la contrebasse et du violon. L'accord revient joué cinq fois pour conclure cette pièce au caractère tragique. Ce sont les trois instruments à cordes qui introduisent la valse raffinée et élégante dans une ambiance intimiste de musique de chambre; le second thème exposé dans une nuance piano par l'accordéon, véritable « trompe l'oreille » car on croit entendre une voix sifflée, évoque l'univers parisien des films de la première moitié du XX ème siècle, puis cette danse évolue, sinueuse et souple. Nous sommes emportés par la virtuosité du quatuor qui évolue vers une couleur, des harmonies, des improvisations jazzy. Somy Market, signé Pierre Cussac, czarda enlevé et brillant, nous plonge dans des sonorités qui évoquent la virtuosité de G Zamfir, joueur de flûte de pan virtuose .On y retrouve les contrastes de tempi, caractéristiques de cette danse hongroise que F Liszt magnifia dans de brillantes compositions, ces rythmes asymétriques, l'imitation d'un chant d'oiseau, le lien entre la nature et la culture, une détermination farouche. Son dynamisme provient de sa rythmique, de ses enchevêtrements contrapuntiques affirmés par des musiciens à la technique brillante.

Tels des contrebandiers , ceux-ci naviguent entre jazz, musiques savantes , traditionnelles et populaires, gammes occidentales et orientales pour nous offrir un butin aux saveurs et couleurs variées, aux rythmes contrastés dans lequel chaque composition est un petit univers en soi. Veritable chasse aux trésors qui nous mêne d'Argentine, en Irlande, en Hongrie, en Espagne, cet album va de surprises en découvertes. Vous l'avez compris, il s'écoute comme on puise dans un coffre aux merveilles avec sa part de magie, d'oubli, d' enchantement.

Fiona Monbet
Nouvel album Contrebande
Sortie le 26/10/2018 chez Crescendo / Caroline France

En concert le 24 novembre 2018 au Café de la Danse