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Phia Ménard : Maison-Mère est "une pièce à suspense"

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Danse Mis à jour : mardi 10 juillet 2018 08:26 Affichages : 741

maison mèrePar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/Phia Ménard s’est d’abord formée à la jonglerie sous l’influence de Jérôme Thomas et de 1994 à 2003, elle est interprète dans la compagnie de ce dernier. Elle fonde en même temps la Compagnie Non Nova en 1998 dont le nom rappelle le précepte fondateur "Non nova, sed nove" : nous n’inventons rien, nous le voyons différemment.

De 2005 à 2007, elle travaille autour de la notion d’injonglabilité et crée Zapptime#Remix ou encore Doggy Bag. En 2008, Phia dévoile sa nouvelle identité et développe le projet I.C.E., pour Injonglabilité Complémentaire des Eléments, ayant pour objet l’étude des imaginaires de la transformation et de l’érosion au travers de matériaux naturels. Elle imagine divers cycles : les Pièces de Glace (P.P.P., 2008, ICEMAN, 2009), les Pièces du Vent (L’après-midi d’un foehn Version 1, 2008, Vortex, 2011, Les Os Noirs, 2017) et les Pièces de l’Eau et de la Vapeur (Belle d’Hier, 2015, Contes Immoraux – Partie 1 : Maison Mère, 2017, Saison Sèche 2018). Elle devient artiste associée à l’Espace Malraux de Chambéry en 2014, au Théâtre Nouvelle Génération en 2015 et artiste-compagnon au Centre chorégraphique national de Caen en Normandie dès 2016. Dans ses actualités ? La création de "Et in Arcadia Ego" pour l’Opéra-Comique de Paris avec Christophe Rousset, la pièce « Saison Sèche » qui sera présentée au Festival d’Avignon 2018 et….La Partie I, intitulée, Maison Mère des Contes immoraux, que nous découvrions au Festival Montpellier Danse. Une commande de la Documenta 14 de Kassel autour du thème : « Apprendre d’Athènes/Pour un parlement des corps ». S’inspirant du Parthénon, elle construit seule sur scène une maison de l’Europe…mais la pluie fait rage et l'artiste, à la fois déesse, maçon et guerrière se colle à la matière dans une véritable performance physique pour nous parler tout à la fois d’elle, de nous et d’un équilibre qui se gagne à la sueur d'une bataille sans cesse renouvelée...Rencontre avec une artiste à l'univers passionnant et incontournable : c'est dit!

Ces contes immoraux naissent d'une commande de la Documenta 14 de Kassel, c'est bien ça? Pouvez-vous nous en dire davantage sur la genèse de ce projet? ...et peut-être nous expliquer ce qu’est cette manifestation? Et dans quel cadre vous y intervenez ?
La Documenta 14, c’est la première quinquennale d’art contemporain créée après la seconde guerre mondiale; elle se déroule à Kassel et a de ce fait une histoire un peu particulière. Pourquoi la ville de Kassel a-t-elle décidé de réétablir une rééducation de la société par l’art et la questio culturelle par le biais de cette quinquennale? C’est qu’il y a eu dans cette ville le premier maire néonazi - alors que le parti nazi n’était pas encore implanté en Allemagne  et que cette ville n’avait aucun problème économique, aucun problème de quoi que ce soit d’ailleurs…et qu'il n’y avait même pas de communauté juive quasiment!
La quatorzième édition a été dirigée par plusieurs commissaires d’exposition et notamment Paul B. Preciado et Adam Szymczyk  qui, un beau jour, m’ont envoyé un courrier en me disant qu’ils souhaiteraient que je fasse partie des 100 artistes invités, notamment parce que le thème était « Apprendre d’Athènes/ pour un parlement des corps». J’ai repondu positivement à l’invitation parce que c’est très honorifique! D’autant plus que je crois que c’était la première fois qu’étaient invités des artistes du spectacle vivant. Dans la liste des artistes vivants invités, il y avait Kettly Noël, Alexandra Bachzetsis et moi, c’est à dire trois chorégraphes et performeuses...

Après avoir fait un premier séjour à Athènes et à Kassel, et plusieurs allers-retours ensuite dans ces deux lieux-là, j’ai décidé d’écrire ces « Contes immoraux » en les découpant en trois parties - dont la première partie est celle que j’ai présentée à Kassel. Concours de circonstances, lorsque j’arrive pour la première fois à Athènes pour commencer à réfléchir et à chercher l'inspiration, c’était la période où il y avait eu une affaire concernant un grand festival à Athènes - qui s’appelle le festival d’Athènes et d’Epidaure - qui avait été confié à Jan Fabre. Lorsque Jan Fabre avait présenté sa programmation, il n’y avait que des artistes belges et aucun artiste grec. Et sur place, ça faisait scandale et... très vite je me disais de mon côté aussi que si j’avais été une artiste grecque, j’aurais été extrêmement vexée de cette situation. Et, par cheminement de pensée, je me rends compte que si j’étais une artiste grecque, j’aurais quand même un sujet qui serait le Parthénon….En effet, à force d’être allée en Grèce, d’y retourner et de frayer les chemins touristiques ou pas, je me suis rendue compte que ce qui fait la Grèce, c’est d’abord, évidemment, cette partie très touristique de son histoire mais aussi cette pauvreté. Et cette pauvreté-là, elle est masquée finalement…Du coup, je me suis dit que si j’étais une artiste grecque, je ferai sauter le Parthénon…et c’est ce qui m’a donné l’idée de répèter un peu cette aventure en disant que je vais me prendre un peu pour Athéna - puisque le panthéon est la maison d’Athéna - et que je vais aller (re)construire mon Parthénon ailleurs. Et donc j’emmène mon Parthénon en carton, je vais le reconstruire et je montre ainsi ma puissance de reconstruction en le créant à partir de feuilles de carton de 15 mètres par 15 mètres. Sauf que, bien sûr, il m’arrive un sale évènement, c’est qu’il pleut…et monter un panthénon sous la pluie, c’est pas évident…

Je me suis dit que si j’étais une artiste grecque, je ferai sauter le Parthénon!

Au dessus de la construction que vous édifiez, il y a donc un orage menaçant et l’idée que tout peut être enseveli par la pluie diluvienne…comme le signe d’une Europe à reconstruire sans cesse? 
maison mèreOui, ce qui m’intéresse toujours, c’est l’utopie, l'idée de se dire «  on va y arriver » …Et puis aussi, puisque c’est un conte, je voulais rappeler que les contes ça finit toujours très mal. D’ailleurs…savez-vous pourquoi j’ai décidé de faire des contes? c’est parce que la ville de Kassel, c’est la ville des frères Grimm. C’est aussi ce qui m’a donné le déclencheur : le lien entre Athènes et Kassel, c’était de raconter des contes…et j'ai voulu prendre comme support non pas un des modèles des frères Grimm mais plutôt celui des trois petits cochons...qui serait un peu l’histoire de l’Europe, d’où mon titre "Maison mère" : j’essaie de reconstruire la fameuse maison de l’Europe, qu’est le Parthénon, mais cette maison Europe est bien mise à mal par beaucoup de maux de la société.

J’essaie de reconstruire la fameuse maison de l’Europe, qu’est le Parthénon, mais cette maison de l'Europe est bien mise à mal par beaucoup de maux de la société.

Avec quelles matières travaillez-vous sur le plateau?
Des cartons, du scotch papier…et surtout de l’eau. Il y a quand même quelque chose d’important à ajouter, c’est qu’au milieu de tout ça se trouve mon corps et se pose sans cesse la question de comment le corps peut s’adapter et se mettre en mouvement pour réussir à faire quelque chose qui est à la fois démesuré et très fragile. Donc ça pose aussi la question d’un combat qui est mené mais aussi de jusqu’où le corps est capable de se plier à l’épreuve.

Au milieu de ces cartons et ce scotch se trouve mon corps... et se pose sans cesse la question de comment le corps peut s’adapter et se mettre en mouvement pour réussir à faire quelque chose qui est à la fois démesuré et très fragile.

Comment avez-vous « fabriqué » ce spectacle? Avez-vous fait d’abord des dessins des différentes étapes? Travaillez-vous directement avec de la matière, en tâtonnant?
Le problème, c’est que je m’aperçois que plus ça va, plus mes méthodes sont anarchiques…( rires) Comme j’ai beaucoup de projets dans la tête, très souvent je dessine des choses, je les imagine, je les écris ou en lisant je note deux trois choses qui m’intéressent et puis c’est vrai qu’après, je vais tâtonner...Déjà, j’ai un espace pour moi avec la compagnie Non Nova : on a un très grand atelier à Nantes et c’est un endroit où je vais beaucoup expérimenter…c’est à dire que je vais fabriquer…donc dans le cas des "Contes immoraux", très vite, je me suis dit "je vais faire mon panthénon" et j’ai commencé à faire de petits parthénons sur une table ; après j’ai commencé à me dire qu’il fallait que ce soit plus grand et réfléchir à comment on allait faire plus grand et que ça tienne…Il fallait également trouver des cartons. Là, c'est beaucoup d’heures de discussions avec des professionnels pour savoir quels types de matières on va utiliser et puis au fur et à mesure il y a le chemin qui se fait dans ma tête ; et de m'interroger entre ce que je vais être en train de construire devant vous et la chorégraphie : quel sera le rapport, comment faire pour que ce ne soit pas simplement quelqu’un que l’on voit en train de monter quelque chose mais bien une histoire..Alors de ce fait, c'est vrai que très vite je fais des essais. Avec la personne qui m’assiste, très souvent, je me questionne : «  est-ce que là, à ce moment-là, il se passe quelque chose? il y a une émotion? » Sur cette pièce-là, ce qui est un peu surprenant, comme pour les pièces du vent comme « Vortex » par exemple, c’est que je m’aperçois que là où, par moments, j’ai l’impression simplement de ne faire qu’un acte avec de la matière, d’un seul coup, je réalise que le regardant me répond : «  olala, c’est hyper impressionnant, j’étais complètement absorbé-e par quelque chose ». Comprendre comment d’un seul coup se passe une alchimie que je ne peux pas imaginer sur le papier, apprendre que c’est au moment où je le fais que ça se crée, c'est toujours très surprenant pour moi. Par exemple l’élément très étonnant de cette pièce, c’est que je ne m’attendais pas au suspense. Or cette pièce «  Maison Mère » est pleine de suspense en fait. Parce que vous êtes en train de regarder quelque chose et que moi je suis collée à la matière et que je ne vois pas ce qui se passe ; vous, vous êtes en permanence en train d’avoir peur de ce qui se passe…d’un seul coup vous voyez un scotch qui se déchire à un endroit, une forme qui se provoque…et le suspense naît!

Avec la personne qui m’assiste, très souvent, je me questionne sur : « est-ce que là, à ce moment-là, il se passe quelque chose? il y a une émotion? »

Vous n’êtes pas toujours sur le plateau dans vos créations. Pourquoi avoir avoir choisi d’être présente - et seule - dans cette « Maison Mère »?
Des pièces comme "Maison Mère", qui présentent un danger physique, sont des endroits où je ne peux pas mettre en danger quelqu’un d'autre que moi. Ce sont des endroits dont je suis obligée, moi, d'être l'interprète parce que je ne supporterai pas de mettre en danger quelqu’un. Et puis aussi parce que cette année j’ai arrêté la pièce P.P.P que je tournais depuis dix ans - cette pièce en lien avec la glace- et comme que je suis quelqu’un de la scène , j'avais besoin de m'y maintenir... Je me suis rendue compte également - quand j’ai commencé à travailler dessus - que ce péplum - que formeront ces trois spectacles dans quelques années qui seront donnés les uns à la suite des autres  - c’était aussi quelque chose de ma matière à moi, qui m’est très personnel et qui est aussi un dialogue intime que j’ai avec le spectateur. Alors que par exemple, dans « Les os noirs » qui est une pièce que je n’avais pas prévu d’écrire et qui s’est créée par la rencontre avec l’interprète, c’est vraiment la confrontation à l'autre qui a provoqué cette écriture...et j’aurais été incapable de l’interpréter..ou du moins ce n’était pas ma matière, mon sujet. Un autre exemple? En ce moment je suis à Rennes pour la création d’un spectacle qui se nomme «  Saison Sèche » et qui va être présenté au Festival d’Avignon ; là, ma présence sur scène se fait d’un seul coup dans le groupe - parce que je sens que c'est soudain nécessaire. 

Je pense que des pièces comme ça, qui présentent aussi un danger physique, ce sont des endroits où je ne peux pas mettre en danger quelqu’un.

maison mèreRevenons, pour terminer, à vos sources d’inspiration? il y a eu vos voyages à Athènes et à Kassel…mais aussi des lectures on suppose?
Pour cette pièce-là, j’ai vraiment essayé de comprendre quelle était la question qui m’était posée et du coup je me suis replongée dans la mythologie grecque, bien sûr…j’ai fait des lectures diverses pour comprendre à quel endroit nous plaçons la figure de cette république d’Athènes ; autour de tous ces textes dont on se glorifie et qui représentent pour nous la Grèce…Notre héritage européen contient de cela. Et puis, d’un autre côté, j’ai lu beaucoup de documents sur Kassel, sur ce qui s’est passé en Allemagne, et donc j'ai consulté beaucoup d’histoires de l’avant-guerre, à propos de la République de Weimar. Je n'ai pas tellement lu de romans ou de textes qui pouvaient m'inspirer de par leur univers narratif mais surtout des textes documentaires qui m’ont permis de comprendre si je répondais à la question et si je la comprenais bien. Je me suis plongée dans des livres historiques et d’analyses sociologiques ou anthropologiques de ces deux sociétés avant d’écrire.

Pour vous, c’est donc un passage nécessaire cet aspect théorique…que vous digérez et dont vous avez besoin pour partir ensuite dans l’imagination?
Oui, parce qu’en fait, je me rends compte au fur et à mesure des années que j’ai un imaginaire qui marche plutôt bien…et ce n'est pas tellement là que j’ai besoin de me nourrir ou de puiser des idées ailleurs …Je m’aperçois que mon imaginaire est tissé de plein de racines et qu’il me faut comprendre d’où viennent ces racines.. Par exemple, lorsque j’ai commencé à faire « Maison Mère », je me suis rendue compte de ma nette filiation - dans le sens de pensée artistique - avec l’artiste allemand Joseph Beuys. J'ai réalisé que j’étais de manière flagrante dans le même esprit de pensée que cet artiste des années 60-70.

Je reconnais que j'ai de plus en plus besoin de trouver le sens profond de ce que je crée pour pouvoir me dire  "OK tous ces actes que je produis ne sont pas gratuits".

Contes immoraux / Partie 1 – Maison Mère
Ecriture et dramaturgie : Phia Ménard et Jean-Luc Beaujault
Scénographie : Phia Ménard 
Interprétation : Phia Ménard
Composition sonore et régie son : Ivan Roussel
Régie plateau : Pierre Blanchet et Rodolphe Thibaud
Costumes et accessoires : Fabrice Ilia Leroy
Photographies : Jean-Luc Beaujault
Co-directrice, administratrice et chargée de diffusion : Claire Massonnet
Régisseur général : Olivier Gicquiaud
Chargée de production : Clarisse Merot
Chargé de communication : Adrien Poulard 
 Attachée à la diffusion : Anaïs Robert

Production : Compagnie Non Nova.
Coproduction : documenta 14 – Kassel et Le Carré, Scène nationale et Centre d’Art contemporain de Château-Gontier.

La présentation de la performance dans le cadre de la documenta 14 en juillet 2017 a été possible grâce au soutien de l’Institut Français et de la Ville de Nantes.

La Compagnie Non Nova est conventionnée et soutenue par l’État, Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) des Pays de la Loire, la Ville de Nantes et le Conseil Régional des Pays de la Loire. Elle reçoit le soutien du Conseil Départemental de Loire-Atlantique, de l’Institut Français et de la Fondation BNP Paribas.

La Compagnie Non Nova est artiste associée à l’Espace Malraux Scène nationale de Chambéry et de la Savoie, au Théâtre Nouvelle Génération - Centre Dramatique National de Lyon, au Théâtre National de Bretagne et artiste-compagnon au centre chorégraphique national de Caen en Normandie.

www.cienonnova.com
Durée : 1h30


Crédit-photo: JeanLucBeaujault 

Dates et lieux des représentations: 

- Les Jeu. 05 & sam. 07 juillet 2018 à 18h à Studio Bagouet / Agora ( Boulevard Louis Blanc, Montpellier Danse)
- Les 15 et 17 novembre 2018 au Théâtre National de Bretagne, Rennes (35)
- Le 5 mars 2019 au Théâtre d’Orléans (45)



- Le 4 avril 2019 à Le Carré, Scène Nationale de Château-Gontier (53)
- Les 13, 14, 16, 17, 18 Mai 2019 à Nanterre-Amandiers, Centre dramatique national (92)

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