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3-4 petites pièces pour vélo : Vincent Warin pédale en poésie

Écrit par Victor Waque Catégorie : Cirque Mis à jour : jeudi 28 décembre 2017 14:22 Affichages : 651

trois quatre piècesPar Victor Waqué - Lagrandeparade.fr/ Un homme au sourire candide fait du vélo. Il tourne inlassablement sur la scène du théâtre Jean Vilar de Montpellier, dans une circularité quasi parfaite. Rien ne semble plus beau pour lui que de pédaler. Tout à coup une voix lui ordonne de se comporter en piéton et, progressivement, tout va se déliter. Croisez les jambes « par devant », lui dit la voix, « par derrière » ! Lui va appliquer ces injonctions sur son vélo, pédalant les jambes croisées, passant d'une pédale à un pegs (repose pied situé au centre des roues), d'un pegs au guidon, volant littéralement. Le personnage béat s’exécute sans jamais se séparer de son vélo, avec une légèreté toute poétique. 

Tout dérape réellement lorsque la voix questionne le personnage : « Tu ne vas pas faire du vélo toute ta vie ? ». Alors qu'un carré de lumière au sol l'encercle, la détresse s'affiche dans les yeux du cycliste, qui ne sait plus que faire, enchâssé dans le jugement de cette voix. Il va alors prendre la décision de se détacher de son vélo pour, on l'imagine, faire autre chose de sa vie (conduire une voiture par exemple comme l'indique l'auto télécommandée qui vient le menacer). Cette vaine démêlée de lui même contre lui même nous montre à quel point il y est attaché. C'est alors qu'il étale toute sa virtuosité, et on ne peut contenir un « wouaw !» à le voir tourner inlassablement sur scène. La relation passionnelle à son vélo transpire pendant tout le spectacle. Et lorsqu'il pose de doux baisers sur ses pneus, on comprend bien que oui, comme il l'affirmera progressivement « Il fera du vélo toute ta vie ».

Cette déclaration d'amour se traduit par une relation toujours plus étroite entre l'homme et son vélo. En équilibre instable, il est assis sur son guidon. Puis il se lève à la verticale, un pied sur le guidon, un pied sur la selle. Ou encore, juste incroyable, il roule alors que son guidon ne cesse de tourner sur lui même dans une course effrénée. Comment est-ce possible ? Peu importe à vrai dire, car c'est toute la source de notre émerveillement.
Mais il faut noter que ce vélo n'est pas classique. C'est un BMX, engin de petite taille qu'on utilise pour faire du freestyle : des sauts sur rampe ou des figures dans la rue. Et justement, l'artiste Vincent Warin est un expert : il était vice champion du monde de BMW freestyle en 1991. Il utilise désormais ses talents pour susciter des émotions sur scène. Pleinement réussi !
Alors que le personnage par ses comportements atypiques ne cesse de nous faire rire, il se déploie dans des situations absurdes pleines de poésie. C'est exactement ce qui se passe lorsque le vélo est transformé en instrument de musique : posé au sol sur la selle et le guidon, l'artiste tape sur les pegs et les jantes avec rythme puis gratte, frotte le câble de frein pour produire des sons toujours différents. Il finira ce solo pour BMX par... de la harpe. Alors que la roue avant tourne, il passe ses doigts sur les rayons, avec la délicatesse du musicien.
Lorsque le vélo n'est pas un instrument de musique, il est porté, jeté, transporté, tiré par une corde. Ce n'est plus un vélo, mais un objet magique plein de possibles.

Si « Trois quatre pièces pour un spectacle » a une histoire, et peut nous amener à réfléchir autour de grandes questions existentielles, c'est avant tout une ode à la sensation. Dans cet environnement minimaliste, nous sommes transportés dans un ailleurs extatique. Chaque élément prend une importance capitale, que ce soit le bruit du frottement des rayons lorsque le vélo avance, ou la chaude lumière qui sanctuarise la prestation. La compagnie 3.6/3.4 renouvelle notre regard sur le quotidien le transformant en objet d'art. Même la lumière des jantes qui se reflètent sur scène devient enivrante, et on ne se lasse pas de regarder ces formes « spiralaires ».

Après ce spectacle, quitter le théâtre Jean Vilar laisse une empreinte spéciale d'autant plus lorsque l'on rentre chez soi... en vélo. Car une chose est certaine, cet objet banal s'est métamorphosé en inducteur poétique. C'est donc tel un artiste que certains ont du parcourir, sur le retour, le macadam Montpelliérain à bicyclette. Après avoir pris conscience du plaisir incroyable de simplement rouler, vient le désir d'aussi danser avec son vélo...

3-4 petites pièces pour vélo

Vélo BMX : Vincent Warin
Mise en scène : Jean-Pierre Carrus
Création lumière : Moïse Hill
Création son : Thibault Quinon
Création costumes : Aurore Thibout
Régie générale : Franck Loumi
Régisseur lumière : Moïse Hill
Technicien son : Johann Simon
Régisseur scène : Alexis Quinet
Collaboration artistique : Mark Tompkins, Kilina Cremona et Angelina Lamouret Musiques : John Cage, György Ligeti, Gérard Grisey et Régis Campo. 


Durée : 1h 

© Stéphane Coupé

Le site de la compagnie 

- Découvert en décembre au Théâtre Jean Vilar à Montpellier (34)