Play with Me : le nouvel artbook fascinant de Nicoletta Ceccoli

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Illustration Mis à jour : mercredi 16 mai 2018 05:26 Affichages : 557

NicolettaPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ "Play with me" est le troisième Artbook de Nicoletta Ceccoli, après "Beautiful Nighmares" et "Daydreams". Plaisir de retrouver l’univers superbe de cette artiste italienne aux jeunes filles à la peau translucide et aux moues d’enfants sages qui évoluent dans des scènes où la candeur des décors et des personnages, la douceur des couleurs laissent toutefois transparaître une seconde lecture moins naïve où le désir, voire la perversion, et la douleur s’invitent aussi dans des postures, des gestes, des rhizomes de sens tissés avec des contes, des mythes.

Candyland, première partie de ce recueil d'images, nous promène dans un monde empli de sucres d’orge, de bonbons acidulés, de cornes de glace, de pains d’épice…Une cavalcade sur le dos d’une étrange créature à la couleur de sucre-glace, une dégustation de pain d’épice à la larme apparente, une heure nonchalante sur une balançoire complice, une reine des glaces, une Bloody Mary saisissante. L’oeil curieux accroche les détails et perçoit toute la cruauté latente de cet univers en apparence sucré. On se croque, se consomme, se blesse…et cette gourmande promenade devient une métaphore troublante du sexe et de l’amour, tout à la fois source de délices exquis et de blessures inconsolables.

pandore

Wild Beauties offre de superbes portraits : une nymphe des bois, aux cheveux tressés de fleurs et entourée d’abeilles; une Alice songeuse et son lapin, une play with me Loreleï nue serrant une immense poisson rouge dans ses bras, une boîte de Pandore inquiétante, un délicieux chaperon rouge hybride…Ici se mêlent innocence et noirceur en contrastes sublimées par la délicatesse du trait de l’artiste et son choix d’accessoires porteurs de sens.

Come Play with me décline un autre thème cher à l’artiste : les jouets. On croise une jeune fille en robe jaune éplorée devant un soldat de plomb mort sur le champ de bataille, un monde dans lequel tout se remonte avec une clé, un lapin anxieux de la piqure qui l’attend mais «  it’s only a game! » , un lapin conteur, une sublime reine de carreaux, une jupe-théâtre de marionnettes, un Pinocchio malmené par une petite fille sadique…Des regards aussi profonds que mélancoliques, l’envers du décor et la perte de l’innocence latente dans chaque page emplie de créatures aussi fantastiques qu’inquiétantes…Derrière leurs boucles sages et leurs robes de petites filles modèles, assurément, ces enfants-poupées questionnent et dérangent.

Le dernier volet, intitulé  Tales from Wonderland joue avec le décorum du Pays des merveilles…D’une robe marquise qui n’est accessible que si l’on en a la clef à un jupon aux tentacules de pieuvre, les princes n’ont qu’à bien se tenir…! Vous y rencontrerez également une sorcière vampirisante, des jardins merveilleux, quitterez à regret Lady Blue Bell, superbe naïade au plus profond des océans…

Play with me Mais l’avantage d’un livre, c’est qu’on peut retourner y faire des balades au gré de nos fantaisies et plonger encore et encore dans ces illustrations fascinantes pour y dénicher de nouveaux détails et formuler de nouvelles interprétations…à l’envie!

Play with Me
Collection : Métamorphoses
Editions : Soleil
Auteur : Nicoletta Ceccoli
Prix : 29,95€
Parution : 21 mars 2018

 

Ceccoli

 

lay blue bell

Petite biographie :

Nicoletta Ceccoli est née et vit toujours dans la République de Saint-Marin, au nord-est de l’Italie. Elle a étudié l’animation à l’Ecole des Arts d’Urbino en Italie. Illustratrice de livres pour la jeunesse, cette jeune femme a publié trois artbooks aux Editions Soleil dont le troisième vient tout fraîchement d’éclore. En 2001, elle a été récompensée du Prix Andersen; en 2006, a reçu la médaille d'argent de The Society of Illustrators. Elle est notamment l'auteure de la couverture du Prédicateur de Camilla Lackberg, et, après avoir illustré les couvertures des romans de Mathias Malzieu, elle est devenue le character designer du film "La mécanique du cœur".

Ci-contre : Lady Blue Bell ( in Play with me) 

 

 

 

 

Lors de la parution de Daydreams, nous avions interviewé Nicoletta Ceccoli : 

L’univers de Nicoletta Ceccoli, métaphorique et nimbé de références enfantines, séduit par ses contradictions intrinsèques: les fillettes graciles à la peau translucide qu’elle met en scène, princesses aux boucles sages savamment ordonnées, incarnent une innocence qui se bat contre un monde déjà plein de malice. Dans Daydreams, Nicoletta Ceccoli détourne les rêves, la gourmandise, daydreamsles jouets ou encore le personnage d’Alice de Lewis Carroll et nous montre l’envers du décor des histoires de petites filles. Si les mises en scène réveillent notre imagination et nous invitent dans un monde merveilleux attirant, chaque dessin est l’amorce d’un péril: la mort rôde souvent, se parant d’étonnantes couleurs pastels, les légumes saignent sous le couteau criminel, les jupes « s’envaguent » et abritent des dragons…bref, un livre superbe qui vous donnera l’occasion de passer des heures d’analyse subjective pour trouver du sens à ces toiles étonnantes. On avait aimé Beautiful Nightmares, on adhère tout autant à cette nouvelle aventure picturale: rencontre avec une dessinatrice aussi mystérieuse que brillante!

Les quatre parties de ce nouvel Artbook sont-elles nées après observation de vos dernières productions ou vos dessins ont-ils été conçus pour entrer dans une de ces quatre parties ?

Le livre a été créé autour d’images qui existaient déjà, mais j’ai conçu ces derniers mois d’autres images qui pouvaient enrichir les thèmes du livre, en particulier celui sur les desserts.

Toy Stories et ses jouets , d’abord, aussi séduisants que dangereux : vous êtes- vous inspirée d’objets de votre enfance pour créer vos images ou , au contraire, justement, avez-vous brodé avec des jouets imaginaires que vous n’avez jamais eu en votre possession?
Je mets en scène avec des jouets les joies et cauchemars de l’enfance. J’adore la mythologie : sa fantaisie irrépressible, la question de la métamorphose des créatures de ce monde et l’humanisation de toutes choses. Aussi, je recrée avec ces jouets une sorte de mythologie. Comme font les enfants donc, pour lesquels il n’y a aucune différence entre un vrai ami ou un jouet, tout est également «réel» dans le monde que je crée. Notre imagination nous relie aux mystères de la vie, à la vraie partie de nous-mêmes. Mes personnages, jouets et poupées, expriment franchement la cruauté, la solitude et la fragilité, et en même temps la beauté et la folie. Mon travail parle le langage de la douceur de l’enfance, mais avec un côté sombre qui trahit mes angoisses les plus profondes.

Comment naissent vos images? de flashs? de vos propres rêves? de thèmes que vous déclinez et qui, par tâtonnement, finissent par faire éclore d’étonnantes mises en scène?

Tout ce que je vois et dont je fais l’expérience nourrit mon inspiration : contes de fées, poésie, peinture, littérature. Quand je vois poindre un soupçon de bonne idée, j’esquisse un dessin puis je le laisse un peu de côté et si, après quelques jours, l’idée me semble encore valide, je la développe mieux. Lorsque je tente une idée, je ne pars pas d’une expérience personnelle. Seulement, après que la peinture soit terminée, je me rends compte souvent combien la conception est dérivée de mes sentiments. C’est un peu comme un rêve, je suis mes intuitions sans savoir vers où je me dirige ou ce que je vais rencontrer le long du chemin…

daydreamsL’un des chapitres se nomme Heavenly Nightmares: c’est étrange…puisque toutes vos œuvres semblent pouvoir s’insérer dans ce chapitre-là, non?

Oui, c’est vrai que tout mon travail est un peu poétique et dérangeant. Mes oeuvres jouent avec les contradictions, de même qu’une comptine a ses côtés sombres, ils représentent des rêves emplis de choses aimables avec une pointe d’obscurité.

La dernière partie est consacrée à Alice qui est le syncrétisme parfait de toutes vos obsessions artistiques, non? Eat me Drink me , le titre de la seconde partie, est également un clin d’œil à Alice, non?

Mes filles sont toutes un peu Alice, aux prises avec un corps en mutation, un monde en constante métamorphose. Un monde qui est illogique et incontrôlable dans sa nature même. Wonderland est un univers où tous les sentiments et les émotions existent au-delà des règles et des conventions. Ici, le cours normal des choses est bouleversé, encore et encore, d’une manière inhabituelle. C’est là que nous essayons de trouver notre identité et nos rêves. « Eat Me, Drink Me » est une scène représentant deux amants ayant l’intention de faire un petit déjeuner dont ils seront eux-mêmes la nourriture. Un jeu doux entre deux amants.

On y découvre Barbara : une image-hommage à votre éditrice Barbara Canepa? qui est fan de sucres d’orge?

Oui, il s’agit d’un hommage à Barbara, un Eden de douceur un peu cruel, comme son univers.

La cuisine, dans cet artbook, devient le lieu de violences terribles. Les victimes sont uniquement des légumes…parce que vous n’imaginiez pas mettre un poulet vivant ou une écrevisse dans les mains d’un enfant avec un couteau? C’était trop violent comme image?

Manger nos semblables est un sujet tabou dans notre culture et humaniser la nourriture donne un effet un peu choquant et drôle ; j’ai pensé aux végétariens : c’est vrai que j’aime l’horreur mais toujours en y insérant de l’humour . J’ai pensé aussi à tout ce qui nous alimente : nous commençons d’abord par être alimentés par l’intermédiaire du cordon ombilical, nous nourrissant d’aliments que génère notre propre mère, puis nous sommes nourris avec le lait de son sein. Je voulais montrer aussi que la nutrition, ainsi que l’acte sexuel, est l’une des plus grandes sources de satisfaction émotionnelle. Une source de plaisir et une source de culpabilité. Je me suis concentrée en particulier sur la question des bonbons dans mes récents travaux. Ces dessins sont spécifiquement conçus comme une célébration des plaisirs et des appétits de la vie. Il y a un sentiment de culpabilité qui plane au-dessus de tout, un murmure d’inquiétude dans un monde enrobé de sucre, de plaisir et de satiété. Je voulais rappeler les conséquences de ce qui allait se perdre dans ce pays des merveilles, de plaisirs insouciants, éphémères, transitoires .. Malgré la première impression de douceur et de lumière, les gâteaux sont ici une métaphore du désir qui n’est pas toujours mieux satisfait d’ailleurs….

dayLes petites filles n’ont pas toujours le même rôle dans la chaîne culinaire: tantôt elles mangent, tantôt elles sont mangées…de nombreuses images de cette partie expriment de façon très marquée la perte de l’innocence et le passage à l’âge adulte. Aviez-vous envie d’images plus lisibles par les adultes dans ce volume?

Oui, je les imagine davantage en direction d’un public adulte. Souvent mes histoires parlent du mystère de l’adolescence. Le passage de l’enfance à l’âge adulte, lorsque l’innocence disparaît et donne l’idée de péché. Mes filles à l’apparence innocente ne sont pas pleinement conscientes de leur sensualité. Avec ma façon ludique de mettre en scène , j’aime l’idée de suggérer une séduction espiègle . Certaines de mes œuvres rappellent l’iconographie des martyrs comme « Just Desserts» : Saint Sébastien, Sainte Thérèse , le corps percé par la douleur, apparaissent dans les affres du plaisir en même temps. Les corps des martyrs sont punis et tourmentés, aussi blessés et tourmentés qu’exprimant leur présence sensuelle.

Beaucoup de références musicales dans ce livre? Composez-vous en musique?

J’ai mis les titres des chansons que j’aime, avec quelques dessins en hommage à The Cure et Joy Division ; j’ai grandi avec leurs chansons.

Pourriez-vous, pour conclure, nous expliquer, par exemple, l’histoire de votre illustration nommée » Love Will tear us apart »?

Le titre est une chanson de Joy Division et, en regardant l’image, je me demande si la princesse est désespérée à l’idée que son amant fait naufrage dans ses jupons ou si elle désire l’éloigner avec ses propres monstres.Je vivais des sentiments similaires quand je l’ai conçue. Mais comme chaque lecture est intéressante et possible selon moi, les images devraient être été laissées à l’interprétation libre de celui qui les regarde. Et puis je pense toujours que les mots enlèvent du mystère aux images alors je n’en dis pas plus …..

Daydreams

Nicoletta Ceccolli – Editions Soleil
Artbook
24,95 € – 96 pages

daydreams

 

Beautiful Nicoletta Ceccoli, entre beauté et cauchemar

En 2010, nous avions interviewé Nicoletta Ceccoli pour son premier artbook publié : Beautiful Nighmares

Il est des êtres dont les créations vous émeuvent profondément. Nicoletta Ceccoli est une illustratrice-peintre de cette matière-là. Les jeunes femmes opalines qu’elle dessine sont aussi inquiétantes que merveilleuses. A mi-chemin entre douceur et cruauté, ses sirènes ne manquent pas de grâce. Chaque oeuvre de l’artiste est une porte extraordinaire vers un univers de tous les possibles. Un monde ambivalent où les princesses ne sont plus soumises, les sorcières ont des visages angéliques et l’animal, le végétal et l’humain s’embrasent pour former de drôles de créatures fascinantes. Pas étonnant donc qu’une Reine de l’imagination comme Nicoletta Ceccoli ait vu son art consacré dans un ArtBook, Beautiful Nightmares. Rencontre avec une jeune femme spontanée et passionnée, accueillante et passionnante……accompagnée d’un portfolio de ses divagations dont vous sortirez assurément charmé. 

Un artbook, c’est une reconnaissance dans le milieu artistique touchante, non?

Oui, qu’on m’offre la possibilité de créer ce livre d’art avec mes illustrations personnelles a été une belle récompense. Je ne m’attendais pas à une telle opportunité… Quand Barbara Canepa, la directrice artistique du label Venusdea m’a proposé de créer cet Artbook, cela a sonné comme un rêve. Je remercie Barbara et Soleil (l’éditeur) pour leur confiance. Ils me donnent la chance de partager avec d’autres mon monde personnel, au moins avec tous les gens qui seront intéressés par la découverte de cela par le biais de ce livre. Je sais que j’ai eu de la chance! 

Beautiful nightmares, le titre de votre artbook, cherche-t-il à exprimer votre propension à dessiner dans un cadre onirique?

J’ai choisi ce titre parce que j’ aspirais à réunir les deux « âmes » de mon travail: la beauté et le cauchemar. Je constate souvent que mes images sont appréciées pour leur apparence de confiserie agréable mais j’ai tendance à toujours y ajouter un peu d’allusion au danger qui s’oppose à ce calme apparent et cette douceur.

Petite, vous aimiez les bonbons, les jolies robes et la magie?

Du plus lointain de mes souvenirs, j’ai aimé toutes ces « choses de filles » . J’ai été élevée dans une région où je me souviens que nous avions des animaux agréables, des pigeons, des poulets, des corneilles apprivoisées. Mon père aime des animaux. C’est un artisan qui travaille le bois et il est la partie créative de ma famille. J’ai passé mon enfance à dessiner , à créer des objets, des jouets, objets faits de mes mains dans son laboratoire. Ma mère était institutrice et je me souviens qu’elle m’entourait toujours de beaux livres d’enfant. En grandissant j’ai continué simplement à acheter des jolies choses parfumées d’amour. Aujourd’hui, cela fait 15 ans que je travaille comme illustratrice de livres pour enfant. 

adagiaOn trouve beaucoup d’animaux étranges où s’accrocher, à chevaucher, pour bavarder….d’où vient ce goût des monstres? 

Je pense que les monstres ont toujours séduit. Ils sont plus intéressants à peindre que les créatures communes. Nous avons une attraction/répulsion spéciale pour tout ce nous craignons. C’est pourquoi l’horreur dans les films et la littérature est si populaire. J’aime ce genre aussi. Pour remonter plus loin dans le temps, j’ai un amour particulier pour les créatures mythologiques et les bestiaires médiévaux comme celui du naturaliste Ulisse Aldrovandi du 15ème siècle; ce dernier m’a beaucoup inspiré visuellement. Il a créé une encyclopédie pleine d’ animaux/monstres réels et imaginaires . Dans ce cas, l’illustration scientifique était une vraie forme d’art. 

Travaillez-vous sur la symbolique? Vos images ont-elles un sens psychanalytique? 

J’ai un amour particulier pour le surréalisme et le symbolisme dans l’art mais quand je crée ou pense à une idée, je préfère ne pas être vraiment consciente d’explications psychanalytiques que l’on pourrait trouver derrière ce que je fais. Je préfère suivre une inspiration libre , la suivre comme un rêve. Après qu’une pièce est finie, je vois bien qu’on peut y trouver des significations cachées mais je préfère laisser celles-ci aux interprétations libres de chacun parce que je ne suis pas accrochée à une réponse seulement. Des explications ôteraient le mystère des images.

Beaucoup de princesses…un complexe de Cendrillon? 

Je n’ai jamais pensé à cela; mais c’est une possibilité si vous voyez cela dans mes peintures. Mais une de mes princesses, Contrary Marie, est le portrait d’une princesse qui ne semble pas avoir besoin d’un prince pour être sauvée. Elle est même le monstre dont le prince a besoin de se protéger. 

Pourriez-vous nous expliquer de quelle façon vous travaillez? 

Je représente d’abord un personnage brut et rassemble ensuite les documents nécessaires pour le dessiner. Lors de ce travail de collecte, les idées changent mais une peinture concrète précise ensuite le contenu.

Seulement des filles dans votre recueil: pourquoi? Explorerez-vous bientôt la beauté mystique des garçons? 

Je sens que ces images sont toutes des portraits de moi, de mes craintes .Beaucoup de gens disent aussi que ces princesses aussi me ressemblent du point de vue du visage. C’est probablement parce que c’est le visage que je connais le mieux.

lucyExpliquez-nous votre chapitrage: A-t-il été facile de classer vos oeuvres?

Je pense que cette idée de diviser en chapitres était utile pour donner une structure au livre, mais toutes les images ont une humeur commune... De toutes façons, je me suis rendue compte qu’il y avait quelques sujets récurrents comme la présence de jouets animés dans certains et des insectes/animaux ou des fleurs / des fruits dans d’autres alors j’ai décidé de les diviser dans des sections comme  "le fruit défendu", "des enfants dans le pays des jouets "….cinq sections en tout. 

Treegirl, Adagia, Eliza on the shore, Angelica….. autant d’enfants différentes mais un visage commun, teint diaphane et yeux clairs: pourquoi?


Je peins souvent des filles qui ont une apparence délicate, pâle et fragile, mais sous la surface, se cache la cruauté. J’aime réunir ces deux côtés, la Belle et la Bête, lorsque le regard est pâle délicat et fragile, il a aussi un côté caché qui est monstrueux. Vous pouvez voir cela dans beaucoup de mes pièces comme dans  "seek and Hide" où une fille blonde pâle cache des jambes félines.. Les filles dans mes peintures expriment une nostalgie délicate. Vanité ou fragilité, cruauté et beauté simultanément .. je sens ces filles, comme mon autre moi, à cheval entre l’enfance et le monde adulte… peut-être parce qu’à l’intérieur de moi, je ne ne sens pas une adulte encore.


Vous jouez avec les formes, vous transformez une tête en ballon, une jupe et ses jambes en arbre etc…on pourrait parler de paronymie illustrative, non?


Oui, pourquoi pas… c’est vrai que , souvent, les images que je fais naissent d’un jeu que je fais avec les formes et les mots.

Racontez-vous aussi des histoires en mots? Pourrait-on connaître celle de « The Ice Princess »?


Derrière cette image, il y a une histoire d’une princesse dont le mari n’a pas pu toucher ses sentiments. Il a essayé par beaucoup de voies mais ne peut pas trouver un moyen de la laisser exprimer ses sentiments. J’ai voulu peindre un hiver de sentiments avec cette fille prise au piège dans une tour de glace. 

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre parcours artistique ?

J’ai suivi une école d’art située à l’intérieur du palais ducal d’Urbino, du 15ème siècle, en Italie…. Un lieu magique où le temps semble s’ arrêter. Ma passion pour l’art classique vient de l’air et de l’art que j’ai respiré là … où sont aussi exposées quelques peintures du peintre que j’aime le plus, Piero Della Francesca. La ville entière d’Urbino est un musée en plein air, tout est … antique, éternel. Mon intérêt pour illustration s’est révélée naturellement dans cette école d’art dès mes premières années scolaires. 
J’ai toujours ressenti le désir de raconter des histoires avec mes illustrations, de créer mes propres mondes pour vivre d’autres vies, différentes et plus magiques que la réelle.

Crédits-Images : Nicoletta Ceccoli - Editions Soleil - Métamorphoses