Bettina Rheims : une série de polaroïds féministes d'une intensité saisissante

Écrit par Delphine Caudal Catégorie : Expos Mis à jour : samedi 24 mars 2018 11:51 Affichages : 452

Bettina ReimsPar Delphine Caudal - Lagrandeparade.fr/ Une exposition pour le moins inattendue à l’Atelier Martine Aublet au Musée du Quai Branly. La femme, de chair et d’os, se mêle aux sculptures africaines, symbole de féminité et de fécondité. Le souhait de bousculer le traditionnel, de promouvoir la lutte féminine, de donner forme et énergie aux revendications … Bettina Rheims propose une série de polaroïds intenses, donnant parole aux corps et aux visages de femmes connues et moins connues. C’est un travail admirable, saisissant, captivant, qui prend place au Musée Jacques Chirac.

Femme photographe de la femme (..). Des femmes est plus juste. De femmes qui ne se réduisent pas à une allégorie de la beauté ou du désir, comme on en a tant vu depuis l’invention de la photographie.

Dans un espace de 170m2, sont exposées une trentaine d’œuvres. La visite débute par la photographie couleur d’une femen, pour sa série Naked War. On peut lire le titre de l’exposition, citation du poète latin Pétrone « Vous êtes finies, douces figures » sur le haut de sa cuisse. Sur son buste « Délivrez-nous du mâle ». La tonalité du travail de Mme Rheims est donnée, le désir féminin prend possession de l’espace. Se succèdent des polaroïds de femmes à moitié dénudées, dans des robes de hautes coutures, déchirées par endroit… Et on sourit de plaisir en découvrant les visages connus de Laeticia Casta, Kristin Scott Thomas. Ce sont ses « Heroïnes », des femmes à la posture et aux regards frappants.

Variations du « Radeau de la Méduse « ? questionne Philippe Degan, historien et critique d’art, dans sa discussion filmée avec la talentueuse photographe.  « Peut-être » répond Bettina Rheims. Ce que l’artiste souhaite faire comprendre, c’est que la photographie n’a rien d’instantané et repose sur un travail minutieux. La toile de fond utilisée pour la série « Héroïnes » n’est autre qu’une inspiration de l’atelier de Giacometti, sculpteur et peintre suisse né en 1901. Des couleurs grises magnifiques qui se mêlent à un blanc sale, avec un effet délavé… Le bleu des veines est accentué, le rouge des mains vivifié, Bettina a demandé à la maquilleuse d’intensifier les défauts.

Les femmes ont l’air d’avoir des cernes, et d’avoir mauvaise mine parfois, mais il y a des heures de maquillage. Il y des pinceaux qui repassent les veines en bleu, et qui repassent les tâches. Tout est préparé.

Des statues et des masques africains, provenant du musée, jalonnent l’exposition et séparent les polaroïds. C’est une conversation intéressante entre diverses représentations de la féminité, qui prennent également place dans le quotidien de l’artiste. Le film projeté dans l’atelier (Entretien entre Bettina Rheims et Philippe Dugan réalisé à Paris le 25 janvier 2018 par Rémi Crépeau) explique en une quinzaine de minutes la force et l’utilité du polaroïd. Quelle jolie visite, il en émane un délicieux sentiment de liberté…tout simplement épatant.

Exposition Bettina Rheims - « Vous êtes finies, douces figures »

- Du 20 mars au 3 juin 2018 au Musée du Quai Branly – Jacques Chirac - Atelier Martine Aublet ( 37 Quai Branly, 75007 Paris)