Nouvelle génération, la bande dessinée arabe aujourd’hui : vitalité, diversité et talent !

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Expos Mis à jour : mardi 30 janvier 2018 22:03 Affichages : 594

ArabePar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ La quarante-cinquième édition du Festival international de la BD a mis en lumière les créateurs arabes au musée de la Bande dessinée qui accueille jusqu’en novembre 2018 une exposition intitulée « Nouvelle génération » sur la « BD arabe d’aujourd’hui ».

Vient de paraître à cette occasion également, « Short », un recueil de récits dessinés réunissant 27 artistes arabes ( provenant du Liban, Tunisie, Maroc, Irak, Algérie, Jordanie, Egypte et Syrie) et publié chez Actes Sud.
Lors d'une visite presse et en présence du commissaire de l’exposition (Jean-Pierre Mercier) et de trois artistes exposés ( Seïf Eddine Nechi, Annassi Mehdi et Mohammed El Bellaoui), ces derniers ont expliqué combien le Printemps Arabe avait fait bouger les choses et éclore de nombreux festivals. C’est d’abord le Liban qui a constitué un foyer particulièrement actif de création dans le neuvième art : la revue Samandal (Salamandre), fondée en 2007, compte aujourd’hui plus de cent contributeurs. En Tunisie et en Egypte, en 2011, les changements de régime et la fin des dictatures ont autorisé les dessinateurs locaux à mettre en route les revues Tok-Tok au Caire et Lab 619 à Tunis. En 2013, la revue Skefkef est lancée à Casablanca. A Alger, se tient un  Festival international de bande dessinée depuis 2007 et depuis 2015, le Cairo Comix a débuté en Egypte. Les titres des revues tiennent à la fois du gag et de l’imprégnation de l’imaginaire populaire et urbain : le tok-tok est ainsi un véhicule semblable au Tuk-tuk indien qui se faufile dans les embouteillages continuels du Caire; le skefkef n’est autre qu’un sandwich populaire au Maroc ( qui a permis des slogans du genre : «  moins cher qu’un sandwich et plus nourrissant! ») et le 619 du Lab s’avère le code-barre des produits tunisiens.

Bande dessinéeCes fanzines collectifs à nature collaborative sont essentiellement écrits en dialectes locaux plutôt qu’en arabe dit littéraire. Si cela facilite leur encrage dans leur environnement, cela complique la diffusion dans les autres pays arabes. A cela s’ajoute la réalité d’une marché de l’édition compliqué ( « le contrat et le circuit d’édition sont complexes » ) et une censure qui reste bien présente.

Ce qui nous a frappé immédiatement lors de la visite de l’exposition et de notre rencontre avec les auteurs, c’est leur engagement et leur énergie. « Le défi actuel, c’est d’exister » affirme Mohammed El Bellaoui. Mais aussi combien nos clichés sont balayés - Jean-Pierre Mercier raconte ainsi combien la parité des sexes était patente au Festival Cairocomix en Egypte (... il suffit de se promener dans les bulles à Angoulême pour percevoir que la bande-dessinée européenne, pour l'instant, a à son actif une très grande majorité d'hommes ; preuve que le support, dans les pays arabes, a été saisi comme une opportunité de s'exprimer par la gent féminine). Artistes pluridisciplinaires ( beaucoup font également de l’illustration et du street-art car l'on ne vit pas de la bande-dessinée dans les pays arabes), Mohammed El Bellaoui ajoute que « c’est plutôt la bande-dessinée qui nourrit leur travail ailleurs que le contraire. » Les thématiques abordées dans les fanzines sont plurielles et proviennent essentiellement des sujets de société. Evocation du quotidien des grandes villes, récits autobiographiques et de l’intime, détournement des codes, hommage à la mythologie arabe, manifeste contre les clichés du monde arabe véhiculés par le cinéma d'antan ( « la tente, le chameau, le désert…ça n’est pas que ça le monde arabe! ») , cette nouvelle génération d’auteurs connectés n’hésite pas à user d’auto-critique et d’humour noir et à surfer sur tous les genres.

En résumé? Depuis une quinzaine d’années, les pays du Maghreb et du Levant voient se développer de nouvelles formes de bande dessinée, qui s’éloignent de la production des années 1950 à 1980. Cette exposition présente la "nouvelle scène" de la bande dessinée arabe au travers de planches originales aux univers diversifiés ( où l'on se laisse épater par l'esthétique et/ou la poésie du dessin ou encore l'originalité du séquençage et du scénario...), de plusieurs dizaines d’exemplaires de revues, d’albums individuels ou collectifs des nouveaux acteurs et actrices de la bande dessinée arabe. Une cinquantaine d’auteurs provenant d’Algérie, d’Égypte, d’Irak, de Jordanie, du Liban, de Libye, du Maroc, de Palestine, de Syrie et de Tunisie sont - en tout - mis en valeur dans une scénographie intelligente qui use d'un système de couleurs pour différencier les pays évoqués. Une exposition à voir assurément ! 

Nouvelle génération, la bande dessinée arabe aujourd’hui

Exposition présentée du 25 janvier au 4 novembre 2018

Par la Cité en coproduction avec l’Institut français de Paris, en lien avec les Instituts français de la région "monde arabe"

Au musée de la bande dessinée ( quai de la Charente, Angoulême)