Exposition : Pasteur, roi de la découverte, à l'honneur dans une scénographie remarquable

Écrit par Guillaume Chérel Catégorie : Expos Mis à jour : lundi 18 décembre 2017 23:03 Affichages : 699

pasteurPar Guillaume Chérel - Lagrandeparade.fr/ Plus de soixante-dix ans après la précédente exposition qui lui a été consacrée, le Palais de la découverte choisit de remettre Louis Pasteur sur le devant de la scène, entouré des autres protagonistes de cette histoire, qui avaient été quelque peu oubliés. La forme théâtrale se prête ici à rendre vivants les découvreurs, leurs échanges et leurs joutes. Elle fait écho aux mises en scène qu’affectionnait Pasteur pour faire connaître ses travaux et convaincre son auditoire.

Des millions d’enfants, devenus adultes, ont été émerveillés lors de leur visite au Palais de la découverte, un des plus beaux musées, et centre culturel scientifique au monde, installé sur 25 000 m², dans l'aile ouest du Grand Palais, dans le 8ᵉ arrondissement de Paris. Surtout parce qu’on s’y instruit en s’amusant… Et l’exposition dédiée à Pasteur, « l’expérimentateur » y a toute sa place, tant elle va bien avec le décor et l’architecture. Peu de « savants », comme on disait autrefois, ont connu la réussite scientifique et sociale de Louis Pasteur (1822-1895), dont nombre d’avenues, d’écoles et d’institutions scientifiques portent le nom, en France mais aussi à l’étranger. On lui doit le terme de « pasteurisation ». C’est à cette grande figure (monsieur Vaccin anti rage mais pas seulement), considéré comme le père de la science moderne, ou plutôt à sa méthode et à son ingéniosité que cette « expo » pédagogique est consacrée.  Accessible dès 9 ans, elle revient sur l’homme et le scientifique, en mettant en scène le contexte de ses recherches, ses découvertes et leurs applications. Le parcours de l’exposition se décompose en six actes, avec un prologue et un épilogue. Le visiteur déambule dans l’histoire culturelle du XIXe siècle, dans un décor à la Jules Verne et des frères Méliès. La scénographie est remarquable. Entre nouvelles technologies et décors funny… Jusqu’au laboratoire reproduit tel quel. On s’y croirait.
pasteurPrologue      
Sa bataille contre la rage. Celui qui dévoila le monde des microbes et qui donna son nom au fameux procédé de pasteurisation, était chimiste. Louis Pasteur a déployé toute la puissance expérimentale de sa discipline d’origine au profit de domaines scientifiques a priori hors de son champ : biologie, médecine vétérinaire et humaine. Sa force, comme l’explique le philosophe Bruno Latour, résidait dans un double mouvement. Il rapportait au laboratoire des problèmes pratiques, réputés inexplicables, qui touchaient à la conservation du vin, à la fabrication de la bière, aux maladies qui affectaient les vers à soie, les poules ou les moutons. Il les décortiquait avec la méthode d’un expérimentateur opiniâtre puis opérait un retour sur le terrain et employait alors toute son énergie à faire appliquer ses recommandations.
Louis Pasteur vient d’une modeste famille de tanneurs installée dans le Jura. À 21 ans, il intègre l’École normale, à Paris, et débute sa carrière scientifique. Son époque est marquée par l’alternance des régimes politiques (empire, monarchie, république) et l’expansion de l’empire colonial français. Au XIXe siècle, les découvertes scientifiques et leurs applications à grande échelle transforment les moyens de se déplacer et de communiquer. Les sciences physiques et naturelles progressent dans la compréhension de la composition de la matière et des mécanismes du vivant. Dans ce contexte d’ébullition des savoirs et des techniques, Pasteur mène ses recherches sur les infiniment petits.
De la lithographie à la chimie.
Adolescent, Pasteur pratique le dessin au pastel et la lithographie. Cette technique consiste à reporter sur papier un dessin tracé à l’encre ou au crayon sur une pierre. L’empreinte est inversée par rapport à l’image originale, comme notre reflet dans un miroir. Cette expérience de l’image inversée aidera sans doute Pasteur lors de ses premiers travaux sur la symétrie des cristaux.
Le jeune agrégé Louis Pasteur propose à Balard, son directeur, de résoudre un mystère scientifique. Deux acides semblent identiques : l’acide tartrique, produit lors de la fermentation du vin puis utilisé en teinturerie, et l’acide paratartrique, obtenu involontairement lors d’un accident industriel. Pourtant les deux acides n’ont pas le même comportement face à la lumière. Ils sont donc différents, mais en quoi ? Pasteur cherche les moyens d’en savoir plus sur ces substances. Pour cela, il prépare des cristaux à partir des deux acides et les étudie.
Acte 1
Des cristaux aux fermentations (Cristaux et Dissymétrie 1847-1857)
Pasteur émet l’hypothèse, sans pouvoir la vérifier, que la dissymétrie de certaines molécules, qualifiée des années plus tard par lord Kelvin de « chiralité », leur donne des propriétés particulières. Il remarque que ces molécules sont produites par des organismes vivants. C’est le cas de l’acide tartrique et de l’alcool amylique, qui sont formés au cours de processus de fermentation. Nommé à Lille, dans une région industrielle, Pasteur aura bientôt une nouvelle raison de s’intéresser aux fermentations.
À la faculté de Lille, Pasteur est sollicité par son élève Émile Bigo. Dans l’usine de son père, la production d’alcool de betterave par fermentation rencontre de grosses difficultés. Alcool, pain et choucroute sont des produits courants obtenus par fermentation, mais ce processus reste mystérieux aux yeux des scientifiques. La plupart d’entre eux, dont Liebig, pensent qu’il s’agit d’une décomposition du sucre. La conviction de Pasteur est tout autre : selon lui, la fermentation résulte de l’action de micro-organismes. 
Ses recherches le conduisent à identifier les bons ferments mais aussi les mauvais, responsables des problèmes de fabrication du vinaigre, de la bière et de la dégradation des vins. Il peut se flatter d’avoir été sollicité par Napoléon III à ce sujet. Il dépose un brevet sur le chauffage du vin, qu’il défend ardemment et qui est rapidement baptisé « pasteurisation ».
pasteur 2Acte 2
Fermentation (1857-1876)
Occupé pendant vingt ans
Les travaux sur les fermentations ont une portée très pratique puisqu’il s’agit de maîtriser la fabrication de l’alcool et du vinaigre et d’éviter la dégradation du vin. Contrôler une fermentation revient à s’assurer que le bon ferment se développe et qu’aucun autre organisme ne vient parasiter le phénomène. Pour Pasteur, les micro-organismes se reproduisent mais n’ont pas la capacité d’apparaître spontanément. Tout le monde ne partage pas son point de vue.
Félix Pouchet vient de publier un traité sur les générations spontanées. Il renouvelle l’idée ancienne que des matières inertes peuvent produire de petits organismes vivants. De nombreux scientifiques sont sceptiques, Pasteur en tête. Ses travaux sur les fermentations l’ont persuadé que les germes n’apparaissent pas en l’absence de parents et proviennent souvent d’une contamination extérieure. L’Académie des sciences propose un prix à qui tranchera la question à l’aide d’expériences sérieuses.
Acte 3
Générations spontanée ? (1859-1864)
Succès officiel
L’Académie des sciences donne raison à Pasteur contre Pouchet et met un terme officiel au débat sur les générations spontanées. Les curieux résultats de Pouchet, qui voit la vie apparaître dans ses infusions, ne seront expliqués que plus tard : ses préparations contiennent des spores, formes vivantes extrêmement résistantes au chauffage. Entre-temps, Pasteur accepte de répondre à l’appel au secours de son maître Jean-Baptiste Dumas, confronté à une maladie qui affecte les vers à soie.
La sériciculture est en proie à une grave crise : une maladie décime les élevages de vers à soie. Le sénateur Jean-Baptiste Dumas appelle à la rescousse son ancien élève Louis Pasteur pour étudier l’épidémie. Les vers atteints sont parsemés de points noirs qui évoquent le poivre (pebre) et ont inspiré son nom à cette maladie, la pébrine. Toute une équipe s’installe dans le Gard et se met au travail avec ardeur pour sauver l’industrie de la soie : on veille jour et nuit les chambrées de vers à soie, on ramasse des kilogrammes de feuilles de mûrier pour les nourrir, on épluche les cocons, on trie, on broie et on observe au microscope…
Acte 4
De la soie aux maladies (1865-1869)
Avec cette étude sur les vers à soie, Pasteur se confronte à une maladie animale dont l’origine est microbienne. Si les micro-organismes sont responsables des phénomènes de fermentation et de putréfaction, ils peuvent aussi être la cause des maladies animales. En mettant au point les mesures pour protéger les vers des infections et notamment de la flacherie, il prend conscience de l’importance de l’hygiène pour limiter la propagation des épidémies. Ces travaux sont un prélude à de grandes recherches sur les maladies infectieuses et leur prévention.
Au XIXe siècle, les maladies infectieuses sont la première cause des décès prématurés. La pensée dominante les attribue généralement à une activité anormale des cellules. Pour Pasteur, elles sont dues à la contamination de l’organisme par des microbes pathogènes extérieurs. Il en fait la démonstration avec la maladie du charbon. S’inspirant du vaccin contre la variole d’Edward Jenner, Pasteur cherche obstinément le moyen d’induire une immunité contre d’autres maladies animales et humaines. Il débute ses essais sur le choléra des poules et le charbon des moutons avant de s’attaquer à la rage, maladie qui terrorise les populations par la brutalité de ses symptômes.
Acte 5
Flou artistique : maladies infectieuses et vaccins (1876-1895)
Pasteur a trouvé un moyen d’immuniser contre certaines maladies infectieuses : il atténue la virulence des micro-organismes responsables des maladies et les injecte dans l’organisme. À cette époque, il travaille sur la composition de ses vaccins de manière intuitive et ne comprend pas vraiment les mécanismes biologiques de l’immunité. Dans un premier temps, il pense même que l’immunisation consiste à consommer, jusqu’à épuisement, une substance du corps nécessaire au microbe pathogène. L’action des anticorps et des cellules phagocytes sera mise au jour par certains de ses collaborateurs et concurrents.
Acte 6
Les successeurs (1895-1930)
Pendant les dix dernières années de sa vie, Pasteur organise à grande échelle l’application de son traitement contre la rage et la poursuite de la recherche sur les maladies infectieuses. Dans le contexte d’expansion coloniale de l’empire français, l’Institut Pasteur essaime bientôt hors des frontières hexagonales. De fidèles collaborateurs de Pasteur et de nouveaux chercheurs entrent en scène.
Au siècle de Pasteur, un monde s’est ouvert, invisible jusqu’alors. Sous l’œil des microscopes, armé d’outils inventés pour l’occasion, on observe, on colore, on analyse les caractéristiques des micro-organismes. Puis on les ensemence et on les cultive, on décrit leurs rôles et on les manipule.
pasteur 3Epilogue
Nouvelles visions des micro-organismes


Aujourd’hui, l’ingéniosité expérimentale est toujours à l’œuvre pour repousser les frontières de ce monde invisible. L’idée n’est plus tant de faire contre ces micro-organismes que de faire avec eux. Beaucoup d’astuces et l’aide des nouvelles technologies concourent à mieux les apprivoiser, les analyser et les approcher pour saisir les multiples facettes d’une réalité qu’on ne peut « voir » directement.

Expo Pasteur
En collaboration avec l’Institut Pasteur et Sanofi Pasteur
A partir de 9 ans 

Jusqu’au 19 août 2018 / Du mardi au samedi de 9 h 30 à 18 h et le dimanche et les jours fériés de 10 h à 19 h (fermeture le lundi ainsi que le 1er janvier, le 1er mai et le 25 décembre.
Au  Palais de la Découverte ( avenue Franklin-Roosevelt – 75008 Paris)  - Métro Champs-Elysées-Clémenceau (lignes 1 et 13) ou Franklin-Roosevelt (ligne 1 et 9).  

 
Beaux Livres 
Pasteur Visionnaires, sous la direction d’Annick Pierrot et Maxime Schwartz, coédité avec la Cité des sciences et de l’Industrie / Ed. de la Martinière, 192 p, 29, 90 €.
 
Et un album jeunesse : « Louis Pasteur : Enquêtes pour la science, par Florence Pinaud, illustration Julien Billaudeau, une coédition Cité des Sciences… / Actes Sud Junior, 72 p, 16, 90 €, dès 9 ans.