Julien Samani : le jeune homme et la mer

Écrit par Guillaume Chérel Catégorie : Cinéma Mis à jour : mercredi 7 septembre 2016 14:19 Affichages : 1683

JeunessePar Guillaume Chérel - Lagrandeparade.fr/ « Jeunesse » est l'adaptation cinématographique d'une nouvelle du même nom, écrite et publiée par Joseph Conrad en 1898. C’est le Français Julien Samani qui s’y est collé avec les moyens d’un film indépendant… et ça se voit, autant le dire tout de suite. Et pourtant, après la projection, des images restent, une ambiance, des non-dits, le charme visuel a opéré. Mais qu’est-ce que c’est lent! Le jeu des acteurs, la mise en scène, même le bateau évolue comme au ralenti. On a envie que la fameuse tempête, tant attendue, les réveille une bonne fois pour toute!
Revenons à l’histoire : Zico a soif d'ailleurs. Son ami le lâche mais il part quand même et embarque sur un cargo au Havre. Très vite, les tensions avec le reste de l’équipage (essentiellement campé par le capitaine Jean-François Stévenin et son second Samir Guesmi, ce qui fait un peu court) et les avaries à répétition mettent à mal ses rêves d’aventures. Une lutte s’engage alors contre les éléments (la carcasse du navire en fait) et les épreuves qui frappent ces hommes. Ça, c’est la note d’intention.

« Jeunesse » est le premier long-métrage de fiction de Julien Samani. Le cinéaste avait auparavant réalisé les documentaires « La Peau trouée », en 2004 (Prix Jean Vigo 2004, Grand prix à Brive et Grand prix du documentaire aux Entrevues de Belfort) ; « Sur la piste », en 2006 (Grand prix du CM documentaire (Entrevues - Belfort) et « Les Hommes de la forêt 21 », en 2007 (Prix regard neuf (Vision du réel – Nyon, 2008) : « J'avais envie, comme chez Conrad, de garder cette candeur et un monde déconnecté d’une réalité trop terre à terre », confie le réalisateur. Pour interpréter Zico, le personnage principal, il a choisi le jeune Kévin Azaïs, révélation du film « Les Combattants », avec Adèle Haenel, pour lequel il a remporté le César du Meilleur espoir masculin. Il a quelque chose d’ambivalent, une douceur et en même temps, beaucoup de colère tapie en lui. Il oscille entre candeur et énergie refoulée.
Le film se veut dans la veine d'un « survival » minimaliste. La tension dramatique permanente et les conflits entre les hommes dominent. Le danger est censé venir de la folie du capitaine qui s'acharne à rester sur un bateau complètement pourri, mais le problème c’est que Stévenin fait du Stévenin et qu’il a l’air d’un vieux loup de mer comme Louis de Funés d’une bonne sœur… Son second, le taiseux, est plus dans le truc, si l’on peut dire. Samir Guesmi est parfait en grognon blasé au cœur tendre, puisqu’on sent qu’il ne lâche pas le capitaine par fidélité sentimentale et amitié virile. Le bateau aussi est bon. Il grince, râle, gronde, menace de péter un câble à tout moment jusqu’à ce qu’il fume et explose de fatigue. Nous ne dévoilons rien, tout est écrit dans « Jeunesse », ce récit de la scoumoune maritime. Il faut y aller pour Conrad et aider le cinéma indépendant.

Jeunesse , de Julien Samani (1 h 23).
Avec Kévin Azaïs, Samir Guesmi et Jean-François Stévenin.
Alfama Films
Sortie le mercredi 7 septembre 2016

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