Noura rêve : un portrait de femme tunisienne en gros plans d’une très belle sensibilité

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Cinéma Mis à jour : dimanche 20 octobre 2019 05:19 Affichages : 552

Noura rêvePar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.com/ Noura Gargouri est mère de trois enfants et mariée à Jamel, voleur expérimenté, détenu récidiviste dont elle ne supporte plus l’irresponsabilité, la violence à fleur de peau et le mensonge. D’ici cinq jours, son divorce sera prononcé et elle pourra vivre au grand jour son amour avec son amant Lassad dont la bienveillance, le sérieux et la douceur la rendent lumineuse au quotidien.

Seulement voilà : Jamel est relaxé bien plus tôt que prévu et Noura doit garder bonne figure face à ce mari qui entend bien reprendre sa place dans le foyer. La loi tunisienne punit sévèrement l’adultère, Noura et Lassad risquent cinq ans d’emprisonnement. Dans un pays où la corruption dans la police et ailleurs est encore monnaie courante et où les libertés individuelles ne sont pas toujours respectées, l’on risque beaucoup à rêver d’une vie meilleure…

Hinde Boujemaa signe un portrait de femme d’une sensibilité émouvante et d’un engagement méritoire. Prisant les gros plans et les très gros plans, elle concentre l’attention sur les émotions des protagonistes et ses acteurs sont fantastiques. Hend Sabri, comédienne solaire, séduit d’entrée avec sa blouse rose de travail et son chewing-gum ostentatoire. La justesse de son jeu, tout en nuances délicate, est remarquable. Elle est entourée de deux comédiens de qualité. Lotfi Abdelli incarne à la perfection l’époux antipathique, dont la menace pèse constamment. Hakim Boumsaoudi au physique bonhomme séduit en amant compréhensif, cet "homme qui sent bon le mazout » et qui regarde Noura comme une compagne et non comme une propriété acquise et à la soumission maritale de facto.

Noura rêve recèle de séquences d’une qualité esthétique indéniable. La photographie est soignée, jouant tantôt sur des arrière-plans floutés, sur des rues aux murs blancs défraichis mais rehaussés d’une luminosité chaleureuse, et constamment accompagnée des couleurs et des motifs de l’orient. Le traitement de la lumière est tout aussi louable…La réalisatrice raconte la sensualité d’une étreinte, le viol conjugal ou la brutalité insoutenable d’une vengeance avec une pudeur percutante…elle donne à voir sans voir. Seules les respirations, les cris suggèrent ou condamnent…Elle raconte le quotidien avec des images simples - un vernis que l’on ôte, un baiser sur un front ou encore le klaxon au loin d’une absurdité assourdissante qui paralyse…et l'on vibre en connivence avec cette femme tunisienne qui incarne La femme et tous les tabous autour de l'adultère qui ont la dent dure dans le monde entier.

Noura rêve c’est l’autopsie convaincante d’un amour contrarié. Noura et Lassad, l’espace d’un instant, sont d'ailleurs Roméo et Juliette à la lucarne d’une fenêtre grillagée. Le long-métrage fait parler celles et ceux que l’on musèle dans un pays où les lois rétrogrades transforme les drames évitables en tragédies. Mais si les ébats de cette fiction se déroulent en Tunisie, il est bon de rappeler qu'ils ont malheureusement une universalité aux frontières bien plus extensibles...

Foncez rencontrer Noura, vous allez l’aimer, on en fait le pari!

Noura rêve
Date de sortie : 13 novembre 2019
Durée : 1h 30min
Réalisatrice: Hinde Boujemaa
Avec Hend Sabri, Lotfi Abdelli, Hakim Boumsaoudi

Découvert le samedi 19 octobre 2019 en avant-première au Cinéma Diagonal Montpellier dans le cadre du festival Cinemed.

Noura rêve