Une intime conviction : ce doute qui plane…

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Cinéma Mis à jour : mercredi 6 février 2019 15:20 Affichages : 881

convictionPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / La date est précise : 27 février 2000. C’est à cette date qu’a disparu Suzanne Viguier, elle a alors 38 ans, habite Toulouse avec Jacques son mari professeur de droit, ils ont trois enfants- Clémence, Nicolas et Guillaume. Forte des soupçons à la suite des déclarations d'Olivier Durandet qui s'est présenté comme l'amant de Suzanne, la police soupçonne, arrête le mari et pourtant, elle n’a pas même pas le début du commencement d’une preuve. En avril 2009, un premier procès aboutit à l’acquittement de l’accusé, un jugement qui sera confirmé en appel en mars 2010. Aujourd’hui, l’histoire est sur grand écran, c’est « Une intime conviction »- le premier et très réussi film d’Antoine Raimbault.

Déjà remarqué pour le scénario de « La Finale » (2018) de Robin Sykes, le jeune cinéaste confie que l’idée d’« Une intime conviction » lui a été glissée par Karim Dridi (entre autres, « Pigalle »- 1995, « Hors-jeu »- 1998, « Khamsa »- 2008, et « Chouf »- 2015) qui avait en tête la réalisation d’un documentaire sur l’affaire- projet que les enfants Viguier avaient rejeté, ne voulant pas être exposés médiatiquement. Dès lors, Antoine Raimbault se souvient : « Karim Dridi était convaincu que cette histoire allait résonner en moi. Je suis allé à Toulouse pour assister au procès en appel et, là, je découvre à la fois la justice de mon pays et le calvaire de cette famille. Celui d’un homme accusé sans preuve, mais aussi celui des enfants qui grandissent depuis près de dix ans dans cette terrible équation : ‘’Maman a disparu et papa est accusé de l’avoir assassinée’’ ». Pour les personnages de son film, Raimbault décide de garder les vrais noms des personnes impliquées dans cette affaire. Il s’autorise une seule entorse : il introduit le personnage de Nora, cette voisine persuadée de l’innocence de Jacques Viguier après avoir assisté au premier procès et qui, craignant l’erreur judiciaire, n’hésitera pas à aborder l’avocat Eric Dupont-Moretti, une des stars du barreau français et surnommé « Acquittator »…
Chez Raimbault, Nora est une combattante. Tout comme l’avocat, elle se bat contre l’injustice. Mais quand l’étau se resserre sur cet homme, Jacques Viguier, que tout mais surtout tous accusent, la quête de vérité de la jeune femme vire à l’obsession. Encore Antoine Raimbault : « De mon obsession pour l’affaire est née une obsession de cinéma qui a engendré un personnage obsessionnel. La boucle est bouclée. Nora, ce personnage profane, électron libre dans les coulisses de la machine judiciaire, c’est forcément un peu moi. Mais juste un peu. Comme une extrapolation romanesque de mon implication personnelle. Mon idée était de faire dialoguer ce personnage de fiction avec le réel en trouvant la juste distance de sécurité entre elle et la famille… »
Avec l’aide d’un trio d’acteurs très haut de gamme (Marina Foïs, Olivier Gourmet dans la robe d’avocat et Laurent Lucas dans le costume du professeur soupçonné puis acquitté), Antoine Raimbault propose, là avec « Une intime conviction », un premier film très réussi. Il ne se contente pas de mettre en images un énième film de procès, il sait parfaitement entretenir ce doute qui plane…

Une intime conviction
6 février 2019
Durée : 1h50min
Réalisateur : Antoine Raimbault
Scénario : Antoine Raimbault, Isabelle Lazard
Avec Marina Foïs, Olivier Gourmet, Laurent Lucas, Jean Benguigui,…