Green Book. Sur les routes du sud : le pianiste noir et son chauffeur blanc

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Cinéma Mis à jour : mercredi 30 janvier 2019 12:44 Affichages : 1709

GreenbookPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / La soixantaine rayonnante, le grand Viggo Mortensen est catégorique : « Avec « Green Book. Sur les routes du Sud », Peter Farrelly a réussi un film à la fois complexe, profond et divertissant. « Green Book… » me fait penser aux œuvres de Frank Capra, Preston Sturges ou Jean Renoir ». Et la rumeur enfle, laissant entendre que ce premier long-métrage en solo d’un des frères Farrelly est promis à quelques statuettes lors des prochains Oscars à Hollywood le 24 février prochain, après les deux Golden Globes reçus en ce début janvier. 

Jusqu’alors, le duo fraternel Peter et Bobby Farrelly a été maître dans la comédie populaire « à l’américaine »- avec des moments improbables comme « Dumb et Dumber » (1994, avec Jim Carey), « Mary à tout prix » (1998, avec Ben Stiller et Cameron Diaz) ou encore « Fous d’Irene » (2000, avec à nouveau Jim Carey). Cette fois, donc, Peter Farrelly livre sa première œuvre en solo (son frère ayant eu un empêchement familial pour le tournage) et s’est inspiré d’une histoire vraie. Dans les années 1960 aux Etats-Unis, un musicien noir doit aller en tournée dans le Sud du pays, il recrute un chauffeur blanc. Pour le moins, c’est le choc des cultures. Le musicien est brillant et homosexuel, le chauffeur italien, grande gueule et macho… Encore, lors de son récent passage parisien, Viggo Mortensen formidable dans le rôle du chauffeur : « "Green Book. Sur les routes du Sud" ne ressemble pas à un film des frères Farrelly… Avec Peter, bien avant le tournage, on s’est parlé au téléphone, je lui ai dit que son scénario était formidable. Il a réussi à écrire un drame bourré d’humour ».
Donc, avec le film de Peter Farrelly, on plonge en 1962, temps où encore dans le sud des Etats-Unis, la ségrégation est ancrée dans la vie quotidienne. On a un Italo-américain du Bronx, prénom Tony, surnom Lip- parce qu’il a un don : par son bagout, il peut faire croire n’importe quoi à n’importe qui. On a aussi le Dr Don Shirley, pianiste noir, réputation mondiale- pour sa prochaine tournée, il lui faut un type qui le conduise et le protège. Il sélectionne Tony Lip. Et c’est parti pour un long périple de deux mois, de Manhattan, New York au fin fond du Sud. Le périple est placé sous le signe de la totale improvisation- donc, les deux se réfèrent au « Negro Motorist Green Book », un livre qui indique les établissements (hôtels, restaurants,…) qui accueillent alors les Noirs. Ces établissements où Shirley sera servi et non pas humilié. Dans un scénario aux ficelles un peu trop voyantes mais indispensables pour un « feel good movie », les deux hommes vont d’abord se jauger et s’affronter puis faire cause commune grâce à leur générosité et leur humour. Ensemble, ils balancent leurs préjugés, oublient ce qu’ils tenaient pour des différences insurmontables… et ainsi, ils vont découvrir leur humanité commune. 
Tenu, avec son frère Bobby, pour un maître de la comédie, Peter Farrelly a tenu à expliquer : « Depuis des années, quand on me demande si je vais un jour réaliser un film dramatique, ma réponse est toujours la même : oui, mais quand la bonne histoire se présentera, et cela ne dépend pas de moi. C’est un peu comme demander à quelqu’un quand il va tomber amoureux, c’est le genre de choses sur lesquelles on n’a aucune prise, ça arrive quand ça arrive ! » A l’écran, le film (dont le scénario a été co-écrit par Nick Vallelonga, le fils de Tony Lip) vaut aussi et surtout par la présence du toujours impeccable Viggo Mortensen et aussi, dans le costume du pianiste Don Shirley, le formidable Mahershala Ali, 44 ans, vu dans les séries télé « House of Cards » et « True Detective » et, au cinéma, dans « Predators » (2010), « Kicks » (2016) ou encore « Roxane Roxane » (2018).
Dans « Green Book. Sur les routes du Sud », Peter Farrelly a raconté deux mois de la vie de Don Shirley et Tony Lip. Cette histoire d’amitié ne s’est pas achevée avec le mot « Fin » du film. En effet, après ce périple initial, les deux hommes ont continué la tournée pendant un an. Le musicien a ensuite demandé à Tony Lip de devenir son chauffeur et son garde du corps lors de sa tournée européenne, mais celui-ci a refusé : il refusait d’être séparé aussi longtemps de sa famille. N’empêche, leur amitié a duré plus de cinquante ans. Tony Lip le chauffeur est mort le 4 janvier 2013. Trois mois plus tard, le 6 avril 2013, Don Shirley le pianiste s’en allait à jamais…

Viggo Mortensen, le discret…

A 60 ans, Viggo Mortensen n’envisage pas sa vie, son métier autrement que dans la discrétion. Lui, l’Américain qu’on annonce archi-favori pour le prochain Oscar de meilleur acteur pour son rôle dans « Green Book. Sur la route du Sud » de Peter Farrelly n’a tourné que quatorze films durant ces quinze dernières années ! Eternel Aragorn dans « Le Seigneur des anneaux », la saga de Peter Jackson, ou encore Nikolai Luzhin dans « Les Promesses de l’aube » de David Cronenberg, il est également réalisateur (deux films à ce jour : « The Horsecatcher »- 2015, et « Falling »- sortie prévue à l’automne 2019), producteur, scénariste, compositeur (une quinzaine d’albums sur son CV), poète, éditeur (il dirige Perceval Press), photographe ou encore peintre ! Il passe ses jours et ses nuits entre Madrid avec sa compagne, la comédienne espagnole Ariana Gil, et New York où vit son fils. Hollywood et ses paillettes, il n’en a que faire- il préfère se promener à cheval, marcher dans les rues désertes la nuit, conduire sur des routes dans les « no man’s lands ». Récemment, il a fait étape à Paris pour assurer la promo de « Green Book. Sur la route du Sud ». Morceaux choisis.

Héritage « J’ai eu une enfance cosmopolite, passée au Venezuela et en Argentine avec mon père, d’origine danoise, qui était éleveur, puis dans le Massachusetts (Etats-Unis) avec sa mère, après le divorce de mes parents. D’eux, j’ai reçu en héritage un mélange du Nord méthodique et du Sud chaotique… »

Italien « Avant d’accepter, j’étais nerveux à l’idée d’interpréter un personnage italien. J’ai même dit à Peter Farrelly, le réalisateur de Green Book : « Tu prends déjà un risque en tournant un drame, si en plus tu me prends pour jouer Tony Lip… » Il m’a répondu que si je pouvais jouer un Russe dans « Les Promesses de l’ombre » de David Cronenberg, je pouvais jouer un Italien. Depuis, beaucoup d’acteurs italo-américains, de gens qui connaissaient le vrai Tony Lip et sa famille, ont vu et aimé le film. On ne se moquait pas, il n’y avait pas les clichés habituels. J’étais soulagé ».

Langue « On s’immerge vraiment dans la culture d’un pays quand on parle la même langue que ses habitants. Je l’ai très vite compris au fil des voyages qui ont rythmé mon enfance. Très jeune, j’ai jonglé entre l’anglais, le danois et l’espagnol. C’était comme si j’avais le superpouvoir de comprendre tout le monde. Je crois que ça m’est resté… »

Métamorphose « Pour jouer le personnage de Tony Lip dans « Green Book. Sur la route du Sud », il m’a fallu grossir de près de vingt kilos ! Ça a été assez facile, je me suis nourri de cuisine italienne, surtout des pizzas et des pâtes. Ma technique- que je ne recommande à personne parce que c’est vraiment une catastrophe pour la santé : avaler au dîner des repas riches accompagnés d'un ou plusieurs desserts juste avant de se coucher ! Mais ça a été autrement plus difficile de perdre tous ces kilos que de les prendre ! »

Rêve « J’ai fait des films avec beaucoup de réalisateurs mais il en est deux avec qui je rêve de tourner : l’Américain Martin Scorsese et la Française Agnès Varda. Je ne sais pas si elle va continuer mais vraiment, j’aimerais travailler avec elle. Parce que pour moi, la chose la plus importante c'est l'histoire, le rôle et le réalisateur. Parce que c’est réconfortant de travailler avec un metteur en scène dont vous êtes sûr qu’il fera un bon film ».

Rôle « Il faut être riche intérieurement pour pouvoir tout jouer. Avec ou sans accent ».

Green Book. Sur les routes du Sud
Sortie en France : 23 janvier 2019
Durée : 2h10min
Réalisateur : Peter Farrelly
Scénario : Nick Vallelonga, Brian Hayes Currie et Peter Farrelly
Avec Viggo Mortensen, Mahershala Ali, Linda Cardellini, Sebastian Maniscalco, Dimiter D. Marinov, P.J. Byrne, Don Stark, David An,…