Un berger et deux perchés à l’Elysée : Jean Lassalle, « chemin faisant »…

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Cinéma Mis à jour : mercredi 23 janvier 2019 14:08 Affichages : 503

Un bergerPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ C’est l’histoire, somme toute, aussi farfelue que propice à rebondissements scénaristiques d’un ancien berger, Jean Lassalle, député centriste, qui décide de se présenter à l’élection présidentielle. Et en parallèle, de deux réalisateurs et enquêteurs de terrain, à la sensibilité de gauche mais en pleine crise idéologique, Pierre Carles et Philippe Lespinasse, qui, après avoir enquêté un temps sur Rafael Vicente Correa, président de la République équatorienne de 2007 à 2017 à la politique économique et sociale qui semblait séduisante, notamment, par son « refus du paiement des pans illégitimes de la dette, des nationalisations, et par un accroissement significatif des investissements publics », ont envie de voir en Jean Lassalle l’humaniste qu’il manque à la France, le « conservateur progressiste » qui sauvera le pays de ses désillusions politiques croissantes : ils se proclament donc ses conseillers de campagne, avec le désir caché de révéler sa vraie nature de « révolutionnaire anticapitaliste ».

La Vallée d'Aspe devient soudain un terreau enthousiasmant d’idées exaltantes…et, contre toute attente, le maire de Lourdias-Ichène ( commune de 160 habitants), sans communiquant et ….sans programme si ce n’est peut-être celui-ci « Tu vas voter pour moi…parce que lorsque tu auras fait le tour tu n’auras pas le choix! » , se qualifie pour le premier tour ! De là à crier victoire…le candidat - qui a terminé, on vous le rappelle en septième position sur onze candidats, à la faconde immaîtrisable et qui n'écoute pas souvent les conseils des "deux perchés" qui l'accompagnent les laisse souvent décontenancés…mais jamais totalement découragés et conservant un optimisme pour le futur revigorant!

Produit et monté à Montpellier par CP Productions, à la ligne indépendante, engagée et résolument impertinente, ce documentaire devait au départ sortir au moment des élections de mai 2017…et Philippe Lespinasse de plaisanter lors de l’avant-première au Diagonal montpelliérain : « si nous avons un autre président que Jean Lassalle, c’est en partie à cause de nous… ». Précisons d’abord que ce film est d’une drôlerie délicieuse et que Pierre Carles et Philippe Lespinasse réussissent à conserver au sein du documentaire un esprit bienveillant et positif vis à vis de l’énergumène observé. Ce qui n’était pas gagné ; le personnage, en effet, déstabilise par sa spontanéité et sa sincérité aux manifestations de sympathie volubiles, par ce « naturel et ce coeur qui débordent » comme le décrit si bien son ami communiste André Chassaigne, son allure de grand échalas à la De Gaulle et son indécrottable volonté de s’ancrer dans son terroir…au regard de l’image lissée, véhiculée par la grande majorité des hommes politiques et validée par les médias. D’ailleurs lui-même se qualifie de « caricature ambulante » et son frère émet la possibilité que les journalistes le prennent pour un guignol. Et pourtant on ressort de ce travail de terrain avec l’impression d’avoir rencontré un personnage attachant, déterminé et plein d’humanité…qui a - bien sûr - ses limites et se laisse aussi avoir par la séduction du pouvoir (cf l’épisode en Syrie) mais a la qualité indéniable d’un franc parler revigorant.
« Un berger et deux perchés à l’Elysée » s’avère un travail remarquable tant ce documentaire - qui outrepasse d’ailleurs les simples caractéristiques de son genre en insérant une caméra subjective pertinente et un scénario fictionnel attrayant - mêle avec ingéniosité et sensibilité le suivi, semaine après semaine, de la campagne de ce phénomène détonant dans le paysage politique, porteur d’une philosophie de vie simple et humaniste ...au travail de réalisation et de montage (on découvre en effet en permanence les coulisses de ce documentaire). Le public rencontre un homme surprenant mais également ses proches ( son épouse institutrice reconvertie, sa nièce Marielle, son frère fromager ou encore sa mère, pythie visionnaire et sage). Le film est l’occasion de se rappeler quelques faits qui ont illustré le caractère trempé et investi du candidat: son chant dans l’hémicycle lors d’une intervention de Nicolas Sarkozy, son tour de France à pied en 2013 à la rencontre du peuple ou encore sa grève de la faim de plus d’un mois pour protester contre le risque de délocalisation d'une usine Toyal de sa circonscription vers le bassin industriel de Lacq situé 65 km plus loin…
De la séquence de la tronçonneuse à la devise des trois B ( Béret, Baguette, Bon sens), du débat présidentiel aux interventions sur Europe 1 ou encore au Figaro.fr, de la bonne manière de faire sécher une chemise au 06…distribué généreusement, de la cravate maculée de vin à la première rencontre avec Philippe Poutou…de nos moments préférés, celles-ci ne sont pas les dernières mais l’on mettra tout en haut du box-office les pérégrinations de la pensée d’un « chemin faisant », le détournement d’attention - avec les passages successifs d’un condor des Pyrénées - lors de l’opération « Sauve-qui-peut » ou encore le duo sur escalier où il est question d’une main aux fesses…
Un berger et deux perchés à l’Elysée est non seulement la récréation cinématographique hilarante d’un projet mené par « trois orphelins barjots » mais bien aussi un manifeste espiègle pour une société plus solidaire, plus proche des gens et qui souhaiterait ne plus être simplement utopiste mais bien tangible. C’est un documentaire que nous ne saurions que trop vous conseiller!

Un berger et deux perchés à l’Elysée
Date de sortie : 23 janvier 2019
Durée : 1h 41min
De Philippe Lespinasse, et Pierre Carles
Avec : Jean Lassalle…

Découvert en avant-première au cinéma Diagonal de Montpellier en présence de Philippe Lespinasse et Pierre Carles

deux perchés