Les Invisibles : gloire aux résistantes modernes…

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Cinéma Mis à jour : jeudi 10 janvier 2019 14:18 Affichages : 731

invisiblesPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Remarqué en 2015 pour un premier film aussi abouti que décapant : « Discount », Louis-Julien Petit continue, à 35 ans, dans la veine du cinéma militant. Il confie avoir été grandement inspiré par les Britanniques Stephen Frears et Ken Loach, maîtres du ciné social. Cette semaine, après « Carole Mathieu » (2016), il est donc de retour sur les écrans avec un troisième long-métrage, « Les Invisibles ». Dans une note d’intention, il explique : « Mon idée, c'était un film sur les résistantes modernes, des femmes qui vont s'unir et combattre ensemble, en se disant ‘’ OK, on nous met de côté, donc on va prendre notre destin en mains, trouver une solution’’ ». Il dit aussi s’être grandement inspiré du travail de Claire Lajeunie qui avait écrit un livre, « Sur la route des Invisibles », et réalisé un documentaire pour la télé, « Femmes invisibles, survivre dans la rue ». « Le livre, je l’ai lu en deux heures », dit aussi Louis-Julien Petit qui ajoute : « Quand on traite un sujet comme celui-ci, on a intérêt à être juste ». Le sujet d’une épopée tragicomique, résolument ancrée dans le réel et toute habitée par des femmes puissantes…

Le nouveau film de Louis-Julien Petit peut être résumé en une poignée de mots. Ainsi, suite à une décision municipale, l’Envol- centre d’accueil pour femmes SDF, va fermer. Il ne reste plus que trois mois aux travailleuses sociales pour réinsérer coûte que coûte les femmes dont elles s’occupent : falsifications, pistons, mensonges… Désormais, tout est permis ! Toujours le réalisateur : « J’ai voulu démarrer le récit là où le documentaire de Claire Lajeunie se terminait. J’ai voulu un film qui se déroule non pas dans la rue mais dans un centre d’accueil, ce qui permet de plonger dans le quotidien des travailleuses sociales et aussi de donner à ces femmes SDF un toit, afin de les voir vivre au quotidien, de prendre le temps de les identifier et de s’attacher à elles ». Une autre idée forte a animé Louis-Julien Petit : ne pas sombrer dans le noir, mais plutôt imaginer et réaliser un film solaire et porteur d’espoir, en se référant à « My Beautiful Laundrette » (1986) de Stephen Frears, « The Full Monty » (1997) de Peter Cattaneo ou encore « Pride » (2014) de Matthew Warchus. « J’ai voulu plonger le spectateur dans le milieu de la grande précarité par le biais de situations drôles et émouvantes, sans jamais éluder la réalité dramatique dont il est question, ne serait-ce que par respect pour ces femmes qui ont beaucoup d’autodérision sur leur situation, et rejettent toute idée d’apitoiement sur leur sort. Je me devais de les montrer telles que celles j’avais connues, dans la complexité de leur vérité, sans compassion particulière ni misérabilisme », confie encore le réalisateur des « Invisibles ».
Tourné dans le Nord de la France, dans cette région où Petit avait déjà mis en images ses deux longs-métrages précédents, « Les Invisibles » est porté par Corinne Masiero, une des actrices françaises les plus en vue depuis un bon moment. A 54 ans, elle qui n’a découvert le théâtre qu’à 28 ans et le cinéma encore plus tard, elle est une des championnes de l’Audimat télé avec son interprétation de « Capitaine Marleau », la série réalisée par Josée Dayan pour France3. Présente dans les deux films précédents de Louis-Julien Petit, elle n’a pas hésité à se glisser dans les habits de Manu, assistante sociale et directrice du centre d’accueil pour femmes SDF- et elle s’y montre éblouissante. Dans une autre vie, Corinne Masiero a connu la violence de la vie dans la rue. Aujourd’hui, elle devenue femme puissante, femme d’engagement(s), elle n’oublie pas toutes les invisibles…

Les Invisibles
9 janvier 2019
Durée : 1h42min
Réalisateur : Louis-Julien Petit
Scénario : Louis-Julien Petit, Marion Doussot et Claire Lajeunie
Avec Corinne Masiero, Audrey Lamy, Noémie Lvovsky, Déborah Lukumuena,…