Anne Georget : le Festival des Etoiles met en lumière le meilleur de la télévision documentaire

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Cinéma Mis à jour : lundi 2 novembre 2015 15:49 Affichages : 3264

Anne GeorgetPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ Anne Georget a d’abord été journaliste de presse écrite pour divers médias ( Le Point, Géo, Paris Match, Le Nouvel Observateur..) avant d’être nommée chef d’édition du magazine hebdomadaire 24 heures sur Canal +. Depuis 1991, elle a signé une vingtaine de documentaires : "Berlin côté mur, côté jardin", "Le cerveau en émo","Enquête d’asile", "Les recettes de Mina", "Questions d’éthique" ou encore "Festins imaginaires"…Depuis 2005, elle est membre de la SCAM ( Société Civile des Auteurs Multimédia) et en est devenue la présidente en 2015. Depuis 10 ans maintenant, la SCAM organise notamment Le Festival des Etoiles qui met en lumière 30 documentaires et reportages que le public n’a peut-être pas eu l’occasion de voir, noyés au milieu d’une profusion de chaînes et de programmes audiovisuels. Les 7 et 8 novembre 2015, au Forum des Images parisien, on vous livre le meilleur de la télévision documentaire sur un grand écran...Laissez-vous tenter!

 

La Scam a été créée en 1981 "pour faire reconnaître le statut des réalisateurs de documentaires et obtenir la protection et la répartition de leurs droits à chaque diffusion de leurs œuvres" ; doit-on penser qu'il est plus difficile pour un réalisateur de documentaires que pour un réalisateur de cinéma d'être reconnu en tant qu'artiste? Est-ce toujours le cas aujourd'hui?
La Scam, grâce à l’idée géniale de ses fondateurs de miser sur une gestion collective, permet à ses 37 000 membres (auteurs d’oeuvres télévisuelles, radiophoniques, web, photographies ou de l’écrit) d’obtenir les droits liés à l’exploitation de leurs oeuvres par ces différents médias. La question de la reconnaissance est encore autre chose et nous militons en effet pour que le documentaire ne soit pas, ou plus, considéré comme un sous-genre dans la famille du cinéma et que la télévision ne soit pas non plus regardée comme un sous-genre du grand écran. Les publics ne sont pas toujours les mêmes, ils ne sont surtout pas les mêmes en même temps. De plus en plus, on regarde la télévision comme on choisit d’aller voir un film au cinéma, cela ne fera que souligner que la qualité de la narration des réalisateurs, qu’ils travaillent pour le grand ou le petit écran, est garante de la rencontre avec les spectateurs. Bien sûr, le cinéma fait rêver et quel réalisateur n’a pas eu envie de voir son nom sur une grande affiche, mais la télévision est un outil formidable pour rencontrer des spectateurs par surprise; ils n’avaient pas prévu de regarder votre film et les voilà pris par votre récit! C’est très gratifiant aussi. Les deux sont complémentaires et, à chaque fois, quand c’est réussi, c’est la magie du cinéma qui opère !

Le Festival des étoiles a 10 ans : quelle est son ambition chaque année?
Chaque année, 30 oeuvres sont mises en avant et sorties de la masse des programmes mis à l’antenne. 30 oeuvres qui sont la crème de la crème de la télévision ! Ce sont des films très variés dans les thèmes abordés, dans leur écriture, dans leur ambition, dans ce qu’on ressent de la personnalité de leurs auteurs. Ces films ont été diffusés sur de grandes chaines nationales ou régionales, ou sur le câble ou sur des chaines locales. La Scam souhaite mettre là en lumière le matériau d’une belle télévision: une télévision créative, généreuse et nécessaire. Les films récompensés d’une Etoile parient sur la sensibilité et l’intelligence du spectateur, ils font rêver, râler, ils sont tendres ou dénonciateurs, c’est un regard subjectif sur l’Autre dont nous avons grandement besoin et dont la télévision peut s’enorgueillir d’être le vecteur. Et nous en voulons plus encore de ces films à l’antenne !

Vous êtes la nouvelle présidente de la Scam : quel est votre rôle au sein de ce festival? Est-ce vous, notamment, qui choisissez les films qui seront programmés?
J’ai commencé à m’investir à la Scam un peu avant le lancement des Etoiles, il y a dix ans, et c’est une manifestation très chère à mon coeur car elle soutient ce en quoi je crois avec passion : notre rôle dans une société où chacun se rabougrit sur son petit monde, asphyxié d’images et dans un tempo fou. Les Etoiles sont un hymne au temps du documentaire, à la nourriture qu’ils apportent et qui est à partager. Mais je n’ai AUCUN rôle dans la sélection des films qui constituent le palmarès.

Pourriez-vous justement nous définir sur quels critères ont été sélectionnés les documentaires de la session 2015?
Le processus de sélection est long et rigoureux. Nous veillons à ce qu’il y ait la plus grande équité possible notamment en nous assurant que jamais un film ne soit écarté ou choisi sur la vision par une seule personne. Les 400  films environ qui sont candidats aux Etoiles sont vus par les membres de la commission audiovisuelle, organisés en binômes. Chaque mois, ces binômes se réunissent et partagent ce qu’ils ont pensé des films qu’ils ont visionnés, si un binôme est d'accord pour pré-sélectionner un film c’est simple il est pré-sélectionné; si les membres du binôme s’opposent, le film est donné à un autre binôme pour un deuxième visionnage; si le binôme est d'accord pour écarter un film mais que, lors de la discussion avec le reste du groupe, quelqu’un pense que le film mérite d’être revu, il l’est. Donc un film est vu par minimun deux personnes et parfois jusqu’à quatre ou six pour accéder à la liste des 60 films présélectionnés chaque année. Ensuite ces 60 films sont soumis à un jury de cinq personnes, composé d’auteurs qui ne font partie d’aucune commission ou instance de la Scam et qui est renouvelé tous les ans. C’est ce jury qui attribue 30 Etoiles aux films qu’il juge les plus remarquables parmi les 60  présélectionnés. Il n’y a aucun critère de forme imposé, de format, de longueur…

Enfin, si vous deviez nous citer quelques temps forts du Festival 2015...
Cette année c’est la fête plus que jamais, on n'a pas dix ans tous les jours ! C’est bien l’idée du Festival, le public est gourmand de documentaires… nous lui avons préparé un festin ! A chacun de faire son programme en Festival des Etoilesfonction de ce qu’il voulait voir et qu’il a raté lors de la diffusion, ou de films dont on n’a jamais entendu parler, des pétites découvertes et offertes au regard du public sur grand écran. Filez d’une salle dans une autre, d’une rencontre avec les auteurs à un autre film encore et encore. Et votez ! Pour la première fois, nous mettons en place un prix du public qui sera remis à la fin du Festival. Et pour la première fois également, nous clôturons la fête par une avant-première. Nous avons choisi un film formidable de créativité qui n’a pas encore trouvé d’antenne pour l’accueillir: "La sociologue et l’ourson" d’Etienne Chailloux et Mathias Théry.

Le Festival des Etoiles - 10ème édition

Les 7 et 8 novembre 2015 au Forum des Images (2 Rue du cinéma, 75001 Paris) - Accès de 13h30 à 22h

Entrée libre à l’ensemble des séances après réservation du pass des Étoiles à l’accueil du Forum des images ou sur www.forumdesimages.fr (gratuit) à partir du 25 octobre 2015

LES FILMS
30 documentaires remarquables, 38 auteurs récompensés pour la singularité du regard qu’ils portent sur le monde.

- Afghanistan 1979, la guerre qui a changé le monde de Gulya Mirzoeva
- Anaïs s'en va-t-en guerre de Marion Gervais
- Before We Go de Jorge León
- Beuve -Méry/ De Gaulle : Le Monde contre le Président de Joseph Beauregard et Laurent Greilsamer
- Chante ton bac d'abord de David André
- Le Cristal et la Fumée de Serge Steyer et Stéphane Manchematin
- Dans un océan d'images, j'ai vu le tumulte du monde d’Helen Doyle
- Eau argentée, Syrie autoportrait d’Ossama Mohammed et Wiam Simav Bedirxan
- Enclave d’Aude Léa Rapin et Adrien Selbert
- Gadjo - Un prince chez les manouches de Flora Desprats
- Les Garçons de Rollin de Claude Ventura
- Happiness de Thomas Balmès
- L'Harmonie de Blaise Harrison
- Les Invisibles de Sébastien Lifshitz
- Jeu d'influences: les stratèges de la communication- Les Crises de Luc Hermann et Gilles Bovon
- Karaoké domestique d’Inès Rabadán
- Des livres et des nuages (Libros y Nubes ) de Pier Paolo Giarolo
- La Mort du dieu serpent de Damien Froidevaux
- Nous filmons le peuple d’Ania Szczepanska
- Quand je serai dictateur de Yaël André
- Richard Hamilton dans le reflet de Marcel Duchamp de Pascal Goblot
- Rocky IV, le coup de poing américain de Dimitri Kourtchine
- Rwanda, la surface de réparation de François Xavier Destors et Marie Thomas-Penette
- La Saga des Conti de Jérôme Palteau
- Standard de Benjamin Marquet et Brieux Ferot

- The Stone River de Giovanni Donfrancesco
- Taïga d’Hamid Sardar
- Vieillir à l'ombre de Johanna Bedeau et Mariannick Bellot
- Vivant !de Vincent Boujon
- Voyage en barbarie de Delphine Deloget et Cécile Allegra

Photo du portrait : © Matthieu Raffard