Dakini : tout n'est pas rose au pays du bonheur

Écrit par Guillaume Chérel Catégorie : Cinéma Mis à jour : mardi 25 septembre 2018 05:14 Affichages : 220

DakiniPar Guillaume Chérel - Lagrandeparade.fr/ Avec ses 47.000 km², le Bhoutan est un tout petit pays par sa taille, comparable à celle de la Suisse, enclavé entre les deux géants que sont l'Inde et la Chine, au coeur de l'Himalaya. Mais ses 750.000 habitants font des envieux dans le monde entier, puisque le Bhoutan est connu pour être le « pays du Bonheur ». Après avoir observé les autres pays, le roi Jigme Singye Wangchuck s'est rendu compte, dans les années 70, que ce ne sont ni la prospérité, ni le développement économique qui apportent la joie aux peuples. Pour lui, le développement doit se faire autrement. Il instaure alors une nouvelle priorité : développer le pays en visant d'abord le bonheur des citoyens. Autrement dit, le bonheur objectif est considéré comme le développement le plus ultime. Il est ainsi question du BNB pour le Bonheur National Brut.

Ce qui n'empêche qu'il existe tout de même une police, à défaut d'armée. Ainsi, le détective Kinley enquête sur la disparition d'une nonne bouddhiste, sur ordre de son supérieur qui dirige les opérations par téléphone. La principale suspecte, Choden, est une femme séduisante, considérée par les villageois comme une sorcière. Or, nous sommes au pays des « dakinis » : démones, ou démons femelles, généralement représentées en train de danser, nues, avec des têtes de lion ou de cheval, ou de chien, d'oiseau, bref des monstres qui apparaissent également dans la mythologie hindoue sous forme de sorcières au service de la déesse Kali. Elles volent dans les airs, mangent les êtres humains... Dotées de pouvoirs magiques, elles peuvent initier les novices aux secrets de la sagesse des Tantra, une série de textes rituels qui traitent de l'acquisition de l'illumination. Elles peuvent également aider des yogis dans leur progression spirituelle car elles ont la capacité de concentrer les pouvoirs libérées par le yogi.

Obligé de marcher avec elle, dans la montagne, jusqu'à la ville, le policier ne peut empêcher Choden de lui raconter la légende de ces « femmes éveillées », qui ont leur importance dans les pratiques tantriques du bouddhisme tibétain. Et il tombe sous son charme... Arrivé chez lui, Kinley croit entrevoir la résolution de l'enquête mais l'histoire est bien plus compliquée qu'il n'y parait.

C'est le premier long-métrage de la réalisatrice et scénariste Dechen Roder, l'une des rares femmes de sa profession au Bhoutan. Le film a remporté le Prix des exploitants au festival de Vesoul (FICA 2018) et a été sélectionné à la Berlinale 2018, section Panorama. Et, pour l'anecdote, l'acteur principal, qui joue l'enquêteur Kinley a interprété le jeune Dalai Lama dans le film de Jean-Jacques Annaud « Sept ans au Tibet », à l'âge de 14 ans. Il est excellent dans ce rôle de flic incorruptible, troublé par la beauté et la sagesse de cette mystérieuse Dakini. Les images de montagnes dans la brume sont superbes. Il faut se laisser aller. Pas de courses poursuites ici mais une langueur qui transporte. Et donne envie d'aller découvrir le Bouthan où il n'y a ni panneaux publicitaires, ni fast-food dans les rues. Voilà un film déroutant parce que dépaysant, beau et créatif. La réalisatrice réinvente de manière éthérée un genre des plus classiques : le polar filmé. Sauf que le détective ne porte pas de flingue et ne passe pas son temps à dire des gros mots ; un film policier bouddhiste, ça repose.

Dakini
Réalisateur : Dechen Roder (Bouthan)
En salles en France :  24 octobre 2018
Avec Jamyang Jamsto Wangchuk, Sonam Tashi Choden, Chencho Dorji Plus
Pays d'origine : Bhoutan
Année de production : 2018
Version originale : Dzongkha
Version(s) sous-titrée(s) : Français
Durée : 118 minutes
Autres titres : Honeygiver Among the Dogs

PREMIERE : Mercredi 24 octobre 2018 à 19h45, en présence de Françoise ROBIN, Professeure de langue et littérature tibétaines à l'INALCO, spécialiste de littérature féminine et de cinéma tibétains, co-auteure d'un manuel de langue dzongkha à paraître fin 2018, à Paris : Cinéma Espace Saint Michel, 7, place Saint-Michel, 75005 Paris

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