En mai fais ce qu’il te plaît : un long-métrage naturaliste sur l’exode de Christian Carion

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Cinéma Mis à jour : lundi 12 octobre 2015 14:54 Affichages : 2106

En mai fais ce qu'il te plaîtPar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ Le 10 mai 1940, lorsque l’armée allemande envahit la Belgique puis la France en passant par les Ardennes, Paul, maire d’un petit village du Pas-de-Calais, annonce aux habitants qu’ils doivent tout abandonner pour partir sur les routes, sur les recommandations de la préfecture. Direction Dieppe. Non loin, dans la prison d’Arras, est enfermé Hans, un réfugié allemand, qui avait fui son pays avec son fils Max parce qu’il était poursuivi par les nazis pour ses activités « communistes » et qui, devenu très vite un objet de méfiance pour des autochtones encore marqués par la guerre de 14-18, a été dénoncé et incarcéré. Paul, sa femme Mado, la patronne du bistrot, Suzanne, l’institutrice qui a pris Max sous son aile depuis l’emprisonnement de son père, et tant d’autres, entassent quelques affaires dans des charrettes, sur un vélo ou dans une voiture ( pour les plus fortunés ) et quittent leur foyer, leurs champs et leurs souvenirs. Le scénario se concentre d’une part sur l’exode des habitants du village, d’autre part sur la libération inopinée de Hans suite au bombardement d’Arras: ce dernier rencontre ensuite, dans les galeries souterraines de la ville, Percy, un officier écossais, qui a vu mourir les 150 soldats sous ses ordres et qui devient son compagnon d’infortune et d’entraide pour essayer de retrouver Max.

On perçoit clairement la volonté de Christian Carion de narrer la guerre au travers du quotidien des hommes - et l’on se rappellera son précédent film sur le sujet: « Joyeux Noël »…ici point de héros, si ce n’est Percy, peut-être, qui a du panache et ne plie jamais, malgré la défaite qui s’annonce irrémédiable. Ce sont les émotions de la guerre et ses conséquences humaines qui sont au coeur de l'objectif. On découvre ainsi deux jeunes officiers allemands en reconnaissance, tétanisés par l’obligation de débusquer l’ennemi dans une ferme, on voit Paul redonner leur liberté à ses lapins, ses vaches et laisser sa maison ouverte pour éviter qu’on ne force la porte…ou encore Suzanne, ayant découvert - du fait de son rôle d’éclaireuse - le massacre de civils encore éparpillés sur la route qu’ils allaient emprunter, monopoliser l’attention des enfants en leur faisant réciter une fable de La Fontaine pour leur éviter un traumatisme.
Si "En mai fais ce qu"il te plaît" s'avère un film juste et touchant sur l’exode, qui débute et se conclut par quelques images d’archives d’époque, il ne fera pas date à notre avis. Toutefois, on lui reconnaîtra la volonté de montrer certaines réalités rarement montrées dans les longs-métrages sur la seconde guerre mondiale : on citera la présence du personnage d’Arriflex (incarné par Thomas Schmauser), cinéaste allemand chargé de créer des films de propagande. De même, le film débute sur l’évasion d'Allemagne de Hans - qui se solde dans un premier temps par un massacre puisque le passeur trahit le groupe qu’il était censé mener à la frontière : Christian Carion, lors d'une interview, a pu expliquer qu’à partir de 1933 des centaines d’allemands ont fui leur pays et que beaucoup sont allés en France. Ils n’y ont pas été forcément bien accueillis et lorsque la guerre est déclarée, la plupart ont été mis dans des camps puis déportés par les nazis dès la défaite. Une autre réalité peu évoquée au cinéma et qui révèle un nouveau visage de l’Allemagne. Bravo donc à ces mises en lumière-là.
Coté distribution? Mathilde Seigner et Olivier Gourmet jouent avec naturel la simplicité et l'authenticité des bonnes gens;  Alice Isaaz est une Suzanne discrète et toute en retenue, frustrante presque par sa sagesse silencieuse. Laurent Gerra étonne positivement dans ce rôle d’Albert, vigneron casanier et incapable de laisser sa cave aux mains des Boches ;  Matthew Rhys gagne le coeur de tous, héros indispensable au charme incontestable. August Diehl, enfin, séduit par sa retenue délicate et son caractère taiseux.
En mai, fais ce qu’il te plaît? Un long-métrage bien mené sur le thème de l’exode, qui se complaît toutefois dans une peinture un peu naive des personnages du village à laquelle s’ajoutent en redondance les musiques d’Ennio Morricone. On se laisse toutefois saisir par ces mélodies classiques qui serrent progressivement le coeur et accompagnent l'émotion jusqu'à leur acmé.

En mai, fais ce qu’il te plaît
Réalisé par Christian Carion
Avec Auguste Diehl, Olivier Gourmet, Mathilde Seigner, Alice Isaaz, Matthew Rhys, Joshio Marlon , Laurent Gerra…
Musique originale: Ennio Morricone
En salles le 4 novembre 2015